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Romains 15 v 4-9 Jean-Christophe Robert
Deuxième dimanche de l'avent (Esaïe 11/1-10, Romains 15/4-9, Matthieu 3/1-12)
(Prédication donnée au temple de Saint-Germain-en-Laye, culte du 5 décembre 2004) Vous avez un nouveau mess@ge ! A l’époque de Jean, dit le Baptiste, en 29 après Jésus-Christ, il n’y avait pas de boîte aux lettres classique, encore moins électronique. Mais l’attente d’un message de la part de Dieu était grande ! Depuis plusieurs centaines d’années, Dieu n’avait pas adressé la parole à son peuple Israël. Il avait même laissé ce dernier tomber aux mains des “sans foi ni loi”. Dans ce contexte politique et social difficile, une voix se fait pourtant entendre. Cette voix est différente de toutes les autres. Elle est inattendue. Elle possède une résonance toute particulière. Elle ne ressemble pas à tous ces appels à la révolte des chefs de bandes qui s’élèvent contre l’envahisseur romain. Elle n’a pas les accents légalistes de tous ces ascètes appelant à se retirer du monde pour attendre l’intervention destructrice de Dieu sur un monde à la dérive. Jean le Baptiste incarne par son accoutrement les prophètes de la trempe d’Elie : vêtement de poils de chameau, ceinturon en cuir et style de vie austère. Cette insistance sur ces détails rend encore plus incisif et direct, car dépouillé, le message dont il est porteur. Rappelant que Dieu, dans sa Justice et sa Sainteté, ne peut tolérer le mal plus longtemps, Jean invite à un changement de comportement pour entrer dans une relation renouvelée avec le Dieu de l’Alliance. Le rejeton L'image qu'employait le prophète Elie est une image écologiste : Le Messie n'est pas une branche qui jaillit de la couronne du grand arbre, mais un rejeton qui part d’une souche ; les passages suivants sont tirés d’une étude biblique du pasteur Alfonse Maillot : pour lui, La Bible de Jérusalem, et la TOB, semblent être la meilleure traduction ; elles ont le soutien des traducteurs du 2° siècle : Aquila, Symmaque et Théodotion (comme en Job 14/8 où le même mot, rare, est employé dans le même sens). Il ne reste plus de l'arbre qu'un moignon de tronc, mort en apparence. La venue du Messie sera donc, pour la Maison de David, comme un miracle de résurrection. Avec quelques auteurs récents, on peut comprendre les derniers versets du chapitre précédent (10/33-34) comme un préambule à notre prophétie : il évoque le jugement des chefs de Juda sous la figure de l'abattage des cèdres et autres splendeurs du Liban (cf. 9/9). C'est dans le tableau de la forêt coupée que se loge l'image de 11/1 : la famille royale elle-même n'a plus qu'une souche en terre, quand se met à pousser le rejeton. Cette image est forte et très actuelle ! L’image de la forêt coupée, défoliée, évoque plus que jamais aujourd’hui la mort de l’espérance et l’interdiction de l’avenir. C’est ce que beaucoup de jeunes aujourd’hui pensent au sujet de leurs lendemains. Leur lecture de l’histoire humaine est un jugement radical, ils la voient comme une souche durcie qui n’a plus de rejetons viables. Beaucoup de jeunes préfèrent donc vivre dans l’instant, de peur d’envisager des lendemains qui les effraient. Leur tentation, c’est de penser qu’il n’y a plus de message, plus d’idéologie fiable ; pour beaucoup d’entre eux, même le message du monothéisme est devenu ringard. Bon nombre de gens préfèrent se réfugier dans des pratiques spirituelles orientales à la petite semaine, quitte à ne travailler que sur le paraître, sur l’apparence de soi et sur une maîtrise de soi qui n’est qu’une forme de plus de religion des œuvres méritoires. Demeure aujourd’hui un sentiment de vide théologique, le même qui agitait Israël du temps de Jean Baptiste. Pendant des siècles, Dieu n’avait plus parlé pour proclamer sa volonté, condamner les dérives et appeler à un changement dans la manière de vivre. Mais avec Jean Baptiste, la voix des prophètes retentit de nouveau pour proclamer le jugement divin et la nécessité de s’y préparer ! Derrière ce message radical et sans compromis, se cache autre chose, plus grand, plus puissant, plus fort encore… Dieu en personne ! Les prophètes jusqu’à Jean Baptiste n’étaient que des agents, porte-parole de ce Dieu de l’Alliance. En Jésus, l’Emmanuel, Dieu vient parmi nous. En Jésus, Dieu ne vient pas seulement proposer un programme de restauration et de réhabilitation. Il vient faire chemin avec nous, apportant au cœur de nos vies la lumière de sa vie. Par son Esprit, symbole de vitalité, Dieu veut embraser nos cœurs pour donner une nouvelle orientation à notre quotidien. Et par son feu, symbole de purification, il veut brûler tout ce qui nous empêche d’être libres et bien disposés en sa présence. Parce que Dieu est Amour, Dieu veut aussi donner du sens et de la cohérence à mon existence. Notre rencontre avec Jésus fait de nous des témoins de sa lumière et de son amour. Cette rencontre nous engage à sortir, nous aussi, de nous-mêmes, de nos maisons, de nos temples, de nos églises, pour partager avec d’autres ce message nouveau : “Dieu est vivant au milieu de nous !”. La Bible annonce ce message, sa valeur est inestimable à cause de la personne qu’elle présente, Dieu lui-même ! Il faut nous convertir... mais justement, prioritairement, à propos du terme "convertir". En effet, nous cherchons à l'accaparer, à l'aseptiser, à le neutraliser, et ainsi nous le confondons : - soit avec une expérience extatique, mystique un repliement sur soi ; - soit avec une activité purement cérébrale, un nouveau mode de pensée. La conversion, est une disposition ouverte à un éventuel bouleversement de nos compréhensions et de nos valeurs habituelles. C’est une expérience qui se fait tous les jours, dans la banalité de notre vie affrontée avec une aide inattendue. C'est pourquoi la conversion chrétienne est préliminairement "écoute", ou disposition à l'écoute, ouverture et réception... Le choc émotionnel ou le bouleversement intellectuel, aussi fréquents soient-ils, sont secondaires par rapport à cette acceptation de la révision, et à la mise en cause de nos repères, de nos critères, etc… Même si le mot "méta-noia" insiste surtout sur le bouleversement de la pensée (noia = nous = pensée) et rappelle qu'il faut nous apprêter à "ne plus penser comme jusqu'alors nous pensions », à changer de mentalité, c’est-à-dire entrer dans une nouvelles forme d’intelligence qui n’a rien à voir avec le Q.I.. Cette métanoia nous ouvre à nous laisser surprendre par la possibilité de l’espérance. Dans l'épître aux Romains, les "faibles" sont ceux qui réclament l'observation de beaucoup de règles rituelles, et les "forts", ceux qui s'affranchissaient des règles. L'apôtre Paul établit comme règle pour sortir de ces conflits deux critères : le don de soi et le refus de la complaisance. Je ne vis pas et je ne crois pas en Dieu pour me faire plaisir, mais pour construire quelque chose avec mon prochain ici-bas, à commencer par mon Eglise. Elle vit de ce que je lui apporte. C’est pourquoi au v. 6, Paul demande aux forts et aux faibles de se mettre vraiment d'accord, en chantant ensemble la Gloire du Dieu-Père-de-Jésus-Christ. Les cantiques (et Psaumes) ne sont pas ici tant des preuves de l'accord des chrétiens que des moyens d'y parvenir. "Vous êtes divisés ? Eh bien, chantez le Dieu-Père ensemble, et ça ira mieux ! C’est tout le sens de notre culte : Dieu nous donne des frères et sœurs en Christ non pas comme nous les rêvons, mais en tant que frères et sœurs de Jésus-Christ, ils nous sont donnés tels quels comme un cadeau, une présence qui nous entourent. Ici-bas, maintenant, sans attendre l’Eglise parfaite qui n’existera jamais. Calvin commente ce passage en ces termes : (je cite l’Institution chrétienne) : 5. OR LE DIEU DE LA PATIENCE ET DE LA CONSOLATION VOUS DONNE DE SENTIR UNE MÊME CHOSE PARMI VOUS SELON JÉSUS-CHRIST. Dieu est ainsi nommé par les effets que S. Paul a ci-dessus attribués à l'Ecriture, pour une raison très bonne mais toutefois différente. C'est certes Dieu seul qui est l'auteur de la patience et de la consolation, puisque par son Esprit il fait découler en nos coeurs l'une et l'autre; toutefois pour Ce faire, il se sert de sa parole comme d'un instrument. Car il nous enseigne premièrement quelle est la vraie patience et la vraie consolation, puis il inspire et plante en nos coeurs cette doctrine. Au reste, l'Apôtre, après avoir rappelé aux Romains leur devoir, et les avoir exhortés à s'y employer, se tourne maintenant vers la prière, parce qu'il savait bien que ce sera sans profit qu'on traitera du devoir de chacun, si Dieu ne fait au-dedans par son Esprit ce qu'il a enseigné par la bouche de l'homme. Or le sommaire de sa requête est que Dieu réduise leurs coeurs à un vrai accord, et les fasse vraiment consentir ensemble. En même temps, il montre aussi quel est le lieu de cette union, quand il veut qu'ils consentent selon Christ. Car c'est un maudit accord et un malheureux consentement que ceux qui sont faits hors de Dieu. Or ils sont hors de Dieu, quand ils tendront à nous détourner ou à nous éloigner de sa vérité. AFIN QUE D'UN SEUL COEUR ET D'UNE SEULE BOUCHE VOUS CLORIFIIEZ DIEU, QUI EST LE PÈRE DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. « Afin de nous faire avoir en plus grande recommandation ce consentement en Christ, il montre combien il nous est nécessaire, vu que Dieu n'est point vraiment glorifié par nous, si les coeurs de nous tous ne consentent à sa louange, et si même les langues ne s'adonnent à les chanter d'un bon accord. Il ne faut donc point que quelqu'un vienne dire qu'il donnera gloire à Dieu à sa façon; car Dieu estime tant l'union de ses serviteurs, qu'il ne veut point que sa gloire soit mêlée avec des discordes et des contentions. Cette seule considération devrait bien suffire pour réprimer cet appétit enragé de débattre et d'opiniâtrer, auquel les esprits de plusieurs sont aujourd'hui par trop adonnés. » (Fin de citation.). Pour Calvin, nous avons besoin de rechercher ce même cœur, cette conviction commune, cette même pensée, pour relativiser ce qui nous divise, et rechercher avec reconnaissance ce qui nous unit : le Christ. Nous sommes là pour nous préparer à recevoir Jésus plus en profondeur. C’est une évidence, mais tant de conversations ne témoignent pas de cette préparation là, tant de propos ne sont pas dignes de la conversion d’un Avent véritable ! La grande nouvelle d’Esaïe, relayée par Jean-Baptiste, est magnifique ! Même d’une souche, Dieu peut faire renaître une communauté vivante. Dieu ne désarme jamais ; c’est nous qui n’osons plus espérer. Hier, j’ai reçu un coup de téléphone ; la personne ne s’est pas présentée ; elle chantait au téléphone ; c’était radieux, un chant superbe, une voix digne de Blanche Neige, complètement imprévisible pour un pasteur habitué à devoir répondre aux urgences. Cet appel a été pour moi un appel prophétique, un chant dans la nuit des précipitations perpétuelles, j’ai écouté avec bonheur le mystère de ce chant, comme une parcelle d’éternité avant l’heure, j’avais le fou rire croyant que c’était ma femme qui me faisait une blague ; mais un pasteur devant toujours rester sérieux, (bien m’en a pris) j’ai écouté le cadeau de ce chant. Quand la personne a fini de chanter, elle m’a invité à la visiter, comme c’était convenu à l’avance, en se présentant. Le chant était le rappel de ce qui fait le fondement de toute paroisse : la prière qui unit en Christ et prépare la rencontre avec lui et entre nous ; tout le reste n’est que du bruit, en ce temps de l’Avent. Le sens de ce qui nous y faisons, c’est le chant dans un « même sentiment les uns envers les autres selon Jésus-Christ, afin que tous ensemble, d’une seule bouche, vous glorifiez le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ ». Ecouterez-vous le chant du Seigneur, son appel bienfaisant, son accueil, son désir de rencontre vraie ? Son désir de faire naître et renaître, même sur les supports les plus endurcis ? Amen. .Jean-Christophe Robert, pasteur Autres textes de la même catégorie
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