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genèse 12 v 1-5 Daniel Chaillou
Prédication du dimanche 20 février 2005 au CAP St Jacques par le pasteur Daniel Chaillou
Textes : Ps 33 - Gen. 12, 1-5 - 2 Thim. 1, 3-11 - Matt. 17, 1-9 Vous connaissez tous la formulation : "Abraham, père des croyants", surtout employée lorsqu'on veut faire court pour rappeler une origine commune aux trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme, islam, puisant à cette même source. Sans autre précision, on pourrait quand même se poser la question : " De quels croyants, s'agit-il ? " En effet, à en croire le témoignage des évangiles, Jean le Baptiste et Jésus lui-même, pourtant tous deux partie prenante dans cette filiation, mettent sévèrement en garde contre cette impérieuse manière de revendiquer. Pour sa part Jean le Baptiste s'écrie en voyant les pharisiens venir et revenir à son baptême : ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : " Nous avons pour père Abraham. Car je vous le dis, des pierres que voici, Dieu peut susciter des enfants à Abraham ".( Matt. 3, 9) Par ailleurs, des pharisiens ripostèrent en disant à Jésus : "Notre père, c'est Abraham." Et lui leur dit: "Si vous êtes enfants d'Abraham, faites donc les oeuvres d'Abraham ". (Jean 8, 39). Certes, le personnage historique Abraham, nous a probablement définitivement échappé. Il y a peu de chance que les fouilles archéologiques retrouvent traces de son existence. Toutefois cette figure, cette attitude et cette quête resteront pour nous comme fondatrices de notre foi. Nous nous situons, non pas dans sa filiation mais dans sa mouvance. Il est non pas comme un père mais comme l'initiateur. Il est non pas l'ascendant mais le prédécesseur. Nous ne marchons pas à sa suite, mais nous explorons comme lui. Nous ne sommes ni de son clan ni de son temps, mais nous levons le regard et tendons l'oreille comme lui. En fait, l'attitude du croyant, que l'on considère habituellement vu de l'extérieur, comme une certitude immuable, absolue et figée, prend tout à coup l'allure d'une étonnante aventure où tout est à découvrir et à expérimenter. Tout a commencé de la façon suivante, " le SEIGNEUR dit à Abram : " Pars de ton pays, de ta famille et de la maison de ton père vers le pays que je te ferai voir ". (Gen. 12, 1) Pour lui, comme pour tant d'autres, c'était le commencement d'une imprévisible aventure où chaque soir on peut s'interroger sur la réalisation de la promesse en recomptant les étoiles du ciel et chaque matin se mettre à nouveau en quête d'un signe en évaluant le nombre des grains de sable sur la plage ! N'est ce pas le propre de tout être humain que de quitter son pays, sa famille et la maison de son père ? Qu'y a t il donc, de si original dans le cas d'Abraham ? Rien d'autre, me semble t il, que de très personnel. C'est chaque fois pareil. A la lecture des récits bibliques, il en est pratiquement toujours ainsi. Combien de personnages de la bible durent quitter leur maison, leur territoire, leur famille, leur maison ou leur profession pour aller vers le pays, la population que seul Dieu pouvait leur indiquer. Bien sûr parmi les plus connus nous penserons à Moïse, Samuel, Elie, Elisée, Jonas, Amos et bien d'autres. Jean le Baptiste n'a t il pas quitter sa communauté pour parler aux populations ? Jésus n'a t il pas quitté les siens, de façon parfois douloureuse pour aller vers autrui ? N'est ce pas ce qu'il propose à l'homme riche qui a de grands biens : " Jésus le regarda et se prit à l'aimer; il lui dit: "Une seule chose te manque; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens, suis-moi." Mais à cette parole, il s'assombrit et il s'en alla tout triste, car il avait de grands biens ". (Marc 10, 21-22) Comme je le disais, il s'agit à chaque fois d'une aventure très personnelle. Il n'y a pas de règle ni de système. Il s'agit uniquement d'un acte de foi, c'est à dire de confiance, en celui qui nous adresse personnellement un appel à se mettre en route et à le suivre. Quitter son pays et la maison de ses parents, n'est peut-être pas le plus terrible, cela peut même normalement offrir un certain attrait. Mais se dépouiller, se défaire, de tout ce qui encombre ou au contraire conforte, c'est passer par une nouvelle naissance. C'est accepter l'inconnu. C'est aller vers l'inexploré. Là, le vertige et la peur peuvent vous saisir et vous paralyser. Seul un acte de confiance peut préserver de tomber dans la tristesse, l'accablement ou la torpeur. Abram partit en compagnie de Saraï, sa princesse, en quête d'un Dieu étrange pour lui. Alors qu'on avait toujours enfermé les divinités dans des statuettes ou pour les plus célèbres d'entre elles dans des temples, notamment au sommet des ziggourats, sorte de pyramides à degrés en Mésopotamie, il découvre un Dieu qui se révèle à sa conscience et lui parle en personne et en toute conscience, dans le silence de la nuit ou sur les longues routes de transhumance. Avec lui, ce Dieu se projette en avant. Ni l'un ni l'autre ne sont enfermés. Seul deux êtres libres peuvent faire alliance. Avec bien des péripéties, il en sera ainsi. Avec Jésus-Christ, à la lecture des évangiles, nous nous sommes mis en route sur ce chemin là. En ce temps de l'année liturgique, de préparation à la passion de Jésus, temps de carême, il est important de se rappeler l'essentiel de notre attitude de foi, de confiance en Jésus, le Christ. Comme pour nombre de témoins de la nouvelle alliance, c'est pour nous, dans un premier temps un acte d'ascèse et ensuite un acte de foi en une Parole entendue et reçue. Mais, nous le savons, comme dans l'épisode au sommet du Mont de la Transfiguration, nous avons confiance que quelqu'un viendra nous réveiller de notre engourdissement, avec des paroles bienveillantes. En effet, nous dit le texte, Jésus s'approcha d'eux, il les toucha et leur dit : " Relevez-vous ! N'ayez pas peur ! ", et ils redescendirent de la montagne. (Matt. 17, 7) Devant chacun de nous, le chemin s'est ouvert. Comme Abram, Pierre, Jacques ou Paul nous avons entendu cette parole à la fois paisible et forte qui nous a mis ou remis sur pied et guidé dans notre démarche. Plus que jamais nous tendons l'oreille et levons nos regards vers celui qui accomplit toute promesse, en lieux et temps, selon sa volonté. Amen. Autres textes de la même catégorie
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