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Sophonie 3 v 14 à 18 (Louis Honnay)




Dimanche 14 décembre 2003
Pasteur Louis Honnay, Celles/Belle (79)

Textes : Sophonie 3, v 14 à 18 Philippiens 4, v 4 à 7 Luc 3, v 7 à 18

3e dimanche de l'Avent

Notes bibliques
Sophonie 3, v 14 à 20

Sophonie (Dieu conserve) a vécu une période difficile et troublée pour le petit royaume de Juda, le royaume du Nord ayant disparu en 721. C'est la période de l'expansion assyrienne. Les Assyriens ont pris Tyr en 691, le pharaon Néko s'est emparé de Gaza vers 609. C'est dans cette période troublée que Sophonie prend la parole. Selon 1/1, il a prononcé ses messages entre 640 et 609 peut-être entre 630 et 625. C'est un contemporain de Jérémie.

On peut reconnaître trois parties dans le texte, mais cette division est due sans doute à des rédacteurs, qui ont dû ajouter quelques gloses (ou explications) au texte.
· 1ère partie : Des avertissements assortis de menace contre Juda, pour dénoncer son infidélité envers Dieu et l'adoption de religions, qui est le péché par définition.
· 2ème partie : Le jugement contre les nations étrangères, des nations païennes ennemies de Juda.
· 3ème partie : la promesse finale de restauration, d'où notre texte est tiré.

Dans cet ensemble, on peut noter des points saillants, qui permettent de comprendre le sens et la
portée des promesses finales.
· 1, v. 2-3, menaces et dénonciation de l'infidélité du peuple et des personnages importants, qui s'habillent à la mode étrangère, pour montrer qu'ils adoptent les religions (refus de Dieu).
· 2, v 1-3, appel à la repentance, au retour à la confiance dans le Seigneur.
· 2, v 4-15 menaces contre les nations environnantes. Sophonie fait un tour d'horizon complet, il se tourne vers l'ouest, le nord, l'est et le sud, il mentionne en particulier Moab, qui est l'un des principaux ennemis de Juda. Sophonie a une vision universaliste, ce qui sera important pour comprendre les promesses.
Un thème important chez Sophonie est le jour du Seigneur (1/11-12). Il concerne tous les pays et
pas seulement Israël. Le thème était peut-être celui d'une fête annuelle qui célébrait l'intervention de Dieu, qu'on invitait à se montrer tel qu'il est. On en a tiré l'idée du dies irae (jour de la colère), mais en fait Sophonie n'évoque pas tellement la destruction, mais le renouvellement de tout et la transformation des mentalités.

La promesse est d'abord faite à tous les peuples (3/9-10), pour annoncer leur conversion finale,
avant de s'adresser à Israël. La suite (3/11-13) prévoit la conversion d'Israël, son retour à Dieu après son passage par la religion. Les gens cesseront d'adorer des idoles à Jérusalem, là où le Seigneur réclame d'être seul reconnu. On cessera de faire les orgueilleux en se dressant contre Dieu. Il semble (3/12) que Sophonie mette son espoir dans l'apparition d'un peuple de gens humbles, qui prendront la place des personnages corrompus. Pour la Parole de Dieu, le spirituel, le matériel et le social ne se séparent pas.


Les promesses concernent surtout Jérusalem (3/14-20/), puisque c'est la capitale et le centre
spirituel du pays. On interpelle la ville avec les termes traditionnels : fille de Sion, fille de Jérusalem. On la voit comme un tout, comme une femme. D'abord on appelle ses habitants à la joie. Trois termes ("crie de joie, pousse des acclamations, réjouis-toi !") marquent une gradation, une joie qui doit être complète. Le motif de cette allégresse, c'est (v. 15) que Dieu a fait reculer les ennemis, il a mis fin à l'hostilité des ennemis, il les a réprimés. Sophonie dit que le roi est rétabli, mais s'agit-il d'un roi régnant à Jérusalem ou de Dieu parfois vu comme le roi d'Israël ? On peut hésiter, mais dans tous les cas la domination étrangère disparaît pour faire place à l'autorité légitime. Donc, on peut ne plus avoir peur. Les mains redeviennent solides, alors que la peur les rend flasques. Le v. 19 reprend le thème du troupeau dont Dieu prend soin.

Dieu lui-même se réjouit (v. 17). Il est question ici de joie, d'amour. Dieu se réjouit du bonheur de
son peuple comme un fiancé se réjouit de sa fiancée. Les relations entre Dieu et son peuple se comprennent sur le mode amoureux, comme les relations dans un couple. C'est très important pour l'idée qu'on se fait de Dieu.

Le v. 20 est probablement une glose. On ne doit pourtant pas le négliger. Il apporte un élément important : le respect envers Israël que Dieu exige des païens, c'est-à-dire de nous. Ce qui reste très actuel.

Référence : Plusieurs éléments de cette analyse sont empruntés au commentaire déjà ancien de Karl A.Keller (commentaires de l'A.T. Delachaux-Niestlé 1971).

Proposition pour la prédication :
Rappeler la situation historique : les attaques des ennemis de Juda, période dangereuse du fait de l'appétit des empires environnants. Aussi grave, sinon plus : la déviation religieuse, la colère de Dieu en réaction.
Rappeler toutes les déviations religieuses des chrétiens, qui les coupent de Dieu et qui exigent le retour, la conversion. Israël n'est pas -de loin- le seul coupable…
Mais le renversement : Dieu sévit contre les ennemis. Il délivre le royaume de Juda. En même temps il permet le retour du peuple à la confiance en lui. D'où une double libération :
· Libération de l'oppression par les ennemis,
· Libération de l'emprise des religions. Retour de la joie exubérante.

Deux notes importantes :
· La joie de Dieu à cause de la joie de son peuple (relations époux-épouse).
· La conversion (mouvement de retour) n'a rien à voir avec une quelconque conversion au christianisme. Ce sont plutôt les chrétiens qui doivent revenir au Seigneur et à sa Parole.

Les autres textes du jour (Luc 3/3-18 ; Philippiens 4/4-7) rappellent que la conversion doit
s'accompagner de comportements concrets (Luc) et apporte la joie (Philippiens).










Prédication

Lectures : Luc 3/3-18 - Philippiens 4/4-7
Texte : Sophonie 3/14-20

L'histoire d'Israël ressemble par certains côtés à notre histoire. Nous pouvons la regarder, elle a quelque chose à nous apprendre. Les prophètes qui parlaient en ces temps-là ont toujours quelque chose à nous dire. Celui qui nous est proposé aujourd'hui s'appelle Sophonie. Peut-être la plupart d'entre nous ne connaissent-ils pas son nom, peut-être n'en avons-nous jamais entendu parler. Voilà une bonne raison pour faire sa connaissance et pour écouter ce qu'il nous dit.

Sophonie vit au septième siècle avant l'ère chrétienne. D'après l'introduction de son texte, il a proclamé ses messages entre 630 et 625, peut-être un peu plus tard. C'est un contemporain de Jérémie. C'est une époque dure et difficile à vivre. Aux alentours d'Israël de grands empires cherchent à occuper le plus de terrain possible. Déjà en 721, les Assyriens s'étaient emparés de Samarie, ils avaient mis fin au royaume du Nord, qu'on appelle le royaume d'Israël. Il ne reste plus que le royaume du Sud, qu'appelle le royaume de Juda. La ville de Tyr est tombée vers 691. En 609, le pharaon Néko prend Gaza, cette ville que nous connaissons par l'actualité. Les Judéens sont menacés de guerre et d'occupation, les frontières ne sont pas sûres.
La situation intérieure n'est pas meilleure. Elle est même pire. Sophonie dénonce l'infidélité de la population, qui délaisse le Seigneur pour adorer des idoles. On délaisse ce Dieu qui était celui d'Israël depuis Moïse, on lui préfère des divinités païennes, peut-être parce qu'on les suppose plus efficaces. On attribue un pouvoir aux astres, on monte sur les toits en terrasse pour être plus près du ciel et pour rendre un culte aux étoiles. Sophonie critique les gens qui s'habillent à la mode des étrangers païens, comme pour dire qu'ils adoptent les croyances païennes. Sophonie n'est pas le seul à dénoncer la religion. Les prophètes n'ont pas de mots assez durs pour critiquer la religion. La religion est le pire des péchés, c'est le péché par définition, celui qui sépare de Dieu, celui qui est le plus difficile à pardonner.
Ne nous pressons pas de condamner ces pauvres Judéens égarés dans le paganisme. Nous aussi nous avons nos fautes et nos déviations. Nous aussi, tout chrétiens que nous soyons ou que nous croyions être, nous avons nos idoles. Les signes sont faciles à trouver. Tenez, Dieu, par exemple. Nous disons que nous croyons en Dieu parce que c'est le vrai, l'unique. Mais qui est ce Dieu ? Comment parlons-nous de lui ? Ici les théologiens disent leur mot, et les prédicateurs, qui sont aussi des théologiens. Ils nous expliquent que Dieu c'est le tout-puissant, le tout-savant, le tout-aimant, le tout-éternel, le tout-ce-qu'on voudra. Voilà ce qu'on doit croire, peut-être sous peine de damnation. Et nous le croyons. Ey nous, bonnes poires, nous gobons ces définitions de Dieu comme si c'était la pure vérité. Nous ne nous apercevons pas que ces définitions de Dieu ne sont que des définitions. Elles ne sont pas Dieu. Nous finissons par croire à ces définitions de Dieu comme on croit en Dieu. Mais en fait elles prennent la place de Dieu, elles deviennent Dieu, elles deviennent des idoles. Nous voici tombés dans l'idolâtrie des formules, nous sommes tombés dans la religion.
D'autres exemples, si vous voulez. Certains chrétiens croient à l'influence de la lune sur la pousse des légumes, sur la croissance des cheveux ou sur le sommeil. Des gens croient au pouvoir des astres et consultent leur horoscope. Au moment du passage de la dernière comète, des gens se persuadaient qu'elle allait provoquer des catastrophes. Quand il y a eu l'éclipse totale du soleil, visible en Europe, certains avaient une peur noire -sans jeu de mots- de ce qu'il allait arriver. Nous nous moquons de ces Judéens qui grimpaient sur les toits pour se croire plus près du ciel. Mais nous aussi nous allons chercher notre destinée parmi les étoiles.

Deux mille sept cents ans avant nous, le prophète Sophonie condamnait la religion. Mais en même temps, il assurait que Dieu ne souhaite pas que la révolte continue. De sa part, il prévoit un temps de retour vers Dieu, un temps de changement où l'intelligence sera redressée. Dieu ne condamne jamais définitivement. Il attend qu'on revienne vers lui, il attend la conversion. En hébreu, un seul verbe peut se traduire par "revenir" ou par "se repentir". Se repentir, c'est revenir vers Dieu, cesser de s'égarer avec des idoles et dans la religion, c'est se remettre à lui faire confiance. Le Seigneur ne condamne jamais définitivement, il laisse toujours une porte ouverte. Il y a chez Sophonie la promesse de ce retour, la promesse d'un rétablissement. Les ennemis de Juda seront vaincus, ils vont reculer. Le pays sera libéré. On n'aura plus peur, on retrouvera des forces pour la reconstruction. Il y a dans cette fin de Sophonie un appel à la joie, une joie libre, communicative, une joie vraie et sincère. Trois termes se succèdent pour dire cet impératif de la joie. "Crie de joie…pousse des acclamations…réjouis-toi !". Les termes sont de plus en plus forts, comme pour inviter à une joie complète et sans retenue.
Ce retour est à double sens. Les gens reviennent vers Dieu, mais Dieu revient vers les gens. La population est invitée à se réjouir, et Dieu se réjouit aussi. Le prophète emploie des mots qui font penser à un mariage. "Le Seigneur est tout joyeux à cause de toi… Dans son amour il te renouvelle… Il jubile et crie de joie à cause de toi !". Cela s'adresse à la population de Jérusalem. La ville est vue comme une seule unité. On l'appelle "Fille de Sion" ou bien "Fille de Jérusalem" comme si c'était une femme. C'est une figure qui nous apprend quelque chose de surprenant. Les relations entre Dieu et les siens, c'est comme les relations entre un homme et une femme. Quand l'homme est heureux, la femme l'est aussi. Dieu et son peuple, c'est un couple, comme l'époux et l'épouse.
Voilà, pour signifier Dieu, une image qui surprend peut-être. Dieu n'est pas le personnage sévère, qui condamne rigoureusement toute espèce de plaisir et surtout le plaisir que l'époux et l'épouse vivent ensemble. Il est le premier à connaître le plaisir, il l'aime et nous apprend à l'aimer. Encore une fausse image de Dieu qui disparaît, une idole qui cède la place à une image plus juste du Seigneur.
Puisqu'on parle de joie ici, c'est le moment de nous rappeler que l'apôtre Paul recommande à ses correspondants de la ville de Philippe de rester toujours joyeux. Parce qu'il sait que la conversion apporte la joie et que la joie est une manifestation de la confiance en Dieu. De son côté, l'évangéliste Luc, en rapportant la prédication de Jean le Baptiste, rappelle que le comportement juste suit normalement la conversion. Ce qui va dans le sens du prophète Sophonie, qui exige de ses auditeurs une humilité vraie à la place de l'orgueil de ceux qui croient tout savoir. Nous sommes appelés à la joie et à une vraie vie qui s'accorde logiquement avec la Parole de Dieu.
Avant de quitter Sophonie, prenons garde de ne pas tomber dans une fausse interprétation. Nous serions tentés de condamner ces Israélites qui s'égarent dans la religion. Et nous pourrions penser que le prophète leur demande de se convertir au vrai Dieu, l'unique, le nôtre, c'est-à-dire de croire en Jésus-Christ. Sans doute un certain nombre de personnes le pensent.
Mais cette interprétation serait fausse et elle serait dangereuse. Elle serait fausse parce que Sophonie n'a jamais entendu parler de Jésus, et pour cause, puisqu'il vivait sept siècles avant lui. Il s'adresse aux gens de sa génération, comme tout prophète, il ne parle pas pour une époque lointaine. N'essayons pas de l'adapter à notre façon de penser, adaptons-nous plutôt à la sienne.
D'autre part, cette interprétation christologique serait dangereuse. Pendant des siècles on a essayé de convertir les Juifs au christianisme. On n'y a jamais réussi, sauf de rares exceptions plus ou moins sincères. La résistance des Juifs aux efforts de conversion et leur fidélité à leur seul Seigneur ont suscité la haine des chrétiens, les persécutions anti-juive, les tentatives de supprimer les Juifs jusqu'à la Shoah.
Non, les Juifs n'ont pas à devenir chrétiens. Par contre -et c'est le passage de Sophonie- il nous est demandé de faire ou de refaire confiance à ce Seigneur qui parle à travers lui, et reste le même toujours aujourd'hui.
Amen !

Chants
Psaume 36 strophes 1,2,4,5.
ARC 302 , NCTC 159 strophes 1 & 2
NCTC 274 strophes 1,2,3.



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