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Sophonie 3 v 14-18 (Serge Guilmin)



Sophonie 3, 14-18
(…Je changerai votre destinée, dit le Seigneur.)

Nous entendons le vent qui passe dans nos contrées de hautes terres ; la pluie ruisselle sur nos chemins, nos champs et dans les rues de nos villes. Nous entendons aussi par le choix que font nos journalistes de TV les bruits de guerre et les cris de ceux qui, sans distinction de nationalité, sont abattus comme nos chasseurs le feraient de gibier. C’est Noël et l’on parle de Bethléem, mais il n’y a pas de paix à Béthléem. C’est Noël et le prophète fait des promesses à Jérusalem mais nous vivons environ 2600 ans après que fussent composés ces poèmes prophétiques et Jérusalem est toujours dans la même tension. Les peuples qui habitent cette région du monde ne trouvent pas que leur destinée soit changée. Leurs sociétés ne produisent que le malheur et la destruction.
Nous ne savons comment faire pour éloigner ce qui afflige toute la terre : le désir de puissance, la séduction du profit, l’indifférence à l’égard des plus démunis : ceux qui, atteints du sida sont, en Asie, en Inde, en Afrique ne peuvent avoir accès à ce qui pourrait sinon les guérir tout au moins leur rendre la possibilité d’une vie moins éprouvante, les plus démunis tels les enfants laissés pour compte parmi les détritus de tant de métropoles qui pourtant savent afficher leur prestige dans leur centres d’affaires. Noël ne passera-t-il donc pas par là ? Non pas pour les cadeaux, surplus de notre croissance sans conscience, mais pour le réaménagement de notre vie ensemble. Ensemble c’est le nom de notre journal régional : il ne veut pas dire simplement ensemble-nous-les-protestants, mais ensemble sur cette terre entière qui appelle toujours plus de soin, de tendresse, de compréhension des cultures.
Qu’est-ce que cela veut dire que notre pays soit aujourd’hui aussi divisé par une question apparemment futile : que les filles portent des vêtements et surtout un foulard sur la tête qui les distingue des autres, que l’école soit le lieu où cette distinction entraîne polémiques et exclusions ? Ce ne serait qu’un débat futile si ce comportement n’était associé à un code de la famille que nous ne pouvons que refuser parce qu’il est contraire aux lois de la République. La liberté et la laïcité si elles s’accordent avec les principales religions présentes sur notre sol ne sauraient accepter qu’à l’intérieur de ces religions des signes de soumission de la femme soient considérés comme des obligations religieuses. Il pourrait en être de même dans le cadre de la religion chrétienne si nous lisions à la lettre – et par là même comprenions de travers – ces passages où Paul se met à recommander aux femmes d’être silencieuses dans les assemblées. Or, Paul n’a jamais dit que les femmes ne devaient pas prêcher – n’en déplaisent aux lecteurs de certaines traductions fautives – mais qu’elles ne devaient pas bavarder, comme c’est souvent le cas dans les pays méditerranéens ! Pour avoir traduit de travers le verbe “ bavarder ” par “ prêcher ” les bonnes sœurs du catholicisme en sont encore à se demander si un jour elles auront la pleine liberté de parole dans leur église. Nos collègues pasteures ont connu aussi le contre-coup de pareils préjugés et il a fallu attendre longtemps avant qu’elles ne soient habilitées à prêcher. Une loi sur ces questions publiques ne concernerait pas seulement l’aspect religieux des choses, mais le statut de la femme et la destinée qui lui est faite.
Le prophète Sophonie proclame : “ Je changerai votre destinée ”. Nous ne pouvons pas moins faire que de résister aux entreprises qui voudraient séduire des populations travaillées par des religions qui s’érigent en contre-pouvoir. On dit communément, pour ne s’engager à rien, “ toutes les religions sont bonnes ” mais on oublie que toute religion comme toute forme d’association humaine peut devenir perverse et comporter des contraintes qui ne s’accorde pas avec leur message profond de justice et de paix et qui oublie que l’homme n’est pas une réalité permanente mais un déplacement, un chemin et la parole une continuelle création.
…Et c’était comme un arbre de Noël : l’arbre du paganisme, de l’adoration de la nature à laquelle on attribuait une âme et une volonté obscure, au temps des dieux des cités qui se confondaient avec ceux qui les gouvernaient. Et l’arbre était comme un arbre de lumière, couvert d’étoiles lumineuses, de guirlandes d’anges qui sonnaient de la trompette. Au pied était une tronçonneuse : et l’ange dit : mais qu’est-ce que cela et on lui répondit : c’est le diviseur des arbres des forêts, celui qui ouvre des routes pour remplacer la forêts par des champs de maïs et qui détruit par milliers les espèces animales. Le Diviseur en hébreu, cela s’appelle le satan, la force négative qui n’a que faire des arbres de Noël. Mais voilà que des noms apparaissent sous chaque lumière : ce sont les noms de ceux qui vont recevoir en cadeau l’amour et la justice et la tendresse. Le sapin se met alors à porter des noms, et tous les noms se mettent à danser autour d’un seul nom : le nom de Jésus, le sauveur, le libérateur, celui qui donne la parole aux enfants et aux personnes de toutes les nations.
Comment l’arbre du paganisme est-il sorti du paganisme ? Comment en est-on venu à célébrer le nom de Jésus à son propos ? Il n’y a pas de sapin en Palestine. Il y avait bien, il est vrai des cèdres, mais on en fit des palais pour les rois et un temple prestigieux. Il y avait bien des cèdres en d’autres endroits du monde, mais corsaires, marins portugais et espagnols en firent aussi des caravelles, des palais et des temples et les cèdres ont presque disparu de la terre, quelques-uns subsistent peut-être dans nos jardins publics.
Ainsi écrivait Ossip Mandelstamm :
“ Regardant la forêt nous disons :
voici la futaie à vaisseaux et mâtures,
(…) Et nous, humant l’odeur
des larmes résineuses qui suintent à la coque du navire,
admirant ces planches
rivetées, composées en étanches cloisons
non par le charpentier de Bethléem mais par l’autre
- père des voyages et ami du marin –
ils ont eux aussi connu la terre,
mal commode comme l’échine d’un âne ;
alors de toutes leurs cimes, ils oubliaient leurs racines,
sur quelque cordillère
et bruissaient dans l’averse fade,
proposant vainement au ciel d’échanger contre une pincée de sel
leur noble fardeau.

Par où commencer ?
Tout craque et tangue.
frémit de comparaisons.
Nul mot qui n’en vaille un autre,
la terre gronde de métaphore…
(…) Heureux trois fois qui dans le chant fera entrer un nom…
Le silence des forêts a été rempli alors par des paroles, des chants et la voix qui disait : paix sur la terre, et bienveillance envers les vivants que le Seigneur revêt du métier de christ : ceux qui consolent, ceux qui soignent, ceux qui donnent espérance, ceux qui créent de l’humanité heureuse et aimante. Les choses ne sont rien si une parole ne les accompagnent pas dans leur destination. Je changerai votre destinée dit le prophète de la part de l’Eternel. La terre refleurira, les oliviers arrachés par milliers par l’inconscience des hommes redonneront du fruit, les hommes ne savent pas encore que malgré les masques de leurs ethnies différentes, de leurs couleurs différentes, de leurs dynasties et de leurs possessions, ils ne savent pas encore qu’ils appartiennent à une seule et même famille, à une seule et même race. Il n’y en a pas d’autre contre laquelle ils pourraient se dresser.
La lumière surabondante de Noël c’est la révélation de notre naissance ensemble, l’ouverture de nos cœurs à partir d’une origine commune. Les péripéties de nos familles et de nos peuples sont comme le réseau immense des eaux qui auraient une seule et même source, la source de la vie que Jésus dispense en abondance et que les vivants ne savent reconnaître parce qu’ils ne savent pas eux-mêmes se reconnaître. Les hiérarchies ne sont que des procédés d’organisation de nos sociétés, de classement des espèces, de fonctions dans l’administration, l’économie, l’industrie… mais elles ne servent pas à tronçonner la société de telle sorte que personne ne parvienne à reconnaître l’autre dans sa co-humanité.
C’est Noël ! Que toute les traces de domination entre les peuples, entre les hommes et les femmes, entre les religions, entre les couleurs de peau et les modes vestimentaires se changent en gestes d’accueil, en joie partagée, en rejet de toute contrainte. Soyez dans la joie. En Jésus, le Christ des Ecritures, votre destinée est changée !

Serge GUILMIN
Avant Noël
Aurillac, le 14 décembre 2003




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