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Romains 5 v 12-19 Alphonse Maillot



Texte : Romains 5/12-19
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 13-14).



1° dimanche de Carême

Romains 5/12-19
(ne pas craindre d'aller au moins jusqu'au v. 20,
mais en lisant lentement)

La TOB réserve très opportunément une longue note au v. 12 ; je me permets cependant de donner ma propre traduction de ce verset : "...C'est ainsi que, de même que par un seul homme (Adam), le péché est entré dans le monde, et par le (= ce) péché, la mort, de même (= dans le même mouvement) la mort s'est répandue à tous les hommes, c'est pourquoi tous ont péché". C'est de mort originelle qu'il nous faut parler, bien plus que de péché originel. Pour Adam et Eve, l'ordre "chronologique" (?) est : le péché entraîne la mort ; pour nous, il est : la mort entraîne le péché (nous refusons notre statut d'hommes mortels).

Ensuite (et particulièrement dans l'épître aux Romains comme dans les Galates), refusez la traduction (réduite et réductrice) de "nomos" par "Loi" ; mettez carrément "Torah", ce qu'a compris aussi A. Chouraqui, mais sans en tirer les conséquences exégétiques qui s'imposent. Ce n'est pas surtout le Décalogue et encore moins les lois seulement rituelles que Paul met en cause avec la venue du Christ, mais toute loi "nouvelle" (même et surtout ecclésiastique), qui prétendrait devenir, d'une manière ou d'une autre, une condition de notre salut ! Il ne suffit pas de mettre à la porte la Torah-comme-moyen-de-justice, mais de fermer les fenêtres et même les volets contre tout nouveau légalisme... hélas, si souvent revenu en force dans nos Eglises.

En tout cas, les v. 13-14 deviennent clairs : alors même s'il n'y avait pas de (vrai) péché (avant Moïse) — puisque la Torah n'était pas encore donnée — les hommes mouraient quand même, car tous tenaient cela d'Adam. On notera, qu'au v. 14, Paul laisse clairement entendre que, pour lui, pécher-en-se-justifiant-à-l'aide-de-la-Torah = un péché équivalent à celui d'Adam (cf. méditation précédente sur Genèse 3/1-7).

Mais surtout (et ici il est malheureux que la lecture des v. 6-11 ne vienne que plus tard) il est clair :

a) qu'Adam n'est que le proto-Christ ; et ainsi, pour Paul, la première Création, dès avant la Chute, annonce le deuxième Adam qui en est le vrai but : Jésus-Christ. Il nous faut revoir notre augustinisme foncier (qui attribue en fait la venue du Christ à la "Chute"), pour redécouvrir la théologie orientale.

b) que, pour Paul, la faute d'Adam et surtout sa mort, n'ont dû leurs dimensions cosmiques et universelles qu'au fait que justement Adam n'était que l'image du Christ dont l'œuvre s'étendrait a fortiori (a fortiori qu'on retrouve sans cesse dans ce chapitre 5) à tous les hommes et à l'univers. C'est parce que le dynamisme de l'œuvre et du don de la vie du Christ s'étendraient à tous, que la "contre-œuvre" et donc la mort d'Adam se sont répandues sur tous. Mais on voit ici l'extraordinaire A FORTIORI paulinien : les hommes meurent (vous le savez, vous le voyez !) ; eh bien, à mille fois plus forte raison le salut et la vie du Christ s'étendront à tous ; l'œuvre de Celui dont Adam n'était que l'image, devait depuis toujours s'étendre à tous. On comprend mieux le v. 20 : (si) le péché a abondé, (c'est parce que) la grâce était surabondante. L'universalité du péché et de la mort ne sont que des paraboles de la surabondance de la grâce. Magnifique passage à ne pas rater.



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Texte : Romains 5/12-15
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : …Sans rien payer — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Temps de l’Eglise, de juin à novembre jusqu’à la fête du Christ-Roi [25 dimanches et fêtes]). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 22-25 & 30).



12° dimanche ordinaire

Romains 5/12-15

On se souviendra tout d'abord de l'importance théologique qu'à tort ou à raison, ce passage a prise dans la pensée de l'Eglise, occidentale en particulier ; et on sera reconnaissant à la TOB de la note (considérable) qu'elle lui a accordée (même si l'on peut penser que la citation de Leenhardt n'est ni vraiment représentative ni parfaitement limpide). Essayons d'y voir un peu plus clair, en considérant que Paul renoue avec le v. 8 = (paraphrasé) devant le péché d'Adam, Dieu, au lieu de suspendre son plan salutaire selon lequel il voulait envoyer son Fils à des "hommes-bien", ne fait que le confirmer en l'envoyant se donner jusqu'à la mort, à des "hommes transgresseurs" (qui l'assassineront). Le Christ vient quand même. Et son œuvre qui devait correspondre à un "plus", est tout d'abord la destruction de tout ce qui était négatif, afin d'apporter aussi et malgré tout, ce "plus". Et aux v. 9-11, on remarquera cependant que Paul ne parle pas d'hommes-à-nouveau-bien, d'hommes restaurés, mais d'hommes réconciliés et a fortiori sauvés.

Le raisonnement du v. 8 devait alors se poursuivre (cf. v. 15) : "Si par la faute d'un seul homme, Adam, le péché et la mort ont ainsi pu, jadis, s'introduire dans le monde, à plus forte raison la grâce et la vie nouvelle vont-elles s'étendre à tous les hommes, par la vie, le don et la mort du Christ dont Adam n'était qu'une copie" (ce sera d'ailleurs dit, mais plus loin).

Le raisonnement fondamental est clair : le premier Adam n'était qu'une annonce, une ébauche ("type" : v. 14) du second Adam, tant et si bien qu'entre les conséquences de l'œuvre du premier et celles de l'œuvre du second, il y a certes un "comme", mais surtout un gigantesque "A plus forte raison" (une des expressions clefs de ce chapitre 5). Il y a comparaison, plus un a fortiori : comme l'erreur d'Adam, la venue du Christ a eu des suites, mais bien plus étendues ; répétons : tout comme l'œuvre d'Adam a eu d'imparables conséquences universelles (c'est ce que nous voyons : tous sont pécheurs, chapitre 3, et tous meurent), l'œuvre du Christ va aussi, mais "à plus forte raison", avoir des dimensions universelles. Et tout homme, comme il a reçu la mort d'Adam, peut aujourd'hui recevoir a fortiori cette grâce et cette vie qui lui permettront de vivre déjà en réconcilié avec Dieu et en vainqueur de l'épreuve (5/1-5). Le péché et la mort ne sont plus que des paraboles du salut et de la vie éternelle.

Malheureusement (? pas tout à fait (L'erreur de style [interruption suspendue du raisonnement] fait abonder la richesse de la pensée, mais aussi [hélas !] sa difficulté), car Paul va nous apporter de nouvelles richesses théologiques), l'apôtre interrompt son raisonnement, après sa première "moitié", l'œuvre d'Adam et ses conséquences : v. 12c "Adam a péché et son péché a entraîné sa mort, — mais c'est ainsi que la mort s'est étendue à tous les hommes, héritiers d'Adam —". Arrive alors au v. 12d, une "conjonction relative" (sic), à laquelle la TOB a consacré de longues lignes (à la suite des Pères et autres exégètes) ; on la retrouve en 2 Corinthiens 5/4 (où on peut la rendre par "pour autant") ; Philippiens 3/12 ("depuis que") ; 4/10 (cependant depuis que... = "bien que" ; il y a une nuance adversative). La TOB a adopté ici cette nuance adversative : d'ailleurs ; tandis que le Lectionnaire catholique revient au vieux "parce que" (cf. Segond), sous la forme "du fait que".

Il est probable que, si Paul veut noter une concomitance entre la mort et le péché, il n'entend pas pour autant établir ici de causalité ; et si l'on devait absolument ici découvrir une causalité, elle serait l'inverse de celle que l'on établit d'habitude : "en conséquence, tous les hommes ont péché" (cf. Philippiens 3/12). La mort universelle serait la cause du péché universel (l'homme voulant, comme jadis Adam, écarter toute agression de la mort pour vivre éternellement). Mais je pense qu'établir ici une causalité (dans un sens ou l'autre) revient à dépasser la pensée de Paul qui, cependant, note bien, un peu plus loin, que ce n'est pas le "vrai" péché (désobéissance à la Torah) qui cause la mort, puisque les gens sont morts d'Adam à Moïse (v. 14). (La traduction TOB est donc la moins mauvaise, sinon la meilleure : "d'ailleurs"). Mais, de toute manière, il est plus juste de parler de mort "originelle" (adjectif inexact) que de péché "originel" (id).

Cependant Paul introduit une parenthèse dans sa parenthèse, tout simplement pour qu'on n'oublie pas que le péché, qu'on ne pouvait pas imputer car la Torah n'était pas encore donnée, existait bel et bien dans ce monde (v. 13) et ne demandait qu'à retrouver sa vigueur (7/7-11), même si la mort (qui n'est donc pas ici le châtiment du péché) régnait sans partage sur tous les hommes depuis Adam jusqu'à Moïse, hommes qui n'avaient et qui n'ont pas pu pécher d'une manière comparable à la transgression d'Adam qui, par les conséquences universelles de ses actes, reste bien celui qui était destiné à être le prototype du Christ.

On notera encore :

a) que contrairement à la littérature de l'époque (cf. les écrits inter-testamentaires), Eve n'est pas l'unique responsable du péché et de la mort,

b) et que, si elle n'est pas nommée, c'est parce que le mot Adam = celui de Genèse 1/27-28 (= Dieu créa l'Adam... Il le créa mâle et femelle).

De toute manière, on n'a pas fini d'explorer les richesses de ce passage, où Paul fait une sorte de lecture à l'envers de notre monde, interprétant tout son caractère négatif comme le tremplin d'une positivité a fortiori bien plus grande.

N.B. : pour ceux qui s'intéressent à ce problème, qui n'est difficile que parce que jusqu'ici en Occident, nous l'avons pensé à l'envers, je signale que le terme ici employé : "types" correspond en Amos 5/26 (Septante) à l'un des termes (le mot : image) employés dans ce passage de la Genèse ; cf. aussi Exode 25/40 (Septante : v. 39) : modèle (Segond), plan (TOB), ébauche,... ou si l'on veut rester proche du grec : (proto)type.


"Plan" de prédication

Je viens d'y faire allusion, les facilités (et Dieu en soit loué !) que rencontre désormais dans nos contrées, l'annonce de l'Evangile, ne nous "facilitent" pas pour autant l'actualisation de ce dernier passage (Matthieu 10) prononcé en vue des difficultés à venir et récrit lors de persécutions contemporaines. C'est pourquoi, ici encore, j'hésiterais beaucoup à prendre "l'Evangile" du dimanche. Personnellement, je serais plus attiré par Jérémie et le fait que le Seigneur le pousse (tout comme pour Ezéchiel un peu plus tard) à dire le contraire de ce que les gens attendent. (Mais il est clair que, si vous aviez osé, le dimanche précédent, prendre l'épître aux Romains, il vous faut continuer ; cassez alors bien les phrases et lisez en 5/12d : "...Là-dessus, tous les hommes ont péché" ; ou "à la suite de quoi..." et insistez surtout sur le "à plus forte raison..." de l'œuvre salvatrice de Jésus, par rapport à l'œuvre mortelle d'Adam... plus Eve).

Cependant, si vous prenez Matthieu, insistez (contre toutes les gnoses actuelles, tous les "ismes" ou autres balivernes qui se disent nouvelles) sur le caractère public, accessible à tous de l'Evangile. Puis insistez sur le Dieu-qui-compte... nos cheveux. Relevez bien tout l'humour de cette affirmation ; n'ayez pas peur de relever que Dieu a dû vraiment aimer les... chauves, et qu'il y a beaucoup d'espoir pour les autres. Cette promesse devrait nous détourner de tous nos petits soucis que trop souvent nous transformons en perruques.



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