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Romains 05 v 12-19 Louis HONNAY



Texte : Romains 5/12-19
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 08.03.1987 (1° dimanche de Carême).



Chacun le reconnaît : dans notre Occident évolué, les anciennes valeurs morales disparaissent. Le laxisme remplace la rigidité des anciens principes, la permissivité lâche la bride à tous les déchaînements. On peut s'en offusquer, crier au scandale ; le fait est là. Mais le plus grave n'est peut-être pas cette remise en cause des valeurs, qui, après tout, pourrait simplement représenter une vaste mutation de la civilisation. En même temps, on ne se situe plus en référence à des réalités spirituelles, on ne se voit plus en relation avec Dieu et on ne veut plus de cette relation. Le refus de la foi a précédé la crise morale et l'a accélérée. Du coup, on ne sait plus ce que veut dire le mot "péché". C'est devenu un mot vide de sens, on ne le comprend plus, on le raye du vocabulaire et du dictionnaire.

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Et pourtant, perdre la notion du péché entraîne une perte de l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes. Dans la Bible, le péché n'a pas de signification morale. Ce n'est pas telle ou telle faute particulière. Quand on le réduit à ne plus être qu'un manquement à des lois ou à des principes, on le dévalorise en quelque sorte. Le péché est à la fois autre chose qu'un acte délictueux et une réalité plus profonde. Pour comprendre ce que c'est, on doit se reporter au récit du troisième chapitre de la Genèse, récit qui est aussi connu que souvent mal interprété. Deux personnages, qu'on nomme Adam et Eve, décident de devenir comme Dieu. Le texte se prête à deux traductions : devenir comme Dieu ou devenir comme des dieux ; l'intention et le résultat sont les mêmes. Etant donné que deux personnes ne peuvent pas occuper en même temps la même place, prendre celle de Dieu oblige à le chasser. Le péché, c'est ce geste d'exclure Dieu de la vie, de se vouloir indépendant de lui, de se passer de lui. Dieu ne règne plus sur l'homme, l'homme règne tout seul. Il ne dépend plus de personne, il a pris son autonomie.

Le péché est avant tout cette volonté de rupture avec Dieu. L'humanité décide elle-même de ce qui est bien ou mal, bon ou mauvais. Comme on ne reconnaît plus d'autorité en dehors de soi, il arrive qu'on déclare bon ce que Dieu trouve mal et qu'on baptise "mal" ce que Dieu estime bien. Le péché est ce renversement du jugement, c'est ce jugement devenu fou et capable de tomber dans la perversion la plus noire. La vraie permissivité, la permissivité première, c'est celle-là : quand l'homme se permet de tracer lui-même sa propre voie et de construire sa vie sans tenir compte du projet de Dieu. Cette décision a des conséquences dans la vie individuelle et dans la vie sociale. Elle aboutit à des déviations du comportement, mais ces déviations se banalisent. On les considère comme des déviations normales. Elle a aussi des conséquences dans la vie publique. Si l'homme devient indépendant, il fabrique ses propres lois, et ces lois serviront ses ambitions, ses intérêts ou son idéologie. Ainsi naissent les totalitarismes de gauche et de droite, de l'est et de l'ouest, des régimes qui chassent toute référence à autre chose qu'eux-mêmes et sombrent dans la folie.

Le récit de la Genèse éclaire notre situation. Il nous montre ce qui se passe en nous et dans notre société. C'est la révélation qui nous permet de nous comprendre nous-mêmes. On dirait qu'un psychanalyste génial et inspiré réussit à pénétrer tout au fond de l'humanité pour mettre au jour le ressort caché, la rupture avec Dieu et avec notre vraie nature, qui fait que tout est dénaturé. Chacun de nous porte en soi cette cassure et 1'apôtre Paul écrit avec raison que le péché atteint tous les hommes.

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Si nous nous arrêtions là, nous ne dirions que la moitié de la vérité. Dans sa grande lettre aux chrétiens de Rome, l'apôtre Paul oppose deux figures : Adam et le Christ. Adam, c'est celui par qui le scandale arrive, celui qui introduit le péché. Mais attention ! Le mot Adam est un singulier ; c'est ce que les grammairiens appellent un singulier collectif. Adam, c'est toute l'humanité, c'est tous les hommes passés, présents et à venir. Chacun de nous se reconnaît en lui. Adam n'est pas un personnage historique, ou alors il englobe toute l'histoire humaine du commencement à la fin. Quant au Christ, il accomplit une oeuvre inverse de celle d'Adam. Il répare le mal que nous faisons. Il nous rétablit dans notre situation de créatures, en cassant la chaîne du mal.

L'Adam de la Genèse — c'est-à-dire nous — n'a pas su résister à la tentation. Il n'a pas su réprimer son désir de se faire dieu. Tandis que Jésus-Christ, lui, a résisté. Le personnage de Satan, qu'il affronte, est une figure du mal, une figure de tout ce mal que nous portons en nous. Jésus-Christ prend la décision de rester fidèle à Dieu, il se veut dépendant de lui. Pour y parvenir, il s'appuie sur la Parole de Dieu. Chaque fois que le mal revient à la charge pour le tenter, il se rappelle une Parole, pour l'opposer au mal et pour ne pas lui céder. Une fois dans l'histoire de l'humanité est apparu cet homme qui n'a pas fait comme les autres, qui n'a pas voulu devenir comme Dieu, mais qui a accepté son autorité, qui ne s'est pas voulu indépendant, mais qui a décidé de rester sous la dépendance de son Père. Une fois, et cette fois suffit pour changer notre sort !

Car l'apôtre Paul établit un parallèle entre Adam et Jésus-Christ. Nous sommes les bénéficiaires de ce que le Christ a fait et de ce qu'il a vécu. Jésus est le type d'une humanité nouvelle. Parce qu'il met Dieu à la première place, parce qu'il le laisse guider sa vie, il représente pour nous la possibilité d'une autre vie. Nous ne sommes pas condamnés au péché, ni à pécher éternellement. Le Christ nous offre le moyen d'en sortir. Au chapitre suivant, Paul expliquera comment on en sort : en étant unis au Christ, en entrant en communion avec lui. Le baptême est le signe qui nous atteste la réalité de cette communion et, en conséquence, la réalité de cette vie autre qui nous est donnée. Il y a une remise en ordre, une remise en forme de notre vie. Le résultat est ce que Paul appelle la justice. La justice n'est rien d'autre que l'accord avec le projet de Dieu pour nous, avec sa volonté.

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Le parallèle — ou plutôt l'opposition — d'Adam et du Christ entraîne l'opposition de la mort et de la vie. Le péché produit la mort. Dieu avait prévenu : si on touche à l'arbre de la connaissance, on meurt. Le mépris de Dieu est en même temps mépris de l'homme ; si on rejette Dieu, on rejette aussi l'homme. Le péché se traduit par la destruction mutuelle, par les guerres, par les assassinats individuels ou collectifs, par tout ce qui exclut, amoindrit et humilie. Le mépris de Dieu signifie le mépris de soi. Il amène l'autodestruction par l'alcool, par la drogue, par le suicide. Le refus de Dieu fait perdre la joie de vivre, le malheur tue le plaisir.

Mais Paul affirme le triomphe de la vie sur la mort. Le péché, l'injustice et la mort vont ensemble, mais le pardon, la justice et la vie se tiennent. Avec Jésus-Christ, nous faisons face à toutes les forces de destruction. Avec lui, nous apprenons à construire une autre vie et un autre monde. Nous apprenons le respect des personnes, de leurs biens et de leur existence. Nous accueillons les autres au lieu de les exclure, nous essayons de les aider au lieu de les abandonner à la pauvreté. Le péché crée l'indifférence, la dureté et la haine ; la justice se traduit en amour des autres. Elle est adhésion au plan de vie de Dieu à la fois pour les individus et pour la société. Tout cela débouche sur du concret, du terre-à-terre, sur du quotidien. C'est là que l'Evangile s'incarne, c'est là que le message de Paul devient réellement une Bonne Nouvelle pour tout le monde et pour tous les jours.

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Nous sommes aujourd'hui le premier dimanche de Carême. Aujourd'hui commence le temps qui nous permet de réfléchir à ce qui se passe à la croix et à la résurrection. Il est utile de nous rappeler, pour débuter ce Carême, à la fois les dégâts causés par le péché et la puissance de réparation que le Christ fait agir en nous. Nous ne sommes plus les esclaves du mal, même s'il reste encore présent en nous. Nous en sommes libérés, nous sommes du côté de Dieu pour bâtir avec lui un monde libre.

Amen !



Autres lectures : Genèse 2/7-9 & 3/1-7
Matthieu 4/1-11

Cantiques :
* Psaume 66/1 à 4 Vous tous les peuples
* NCTC 185/1 & 2 = ARC 457 Tu nous aimas, ô bon berger
ou LP 136/1 à 3 = ARC 635 Jésus, qui mourus pour moi
* LP 390/1 à 4 = NCTC 301 = ARC 425 Consacre à ton service
ou ARC 443/1 à 3 C’est toi, Jésus, qu’ils ont chanté




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