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Romains 10 v 8-13 (James Woody)



Texte : Romains 10/8-13
Genre : Prédication
Auteur : James WOODY
Source : Prédication du 04.03.2001 en Avignon, trouvée sur le site de l’Eglise réformée d’Avignon.



Homologuer Jésus

Chers frères et sœurs, aujourd’hui est le premier dimanche de Carême. Je ne sais pas si vous avez une idée précise de ce qu’est le carême, de ce que signifie cette période. Je ne sais pas ce que cela évoque pour vous. Je ne sais pas si cela modifie votre façon de vivre, vos comportements, vos habitudes. Parce que moi-même, je ne sais pas très bien ce que peut-être le carême, y compris le carême protestant.

Bien sûr, nous savons que « carême » signifie quarante jours : depuis mercredi dernier, le décompte des jours avant la fête de Pâques a commencé. Pâques est donc dans un peu moins de quarante jours. Ceci pour dire que nous sentons bien que le carême a un rapport avec cette fête majeure du christianisme. Ceci pour dire que le carême doit probablement être une période de préparation à Pâques. Mais qu’est-ce que faire carême ?

A vrai dire, chacun y met un peu ce qu’il veut, chacun assaisonne cette période comme il le souhaite. Pour la bonne et simple raison que Carême n’est pas une fête biblique en soi, que c’est une période qui s’est imposée dans la tradition chrétienne comme une période de pénitence en rapport avec le séjour de Jésus dans le désert. Et pour faire comme le maître, certains jugent bon de vivre à la manière d’un homme qui serait dans le désert : manger peu, manger maigre. Actuellement, en Angleterre par exemple, ils s’abstiennent de manger bœuf ou mouton. Et pour ne pas céder à la tentation, ils brûlent les bêtes.

Faire comme les habitants du désert. Cela peut prêter à sourire quand on sait qu’en plein désert du Néguev, dans le sud de la Palestine, les « nomades » reçoivent la télévision par satellite et vous offrent une bière qui sort du réfrigérateur pour vous souhaiter la bienvenue. Et pourquoi faudrait-il s’abstenir d’une alimentation normale pour préparer le temps de Pâques ? Ne faudrait-il pas mieux, au contraire, engranger des forces pour être en bonne forme physique le moment venu ?

S’il convient de se préparer au temps de Pâques, il me semble que ce n’est pas du côté des prescriptions alimentaires qu’il faut chercher mais plutôt dans le texte de l’apôtre Paul que nous avons relu aujourd’hui. Un texte qui s’appuie sur l’événement de Pâques pour dire ce qu’il a à dire. Un texte qui montre les conséquences de l’événement de Pâques pour les croyants, que ces croyants soient juifs, c’est-à-dire nés dans une famille croyante, ou grecs, c’est-à-dire nouvellement convertis, venant d’un milieu où personne n’infusait dans la religion. Les conséquences sont la justice et le salut, qui viennent de la foi et de la confession de foi. Or, il est net que c’est là qu’est le véritable enjeu de ce texte, de Pâques, et donc du Carême : la confession de foi.

Pâques est finalement le moment où il faut faire un choix, décisif : Dieu l’a-t-il ressuscité ou non ? Est-il le seigneur, ou non ? Des questions qui sont celles qui précèdent la confession de foi (celle des premiers témoins, celle des apôtres, la nôtre). Le temps du carême est peut-être le temps qu’il nous faut pour en arriver là. Là, c’est-à-dire à la confession de foi de Pâques, la confession de foi chrétienne. Confesser, c’est-à-dire en grec « homologuer ». Car confesser, ce n’est ni plus ni moins qu’homologuer, littéralement.

Comme on homologue un record, comme on homologue une voiture, comme on homologue toute chose qui doit correspondre à des critères définis, confesser c’est homologuer. C’est dire que c’est conforme. Qu’il n’y a pas tromperie sur le produit. Confesser, c’est homologuer, c’est dire : « oui, c’est vrai ». Dans ce cas, le temps de carême n’est-il pas le temps idéal pour préparer l’homologation de Pâques ? Le temps de préparation nécessaire pour que nous puissions dire, le moment venu « oui, c’est vrai, Dieu a vraiment ressuscité Jésus d’entre les morts », « oui, c’est vrai, Jésus-Christ est vraiment le Seigneur ».

Quelques étapes communes sur le chemin qui va nous conduire à Pâques peuvent nous aider en ce sens. Dimanche prochain, l’assemblée générale de notre association cultuelle. C’est le moment d’apprécier dans le détail de nos activités comment la volonté et la justice de Dieu prend corps, y compris dans le vote du budget : est-ce que mon offrande atteste que Jésus-Christ est le Seigneur de ma vie ? Est-ce que mon Eglise choisit les bonnes priorités, est-ce qu’elle met ses forces vives là où c’est important (au fait, qu’est-ce qui est important ?) ? Autrement dit, homologuer que ma façon d’être dans l’Eglise correspond à ma foi et, réciproquement, homologuer que ma foi correspond à ma place dans l’Eglise.

Le dimanche suivant, l’assemblée générale de notre diaconat, de notre service d’entraide. L’occasion de me demander ce qu’est la justice de Dieu, ce qu’elle me conduit à faire, à entreprendre dans l’univers où je vis. Là encore, des chiffres, des questions d’argent, des questions de dominantes. Mais surtout l’occasion d’homologuer que l’amour que j’ai pour ceux dont je croise la route est conforme à l’amour de Dieu pour moi et, réciproquement, que l’amour que j’ai pour Dieu est conforme à l’amour que je partage autour de moi.

Premier dimanche d’avril, l’assemblée générale des amis de l’orgue. L’occasion de revenir sur une année musicale à travers laquelle la communion avec Dieu a été possible. Une année qui a permis de mettre à jour des sentiments, des émotions que la musique sait parfois révéler. L’occasion de se demander si mon sentiment religieux correspond à mon discours sur Dieu et, réciproquement, si ce que je dis de Dieu est conforme à ce que j’éprouve en mon cœur.

Dernière étape commune avant Pâques, le culte du Vendredi Saint. Est-ce que cet homme innocent qui a été condamné était le Fils de Dieu ? Est-ce que cet homme humilié était le Fils de Dieu ? Est-ce que cet homme mis à mort sur une croix était le Fils de Dieu ?

C’est le parcours, nécessaire, pour l’homologation ultime : homologuer que Jésus est le Seigneur, une affirmation qui ne va pas de soi a priori, une affirmation qui peut être scandaleuse pour certains et, pourtant, l’affirmation sur laquelle il faut se prononcer.

Confirmer que ce qui est dans notre cœur est conforme à ce qui est dans notre bouche. Confirmer que notre religion est conforme à notre foi. Oui, faire que notre religion, notre façon d’être en Eglise, nos prises de paroles, nos discussions à bâton rompu, nos remarques, nos projets, nos choix, nos absences et nos présences, ne soient pas contraires à ce que nous croyons vraiment, à ce qui rempli notre cœur. Que ce qui sort de notre bouche, ce dont nous débordons, ce que nous accomplissons, soit cohérent, en accord avec ce que nous pensons et avec ce que nous ressentons. Que cela soit conforme à notre conscience. Autrement, le dédoublement de la personnalité nous guettera.

Bien au contraire d’un dédoublement possible, nous sommes appelés à unir nos pensées, nos désirs et nos paroles, à faire en sorte que ce que notre cœur nous dicte soit répété par notre bouche. Et voilà pourquoi une période de quarante jours n’est pas forcément de trop pour nous préparer à la proclamation de Pâques. Car bien souvent nous taisons l’ardeur de notre cœur, nous passons sous silence ses élans. Nous camouflons notre foi, nous masquons notre relation avec le Dieu créateur parce que nous craignons de ne pas être compris, d’être ridicules, de passer pour des hurluberlus. Nous sommes tièdes, et même froids, d’autant que notre tradition religieuse nous invite plutôt à la retenue, à la réserve, à la discrétion.

Cela, alors que le monde attend notre témoignage, que le monde attend de nous une parole de justice et de salut ; une parole qui remette en route ceux qui sont lassés de leur vie. Une parole qui redresse ceux que les soucis quotidiens accablent ; une parole qui rassure ceux qui désespèrent du bonheur. Le temps de carême peut être cette période qui nous aidera à homologuer, à notre façon, Jésus comme Seigneur et Sauveur, qui nous aidera à trouver la forme de notre témoignage personnel.

Alors, ceux que nous rencontrons pourront à leur tour invoquer le nom du Seigneur et être sauvés.

Amen.




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