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Romains 10 v 8 à 11 v 5 (David Mitrani)
Texte : Romains 10/8 à 11/5
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 26.08.2001 à Jarnac (16) et, avec quelques modifications, à Lussan (30) en 1994. Scandale ! Ce chapitre de la lettre aux Romains est celui des scandales. Des choses impossibles, impensables, qui ne devraient donc pas arriver... et qui arrivent pourtant. Et pire, ce sont toujours les mêmes, c'est toujours actuel ; ce qui questionnait Paul au point qu'il tenta d'y trouver une logique, sans grand succès, c'est toujours ce qui nous questionne, nous chrétiens d'aujourd'hui. Scandale : le salut est pour tous, alors que nous croyions qu'il n'était que pour nous. Bon ! Ça, c'est un scandale mineur, parce que ça ne scandalise que notre égoïsme tribal : nous nous serions bien contentés d'un paradis peuplé uniquement de gens qui nous ressemblent, qui ont la même culture, les mêmes goûts, les mêmes opinions que nous. Mais ce premier scandale est évangélique, au plein sens du mot : l'Evangile y est contenu, et c'est être scandalisé qui n'est pas évangélique... Du coup, le voici qui pointe son nez, le véritable scandale. Agissons-nous de manière évangélique ou bien non évangélique, ou pour le dire encore plus fort : sommes-nous chrétiens dans les attitudes dont il va être question maintenant, ou bien ne sommes-nous pas chrétiens ? Regardez bien de quoi il s'agit... Je vous disais qu'il n'était pas évangélique d'être scandalisé par l'offre de salut faite à tous, "Juifs ou Grecs", Blancs ou Noirs, de gauche ou de droite, gens d'ici ou tziganes, paysans ou négociants, etc… Mais que faisons-nous quand nous sommes ainsi scandalisés ? Eh bien, c'est simple, même si c'est inconscient la plupart du temps : puisque "ils" seront sauvés s'ils connaissent l'Evangile, alors je vais me taire, je vais "les" priver de l'Evangile afin qu'ils ne soient pas sauvés, puisque, "de toute façon", il n'y a pas de raison que "ils" le soient... Cela fonctionne quels que soient les "ils" dont on parle. Ça peut même être mon voisin ou mon cousin, qui ne vote pas comme moi, qui m'a fait des crasses, etc… etc… La première, la plus scandaleuse manière de ne pas être évangélique, c'est de ne pas être évangéliste. Ça tombe sous le sens. L'Evangile est "bonne nouvelle", c'est-à-dire quelque chose qui s'annonce... à d'autres, naturellement, à moins qu'on ne soit psychotique ! Renoncer à l'Evangile ou renoncer à l'évangélisation, c'est le même mouvement, l'un entraîne l'autre d'une manière ou d'une autre, mais inéluctablement. Je disais que c'était souvent inconscient. En fait, c'est plutôt "irraisonné" que j'aurais dû dire. On n'y réfléchit pas : on fait comme ça, point. Mais c'est parfaitement conscient ! Parce que l'évangélisation, quel que soit son mode, est dangereuse. Bon, on risque d'y perdre des plumes en chemin, et parfois, selon les lieux et les époques, plus que des plumes... Mais ce n'est pas de ça que je veux parler. Non : l'évangélisation est dangereuse pour mon ego parce qu'elle va m'obliger à considérer comme des frères et des sœurs des gens que je n'ai aucune envie de voir dans ma famille ! Remarquez, tant qu'on pense "petit frère" ou "petite sœur" — à qui j'apprends quelque chose —, en fait tant que je joue au parent plutôt qu'au grand frère, ça va, c'est rassurant au fond de moi, pour moi. Mais à cela il y a deux limites, tragiques toutes deux de manière différente. Première limite, qui est heureuse, c'est que la vocation d'un "petit frère" est de grandir, de devenir aussi grand que son "grand frère". Alors, si j'ai joué au grand frère, je suis fier de ce résultat, mais si j'ai joué au parent abusif, ça me fait mal. Si ce que j'ai donné, je l'ai donné, que c'était pour l'autre, je suis heureux qu'il l'ait pris. Mais si je n'ai donné que pour me faire plaisir à moi, être capable de tant de générosité, alors si c'est vraiment pris, ça me manque. D'autant plus que maintenant, je ne puis plus décider tout seul, croire tout seul, vivre tout seul. La famille ainsi agrandie, ça prend de la place... Quand ceci nous est arrivé à nous, protestants de France ou de Suisse, c'est-à-dire quand la Société des Missions Evangéliques de Paris a dû se transformer en une communauté d'Eglises partenaires, ça nous a fait un peu mal ; d'ailleurs, nous n'avons pas fini de le digérer, plus de 30 ans après... Devoir décider ensemble où iraient nos sous, dans quelles directions irait notre évangélisation... Entendre des frères et des sœurs venant de pays qui étaient païens il y a quelques générations nous dire à nous, la "fille aînée de l'Eglise", dans quelles banlieues ou quelles campagnes il faudra envoyer des missionnaires chez nous... Voilà pourquoi nous avons du mal à aimer le DEFAP, voilà pourquoi nous rechignons néanmoins à annoncer l'Evangile : non pas par timidité, mais par crainte que ça marche... Mais il y a une autre raison, c'est l'autre limite que j'annonçais : il se peut que ça ne marche pas. Et c'est là un scandale auquel les croyants de tous les temps se sont heurtés. C'est celui auquel Paul tente de trouver des raisons bibliques. "La foi vient de ce qu'on entend" et pourtant certains ont entendu et n'ont pas cru... Ce scandale comporte deux versions, l'une "soft" et l'autre "hard", pour parler comme aujourd'hui. La version douce, qui ne maltraite que notre fierté, c'est lorsque, effectivement, il n'y a pas de conversion. Lorsque quelqu'un qui ne croyait pas, alors qu'on a témoigné devant lui, qu'on s'est décidé à y aller, qu'on s'est "mouillé", eh bien… ne croit toujours pas après. A d'autres époques, ou sous d'autres cieux, des chrétiens sont morts à cause de ça, parce qu'ils avaient "trop"' parlé, "trop" entre guillemets. Aujourd'hui ici, on se retrouve seulement bête, parfois aux yeux de celui ou celle qu'on n'a pas convaincu, et toujours à ses propres yeux. On en repart vexé parfois, maugréant contre ceux qui, comme votre pasteur, disent qu'il ne suffit pas d'être bon pour que "ça" évangélise. Parce que la parole claire, cette fois ça n'a pas marché non plus... Mais il y a aussi une version dure de ce scandale. Lorsque des gens, des individus ou des peuples, se disent chrétiens, confessent la Bonne nouvelle du salut gratuit pour tous en Christ, et puis, brusquement, se révèlent agir complètement en décalage. Un commerçant chrétien devenant voleur. Un entrepreneur chrétien devenant escroc. Un mari chrétien se mettant à battre sa femme. Un pasteur chrétien se mettant à prêcher la haine. Et c'est donc encore pire lorsque ce sont des peuples entiers. Rappelez-vous le Rwanda : c'était des chrétiens contre des chrétiens. Et en Afrique du Sud, là où l'Evangile s'est révélé plus fort qu'on aurait pu le croire, c'était pourtant bien des chrétiens déjà auparavant, autant chez les Boers qui ont fabriqué l'apartheid, chez les Zoulous qui en ont profité, chez les Xhosas qui ont lutté contre. Entre Croates catholiques et Serbes orthodoxes, n'était-ce pas la même chose, alors qu'on commence à juger les atrocités commises ? Et même s'il y a quantité d'autres motivations, quelle image donne l'Irlande du Nord, sinon celle de la mauvaise foi partagée ? Mais le scandale est là, mes amis, c'est que si de telles horreurs se passaient chez nous, nous ferions peut-être bien la même chose. N'allons pas regarder si loin, sinon pour mieux informer notre prière pour les frères et les sœurs qui souffrent, et aussi pour apprendre sur nous ce que nous ne verrions peut-être pas si nous étions tout seuls. Regardons-nous nous-mêmes à la lumière de ce texte de l'apôtre des nations. Sommes-nous évangéliques ? Sommes-nous évangélistes ? Est-il plus urgent d'être évangélisé ou d'évangéliser, non pas en théorie, mais chacun de nous ? Comment réagirions-nous si on touchait à ce qui nous tient le plus à cœur : en chrétiens ou en païens ? Et dans la vie quotidienne, est-ce l'Esprit de Jésus-Christ ou celui du monde qui guide nos choix ? Et, comme demande Paul, "quelle est la réponse divine?"... Amen. Autres lectures : Esaïe 66/18b-21 Luc 13/22-30 Autres textes de la même catégorie
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