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Romains 10 v 1-21 (Rudiger Popp)
Predication sur Romains 10:1-21 / 29 février 2004
Laisser Dieu parler "Frères, ce que je désire de tout mon coeur et que je demande à Dieu pour les Juifs, c’est qu’ils soient sauvés. Certes, je peux témoigner en leur faveur qu’ils sont pleins de zèle pour Dieu, mais leur zèle n’est pas éclairé par la connaissance. En effet, ils n’ont pas compris comment Dieu rend les hommes justes devant lui et ils ont cherché à établir leur propre façon de l’être. Ainsi, ils ne se sont pas soumis à l’oeuvre salutaire de Dieu. Car le Christ a conduit la loi de Moïse à son but, pour que tous ceux qui croient soient rendus justes aux yeux de Dieu. Voici ce que Moïse a écrit au sujet de la possibilité d’être rendu juste par la loi: "Celui qui met en pratique les commandements de la loi vivra par eux." Mais voilà comment il est parlé de la possibilité d’être juste par la foi: "Ne dis pas en toi-même: Qui montera au ciel?" (c’est-à-dire: pour en faire descendre le Christ). Ne dis pas non plus: "Qui descendra dans le monde d’en bas?" (c’est-à-dire: pour faire remonter le Christ d’entre les morts). Qu’est-il dit alors? Ceci: "La parole est près de toi, dans ta bouche et dans ton coeur." Cette parole est le message de la foi que nous prêchons. Si, de ta bouche, tu affirmes devant tous que Jésus est le Seigneur et si tu crois de tout ton coeur que Dieu l’a ramené d’entre les morts, tu seras sauvé. C’est par le coeur, en effet, que l’on croit, et Dieu rend juste celui qui croit; c’est par la bouche qu’on affirme, et Dieu sauve qui fait ainsi. L’Écriture déclare en effet: "Quiconque croit en lui ne sera pas déçu." Ainsi, il n’y a pas de différence entre les Juifs et les non-Juifs: ils ont tous le même Seigneur qui accorde ses biens à tous ceux qui font appel à lui. En effet, il est dit: "Quiconque fera appel au Seigneur sera sauvé." Mais comment feront-ils appel à lui sans avoir cru en lui? Et comment croiront-ils en lui sans en avoir entendu parler? Et comment en entendront-ils parler si personne ne l’annonce? Et comment l’annoncera-t-on s’il n’y a pas des gens envoyés pour cela? Comme le déclare l’Écriture: "Qu’il est beau de voir venir des porteurs de bonnes nouvelles!" Mais tous n’ont pas accepté la Bonne Nouvelle. Ésaïe dit en effet: "Seigneur, qui a cru la nouvelle que nous proclamons?" Ainsi, la foi vient de ce qu’on écoute la nouvelle proclamée et cette nouvelle est l’annonce de la parole du Christ. Je demande alors: Les Juifs n’auraient-ils pas entendu cette nouvelle? Mais si, ils l’ont entendue! L’Écriture déclare: "Leur voix s’est fait entendre sur la terre entière, et leurs paroles ont atteint le bout du monde." Je demande encore: Le peuple d’Israël n’aurait-il pas compris? Eh bien, voici d’abord la réponse que donne Moïse: "Je vous rendrai jaloux de ceux qui ne sont pas une vraie nation, dit Dieu, j’exciterai votre colère contre une nation sans intelligence." Ésaïe ose même proclamer: "J’ai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas, dit Dieu, je me suis montré à ceux qui ne me demandaient rien." Mais au sujet d’Israël, il ajoute: "Tout le jour j’ai tendu les mains vers un peuple désobéissant et rebelle." Pendant la semaine dernière que j’ai passée sur les pentes des Alpes bavaroises, j’ai été poursuivi par ma propre prédication de dimanche dernier. Je m’entendais dire et redire cette phrase clé : La confession de foi est l’expression de la décision que nous sommes appelés à prendre suite à la décision que Dieu a prise pour nous ; la confession de foi est la manifestation du choix que nous devons faire après que Dieu nous a choisis. Vous savez, dans les téléskis, on a beaucoup de temps pour réfléchir, et cette formule ne me lâchait plus. Allez savoir si c’est bon ou mauvais signe ! Des questions assez tordues me sont venues à la tête, comme celle-là : Notre décision de foi ne risque-t-elle pas d’éclipser la décision de Dieu ? Nos efforts de faire un choix ne sont-ils pas des essais sous-jacents d’arracher sa décision à Dieu ? Comment pouvons-nous rester, face à l’exigence de notre choix, dans une posture de foi, de confiance vis-à-vis le choix de Dieu ? Au moins une chose est sûre, c’est qu’avec de telles questions en tête, on est forcément un mauvais skieur, et je ne vous dis pas combien de fois je suis tombé des tire-fesses. C’est en lisant le texte dans les épîtres pour ce dimanche que j’ai ensuite trouvé une voie d’issue de ce slalom de questions par rapport au choix de Dieu. Cela peut surprendre, car le texte de Paul est tout sauf facile et confortable à lire, comme d’habitude chez ce maniaque de l’argumentation hyper-théologique dont nous ignorons en plus les arguments adverses. Je vous prie alors de m’excuser de vous plonger, sans vous prévenir une semaine à l’avance, dans l’univers paulien des citations-répliques et des questions sans réponses : Mais je vous promets qu’on va en tirer quelques élucidations de la question qui nous est posée à tous par le choix de Dieu : Comment comprendre que Dieu rend les hommes justes devant lui sans chercher à établir notre propre façon de l’être ? pour le dire avec les mots de Paul. Nous devons d’abord constater que Paul répond, dans ce texte, à une question, voire un reproche tout autre. Ce reproche que les judéo-chrétiens de Rome des années 50 après la naissance du Christ ont apparemment rencontré, est le suivant : Le salut universel des chrétiens est acheté au prix de la contestation du choix de Dieu vis-à-vis son peuple Israël. Le même Dieu que les disciples de Jésus croient fidèle à tous les humains aurait-il laissé tomber infidèlement son peuple élu ? Nous voyons bien que la question est majeure : Pour les Romains comme pour Paul il s’agit de savoir si Dieu est revenu sur son choix, s’il peut revenir de nouveau sur son choix qui est de se donner à tous les humains. Paul répond à cette interrogation en expliquant ce qu’on pourrait appeler « la réalité paradoxale » du choix de Dieu : La justice de Dieu qui est révélé dans l’Evangile est la même justice de l’alliance selon laquelle Dieu a choisi les patriarches de l’Ancien Testament. L’évènement du Christ est la suite de tout ce que Dieu a fait auparavant, voilà l’affirmation centrale de Paul. Et c’est dans cette perspective que le NON, le refus du peuple élu par rapport à l’Evangile devient un problème théologique : Car ce NON met en péril la justice de Dieu. Dieu a-t-il alors dit NON à son peuple ? Dieu aurait-il rejeté son peuple élu ? Vous connaissez la réponse de Paul. Si Dieu est Dieu, il ne peut pas manquer à sa Parole : Il a choisi son peuple, et sa promesse n’a jamais perdu sa valeur. Pourtant, l’argumentation de Paul est un peu plus délicate que cela vis-à-vis le peuple juif, et vous savez aussi que cette délicatesse, ou bien ce manque de clarté à nos yeux, a fait ses frais dans l’histoire de l’antijudaïsme chrétien. Comme j’étais parti sur une autre question, la question de notre confiance vis-à-vis le choix de Dieu, je vous invite à lire ce texte dans une perspective que celle de la relation entre chrétiens et juifs. Je vous invite à oublier le mot français « juif » dans ce texte. Je vous propose de lire simplement le grec « youdaïos » et ainsi de ne pas penser, en lisant ce texte, au juifs qui sont nos contemporains. Car je pense que, de toute façon, Paul ne parle pas d’eux. Qui sont alors ces juifs ? Pardon, qui est youdaïos ? • Ce sont des hommes et des femmes qui sont pleins de zèle pour Dieu. • Ce sont des hommes et des femmes qui n’ont pas compris comment Dieu rend les hommes justes devant lui et qui ont cherché à établir leur propre façon de l’être. • Ce sont des hommes et des femmes qui ne se sont pas soumis à l’oeuvre salutaire de Dieu. • Ce sont des hommes et des femmes qui font eux mêmes un choix au lieu d’accepter le choix de Dieu, ou pour le dire avec les mots de Paul, des hommes et des femmes qui montent au ciel pour en faire descendre le Christ et qui descendent dans le monde d’en bas pour faire remonter le Christ d’entre les morts. Ces youdaïoi, c’est nous ! Car notre décision de foi risque toujours d’éclipser la décision de Dieu, nos efforts de faire un choix sont toujours des essais d’arracher sa décision à Dieu. Dans cette perspective, l’argument de Paul cesse d’être un discours qui nous éclaire sur les fautes et les défauts des autres, et nous, installés confortablement dans nos bancs ou sur la chaire, nous nous sommes déjà mis du côté du manche. Au contraire, nous aussi, nous devons lire cette affirmation « Le salut est pour quiconque croit au Seigneur » comme une interrogation : Comment pouvons-nous rester, face à l’exigence de notre choix, dans une posture de foi, de confiance vis-à-vis le choix de Dieu ? Paul lui-même nous encourage à une telle lecture : Il n’y a pas de différence entre les youdaïoi et les non-youdaïoi: ils ont tous le même Seigneur qui accorde ses biens à tous ceux qui font appel à lui. Et avant de donner une piste pour répondre à notre question, Paul fait monter la tension avec ses fameuses « questions sans réponses » : « Comment faire appel à lui sans avoir cru en lui? Comment croire en lui sans en avoir entendu parler? Comment en entendre parler si personne ne l’annonce? Comment l’annoncer s’il n’y a pas des gens envoyés pour cela? » Comment alors rester dans une posture de foi, ou comment découvrir la foi ? Paul livre enfin son secret : La foi vient de ce qu’on écoute la nouvelle proclamée. Avoir la foi, selon Paul, c’est simplement entendre la Parole. Avoir la foi, la confiance, c’est se laisser dire une autre Parole que la nôtre. Avoir la foi, c’est d’entendre avant de parler. Certes, nous avons une mission. Nous sommes appelés à nous engager, à prendre la parole. Pourtant, contrairement à ce que nous pouvons croire, il se pourrait que le plus important ne soit pas de prendre la parole, de dire. Non, le plus important et aussi le plus difficile, c’est de nous laisser dire, d’entendre, c’est-à-dire de laisser s’inscrire en nous une Parole qui n’est pas la nôtre, mais qui peut prendre place au cœur de nous-mêmes. Nous laisser dire : c’est ce geste-là qu’il nous faut accomplir, toujours à nouveau. Il faut retourner au stade quasi embryonnaire, par rapport à celui qui parle, qui prend la parole et qui agit, à la posture de celui qui écoute, qui ne fait qu’écouter. C’est accepter, toujours à nouveau, la posture de l’enfant : Car être youdaïos, c’est se croire « adulte », « expert », « sauvé », trop « sur le bon chemin » pour retourner à la simplicité de l’écoute, pour s’exposer à la difficulté d’une Parole qui n’est pas la mienne, qui me remet en question dans mes paroles et dans mes actes. Pour ne pas éclipser la décision de Dieu par ma décision de foi, par mes efforts de faire un choix, et pour rester, face à l’exigence de ce choix, dans une posture de confiance vis-à-vis le choix de Dieu, pour accepter d’être enfant de Dieu, il nous faut toujours retourner sur l’écoute. Ce retour fait partie du cercle incessant de la vie chrétienne où nous ne retrouverons l’espoir qu’en éveillant nos cœurs à la voix de Dieu. Amen. Rudiger Popp, pasteur Autres textes de la même catégorie
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