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Sophonie 3 v 12-20 (Louis Honnay)
Textes : Sophonie 3/12-20 ; Matthieu 5/1-12
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 29.01.1984. Etre heureux... Le bonheur, la paix, la santé... Pendant le mois qui se termine, en a-t-on échangé, de ces vœux de nouvel an, oralement ou par correspondance ! Sans doute très peu de personnes pensaient que c'est justement de cette façon que commence l'enseignement de Jésus. "Heureux... heureux... heureux..." : le mot revient sept fois au début du Sermon sur la Montagne tel que Matthieu nous le rapporte. Ce mot résume à la fois ses paroles et ses actes. Tout au long de son ministère, Jésus s'est appliqué à procurer le bonheur aux gens qu'il rencontrait. Il guérissait les malades, assurait le pardon aux pécheurs, accueillait les marginaux. Il répandait la joie autour de lui. -o- Plus de six siècles avant lui, un prophète du nom de Sophonie parlait, lui aussi, de joie et de bonheur. On ne le connaît pas beaucoup. C'est un contemporain de Jérémie ; peut-être se sont-ils connus. Mais Sophonie disparaît un peu dans 1'ombre de son collègue, tout en ayant une prédication voisine de la sienne. Il annonce le désastre qui va frapper Israël, le grand jour de la colère et des ténèbres. Mais, au-delà du malheur, il voit poindre une période de rétablissement et de paix. Alors, les ennemis s'écarteront, ceux qui faisaient la guerre à Israël et qui emmenaient des prisonniers en déportation. Les pauvres seront relevés, eux qui souffraient davantage de la dureté des temps. Ce sera la guérison, sur tous les plans, de tous les blessés de la vie : les malades relevés, les marginaux réintégrés dans la société, les chômeurs embauchés... Sophonie voit par avance le rassemblement de tous en un seul peuple, sans qu'aucune barrière sociale ni aucune distance géographique ne les séparent les uns des autres. Ils habiteront tranquillement dans leur pays. Et surtout, le Seigneur sera présent parmi eux, source de paix et de sécurité. Jésus semble faire écho à ce message du prophète, qu'il doit bien connaître. Mais il porte à son comble le bonheur proclamé par Sophonie. Sept fois le mot "heureux", c'est la plénitude de la joie, le bonheur complet, auquel rien ne manque. C'est le jour de la fête. Ceux qui peinaient dans le malheur, ceux que la tristesse rongeait, les voici invités, réunis en une assemblée à odeur de kermesse, où ne doit subsister aucune trace d'amertume. Tout est changé, il ne reste rien du monde ancien, de l'ancienne manière de vivre. Il n'y a plus de place pour la souffrance, pour l'inquiétude, pour le souci du lendemain. Tout est lumineux. Est-ce donc la légende d'un paradis perdu et retrouvé ? Faut-il reprendre les paroles de la neuvième symphonie de Beethoven : "Oh, quel magnifique rêve ! Plus de larmes, plus de sang..." ? Non, ce n'est pas un rêve, ce n'est pas le songe irréalisable des damnés de la terre. C'est le don de Dieu. C'est lui, le Seigneur vivant, qui fait venir sur nous ce temps de réjouissance. Le bonheur ne résulte pas des efforts humains ; on ne le trouve pas au terme d'une difficile conquête, encore moins dans la fuite hors du réel que procure l'alcool ou la drogue. Sophonie — et Jésus dans la même ligne — voit l'acte de Dieu qui nous offre, comme un cadeau, ce que nous ne pouvons pas atteindre tout seuls. Dans le message de Sophonie revient le "je" de Dieu, qui décide et réalise. Nous n'y sommes pour rien, c'est de lui seul que nous vient cette plénitude et cet épanouissement de notre personnalité. Mais ce don n'est pas pour tout le monde. Justement parce que c'est un don, il a besoin qu'on le reçoive. Les orgueilleux, ceux qui s'imaginent pouvoir se suffire à eux-mêmes, sont incapables de l'accueillir. Ils se replient sur leur individualité, ils ne s'ouvrent pas, ils ne savent pas tendre les mains vers celui qui donne. Alors, ils se privent de ce que le Seigneur leur propose. Sophonie précise que ce seront les humbles et les pauvres, le reste d'Israël, qui parviendront à ce temps de la joie. Les pauvres (ce mot est très caractéristique dans la Bible) sont ceux qui dépendent uniquement de Dieu, qui sont suspendus à lui comme à la seule ressource et qui attendent absolument tout de lui. La dépendance envers Dieu engendre la joie, parce qu'elle est capacité d'accueil, ouverture à tout ce qui est vie et louange. La dépendance n'est pas morose, elle ne nous diminue pas, ne nous infantilise pas. Elle fait de nous des adultes, qui atteignent leur pleine stature. -o- Cette préférence de Dieu pour les humbles explique pourquoi le monde connaît si peu de joie. Le monde se veut indépendant de Dieu. Il invente ses religions et ses idéologies. Il croit pouvoir se passer de Dieu, il se croit assez grand pour organiser son existence tout seul. Mais ce monde crée la solitude en noyant les personnes dans des masses sociales de plus en plus énormes. Nous ne sommes plus à l'échelle du village ou de la province. Les états et les super-états nous noient dans des ensembles de moins en moins mesurables. Ils nous laissent seuls, incapables de nouer des relations humaines avec nos semblables. Ils engendrent l'isolement et l'égoïsme. Les stratégies économiques et militaires se décident à l'échelon planétaire, et nous restons dépassés et impuissants. Le développement de plus en plus rapide de l'automatisation produit du chômage, avec l'angoisse et la dépréciation de l'individu qui en résultent. Ou bien, à l'inverse, l'excès de biens à consommer et de plaisirs faciles et programmés produit le rassasiement et le dégoût. Le monde croyait faire son bonheur à se séparer de Dieu, mais son succès et sa richesse mêmes le conduisent au malheur. Le résultat de sa prétention à l'indépendance le juge : ce n'était pas le bon chemin à prendre. Tout au contraire, Jésus déclare heureux, non pas les riches de biens et de pouvoir, mais les pauvres, les doux, les miséricordieux, les pacificateurs. C'est-à-dire ceux qui ne possèdent rien, mais qui ont tout à recevoir et qui, de plus, ont quelque chose à donner. Les heureux, ce sont ceux qui dépendent des autres, surtout qui dépendent de Dieu ; ceux aussi qui s'ouvrent vers les autres au lieu de se barricader avec leurs richesses. Ceux-là sont heureux, parce qu'ils ne comptent pas sur eux-mêmes, ils ne se croient pas capables de parvenir tout seuls et par leurs propres moyens au bonheur. Ils ne le recherchent pas à tout prix, même au risque de piétiner les autres. Mais ils se tiennent disponibles, ouverts à ce que Dieu leur offre. Le but de leur vie n'est pas la réussite, mais l'accord avec le Seigneur et avec sa volonté. Ceux-là reçoivent leur joie, comme un surplus, comme l'air qu'ils respirent dans cette vie de foi pour laquelle ils se sont décidés un jour. Ils connaissent l'opposition et la persécution, et ce n'est même pas rare. Mais ils savent que, jusque là, ils rejoignent Jésus et les prophètes, qui ont subi un sort semblable. Heureux... Heureux... sept fois. Car Dieu veut le bonheur des hommes. Les béatitudes nous emmènent loin de l'image du dieu-gendarme qui juge et punit. Elles nous dévoilent une volonté de nous sortir de nos misères et de nos malheurs. Une volonté qui prend le contre-pied de la division du monde entre les forts et les faibles, entre les possédants et les démunis, entre les gens gavés et ceux qui meurent de faim, entre les meneurs et les victimes, qui ne prend pas son parti du désordre, mais qui travaille à un ordre nouveau. Une volonté de Dieu qui désire la joie pour tout le monde, sans que plus personne ne demeure hors de la fête. -o- Telle est la figure de Dieu que Jésus nous propose et, avant lui, le prophète Sophonie. Le prophète nous propose même l'image de Dieu qui se réjouit de notre joie, qui participe à notre bonheur. Il nous le montre dansant à cause de notre joie. La danse de Dieu ne scandalisera que les esprits chagrins, qui prennent Dieu pour un croque-mort. Mais la Bible n'a pas peur des mots les plus forts, quand il s'agit de recréer notre pleine humanité. Et on ne peut être homme que dans la communion à Dieu, dans l'union à sa joie. Tout dépend alors de la réponse que nous lui donnerons. Le sept fois "heureux" de Jésus attend notre prise de position. Nous pouvons choisir de nous voir pauvres, d'être doux, de nous laisser consoler dans nos larmes, de rechercher la justice et d'œuvrer à la paix. Dans ce qui semble un manque, nous connaîtrons la joie qui nous sera donnée. Nous pouvons aussi choisir de refuser tout cela, de nous crisper sur nos soi-disant richesses. Mais alors, il ne faudra nous en prendre qu'à nous-mêmes si nous sommes malheureux. Amen. Autre lecture : 1 Corinthiens 1/26-31 Cantiques : * Psaume 33/1 à 3 Réjouis-toi, peuple fidèle * NCTC 153/1 à 4 = ARC 241 Chantons de joie ou LP 294/1, 2, 3, 5 Je la connais, cette joie * NCTC 255/1 à 5 = ARC 257 Jésus, ton nom est le plus beau ou LP 299/1 à 3 Oui, selon ta promesse ou ARC 614/1 à 3 Tu es là au cœur de nos vies Autres textes de la même catégorie
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