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Romains 10 v 8-13 (Serge OBERKAMPF)



Texte : Romains 10/8-13
Genre : Méditation
Auteur : Serge OBERKAMPF
Source : Tant qu’il fait jour, n° 174, avril 1977 (p. 1).



Près de toi est la Parole
(Méditation sur Romains 10/8-13)

Tout près de toi est la Parole, dans ta bouche et dans ton cœur. Tout près de toi, c'est-à-dire accessible, proche. Cette Parole qui a été faite chair et qui est Jésus-Christ lui-même. Parole accessible, qui est à notre portée par le double mouvement de l’Incarnation et de la Révélation tout entière contenue dans l'Ecriture sainte.

Cette Parole doit être dans notre bouche et dans notre cœur. Le cœur est le tréfonds de nous-même, la bouche ce qui communique avec l'extérieur. Nous sommes, selon l'image de l'apôtre Paul, des vases d'argile qu'il convient de vider au maximum de ce qu'ils contiennent (et qui est le péché) pour qu’ils puissent être remplis de cette Parole. Remplis depuis le tréfonds jusqu'à l'orifice, depuis le cœur jusqu’à la bouche. Remplis comme le Christ a rempli l’intervalle qui nous séparait de Dieu par notre faute, jusqu'à ce que nous puissions l'appeler Père.

C'est le sens aussi du baptême : vider la vie ancienne, mourir pour renaître, être remplis de la vie nouvelle.

Remplis au tréfonds : Croire dans son cœur conduit à la justice. Croire intimement permet, en effet, que nous reconnaissions et vivions, bien pauvrement il est vrai, les commandements justes et bons que Dieu nous a donnés, mais surtout que nous reconnaissions que Christ nous a déjà justifiés, c’est-à-dire mis, en dépit de tout, par la seule grâce de Dieu, au bénéfice de sa justice.

La loi qui nous condamne est accomplie en Jésus-Christ. C'est lui notre justice. Nous n'aurons jamais assez remercié Dieu pour ce don. Ainsi parle le Seigneur, l'Eternel : Voici, j'ai mis pour fondement en Sion une pierre, une pierre éprouvée, une pierre angulaire de prix, solidement posée (Esaïe 28/16).

Croire dans son cœur conduit à la justice : cela signifie accepter de se rendre compte que nous — les vases — avons besoin d'être remplis. C'est ce qu’il y a de plus difficile dans la foi : accepter de se débarrasser de la chose la plus encombrante qui soit, MOI, pour que la Parole vivante puisse occuper cette place.

Combien souvent nous nous flattons de notre moi : j'ai fait ceci, j'ai fait cela, j'ai consolé madame Une Telle qui a perdu son mari, j'ai accroché l’un à l'autre les époux X qui allaient divorcer. J'ai. Moi, j'ai... Avec une telle logique, quand nous arriverons devant le Père, il faudrait dire : Gloire à moi !

Croire dans notre cœur que Dieu a ressuscité Jésus-Christ des morts, c'est croire aussi dans notre cœur que nous sommes pécheurs et morts en puissance, et que notre seule justification est cette résurrection. Que c'est Christ qui agit, pas nous.

C'est cela la justice, accepter la volonté de Dieu envers nous. Ce qui est juste est ce que Dieu a jugé bon et, si Dieu a envoyé son Fils périr sur une croix, ce n'est pas pour que nous fassions la fine bouche, que nous fassions du Vendredi Saint et de Pâques des accessoires facultatifs de nos vies.

Ainsi, pour être justes, acceptons de croire dans notre cœur.

-o-

En confessant de la bouche, on parvient au salut. Confesser de la bouche est lié indissolublement à croire en son cœur. Il ne peut s'agir d'un discours de façade, mais du résultat d'un trop-plein. La bouche est le trop-plein du cœur. Car ce que dit la bouche, c'est ce qui déborde du cœur, dit Jésus. C'est d'après tes paroles que tu seras justifié, et c'est d'après tes paroles que tu seras condamné (Matthieu 12).

Si nous reprenons l'image du vase, la Parole est la goutte qui le fait déborder.

Attention ici à notre bien protestant sens de la mesure (— Un homme bien élevé ne doit jamais avoir un mot plus haut que l'autre, disons-nous. — Ne pas faire trop de bruit, pas d'opinion trop tranchée surtout, des nuances, de la distinction !...). Tout cela fait que nous trouvons très choquante l'idée d'un vase qui déborde. Un vase est fait pour être rempli aux trois-quarts, pas plus. Modération et bonne éducation obligent !

Eh bien, non ! De même qu'il nous faut être froids ou bouillants, il faut que le vase déborde, ou qu'il soit vide.

Il faut que le vase déborde, que nous confessions de la bouche. Parce que ce n'est pas notre comportement — peu différent, en vérité, de celui du commun des mortels de bonne éducation — qui va proclamer que nous croyons dans notre cœur. Notre comportement est celui de pécheurs comme tout le monde. Un seul homme ne fut pas pécheur : Christ. Lui seul aurait pu se permettre de ne rien dire, d'être seulement. Et nous lisons dans les évangiles qu'il a été, mais qu'il a aussi beaucoup dit.

Nous ne pouvons pas être parfaits, encore qu'il faille nous efforcer de l'être, quoique nous sachions dès l'abord cette tentative vouée à l’échec. Notre témoignage implicite, comme on dit aujourd’hui, est — reconnaissons-le — d'une valeur ridicule s'il n'est pas accompagné du dire. Notre témoignage, notre proclamation doivent donc être résolument explicites.

Il faut dire, il faut proclamer, il faut déborder !

C'est ce débordement qui conduit au salut. C'est ce débordement qui atteste Urbi et orbi la résurrection du Christ. Parce que le salut n'est pas une affaire purement individuelle, nous n'avons pas le droit de nous taire. Il s'agit du salut du monde. Il s'adresse à tout le monde. Juifs, Grecs, Arabes, vendeuses de grands magasins, académiciens. Nous ne sommes pas sauvés seuls parce que le salut dépend, en définitive, du retour du Christ et que le retour du Christ dépend de la proclamation de l'Evangile et, en définitive (ainsi que Paul l'explique dans le même chapitre), de la reconnaissance par Israël de la Seigneurie de Jésus-Christ. C'est pourquoi Paul affirme que confesser de la bouche conduit au salut.

Soyons donc résolument hardis pour notre Seigneur. Lui seul donne un sens à la vie.

Je ferai, dit le prophète, de la droiture une règle, et de la justice un niveau. Et la grêle emportera le refuge de la fausseté. Et les eaux inonderont l'abri du mensonge (Esaïe 28/17). Tenons ferme la pierre angulaire qui a été posée pour nous et laissons balayer tout ce qui n'est pas elle dans nos vies, pour que les vases que nous sommes débordent et qu'à la suite de Paul nous proclamions :

Si de ta bouche tu confesses que Jésus est Seigneur et si dans ton cœur tu crois que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé.

Amen.




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