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Romains 05 v 1-5 Jérôme SABATTIER



Texte : Romains 5/1-5
Genre : Prédication
Auteur : Jérôme SABATTIER
Source : Prédication, ERF Cévennes-Languedoc-Roussillon.


Imaginons un enfant perdu dans les dédales d'une grotte. Les secours sont mis en place. En face du sauveteur qui survient, l'enfant peut refuser sa confiance, non parce qu'il doute de sa présence réelle, mais parce qu'il a peur du sauveteur, et le prend pour quelqu'un de menaçant ; il peut douter de la bonne intention du sauveteur. Le doute ne porte pas sur l'existence ou l'inexistence de l'autre, mais sur les intentions à mon égard que je lui prête. Entre le perdu et le sauveteur, c'est une question de confiance. Ainsi la foi n'est pas une adhésion à une conviction (Dieu existe) ; la foi est une question de confiance (Dieu vient à ma rencontre pour me sauver du chaos où je me trouve).

Les Réformés que nous sommes ne devraient pas oublier que la foi n'est pas le fruit de leur quête spirituelle. La foi s'impose à nous comme une réalité inexplicable : quelqu'un vient à ma rencontre pour me sauver de la situation périlleuse où je me trouve. Si je comprends cette réalité qui ne met plus en jeu l'existence ou l'inexistence de Dieu, alors je peux pénétrer dans le monde de l'apôtre Paul, ainsi que dans celui d'Abraham dont Paul a parlé au chapitre précédent. La foi n'est pas "adhésion" à l'idée de l'existence de Dieu ; la foi est "confiance" envers celui qui vient nous rencontrer au centre de notre existence.

Aussi faut-il effectivement que je constate que je suis en situation périlleuse : la loi de Dieu est là pour nous rappeler comment nous le sommes ; car l'irrespect de la loi entraîne pour nous la condamnation. Et devant la loi, aucun homme n'est juste. C'est ainsi que nous pouvons reconnaître que nous sommes tous en grand péril. Dieu a donc envoyé vers nous le Sauveur : c'est dans un rapport de confiance envers lui que nous pouvons accéder au salut. Avant que nous nous en rendions compte, il a vu que nous étions perdus. Comme un père, il a eu souci de nous, par amour et non par rapport à nos mérites ; il a organisé les secours pour nous chercher dans les dédales des ténèbres : son Fils est venu à notre rencontre jusque dans la mort. C'est ainsi que, étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ et c'est à lui que nous devons d'avoir eu accès à cette grâce...

Ainsi le chemin qui va des tribulations (des détresses) à l'espérance n'est pas un chemin de perfection. Entre les deux, se trouve la persévérance, capacité de résistance à l'épreuve d'où naît la fidélité, une confiance confirmée. Sur ce chemin, nous éprouvons partout combien la confiance dans notre Sauveur est bonne, combien nous sommes soutenus par celui qui vient à notre secours.

Comment éprouvons-nous cela ? Comment sentons-nous qu'un sauveur est effectivement à notre côté ? Car l'une des caractéristiques de Dieu, c'est qu'il est insaisissable par nos sens. Nous connaissons dans les rapports humains cette même présence invisible, cette même présence impalpable : lorsque deux êtres s'aiment, ils sont capables de se sentir proches alors que la distance les empêche de se toucher, de se voir, de s'entendre (il est vrai que l'utilisation des techniques modernes de communication a une fâcheuse tendance à nous faire oublier ce phénomène). Et nous savons bien que, dans ce rapport distant qui va jusqu'au delà de la mort, nous nous sentons proches de l'être aimé. Au départ, tout était une question de confiance pour s'en persuader.

Jésus-Christ nous a révélé le Père, Jésus-Christ, en chair et en os. Mais la mort, comme tout être humain, nous l'a enlevé. Certes, ses disciples l'ont vu ressuscité, mais seulement juste après sa mort. Tous les écrits du Nouveau Testament confirment que, depuis, il n'est plus ni visible ni "palpable". En revanche, son amour, l'amour du Père dont il a témoigné pour nous, est resté.

Cet amour, les apôtres et évangélistes l'ont désigné sous le nom de "Souffle Saint", traduit en français par "Esprit Saint". Et ce Souffle Saint est comparable à cette présence mutuelle de deux êtres qui s'aiment, pourtant séparés par la distance géographique ou biologique. Ainsi notre confiance envers ce Dieu qui est venu vers nous n'a aucune raison de se limiter.

Les épreuves, les détresses, ne doivent pas nous faire douter : c'est le monde qui est appelé à être sauvé ; l'appel du salut ne s'arrête pas à ceux qui, comme nous, ont mis leur foi en Christ. Or, le monde, à l'époque de Paul aussi bien qu'aujourd'hui, n'a pas forcément connaissance en conscience de la Loi de Dieu. Et ceux qui la connaissent croient qu'ils vont se sauver eux-mêmes, parce qu'ils se croient capables d'être justes par eux-mêmes en tout point devant elle. C'est ce que conteste Paul : seule la grâce de Dieu peut nous affranchir de notre irrespect incessant de la Loi.

La gloire que cherchent habituellement les hommes, c'est d'être reconnus justes par leurs pairs, par les autres hommes. Mais c'est une recherche vaine, qui nous plonge dans les ténèbres et la mort. Celui qui a reçu la grâce de Dieu n'a plus à rechercher la gloire de la justice : elle lui est accordée en espérance, autrement dit, en confiance de la part de Dieu envers nous.

Ainsi, au milieu des épreuves qui surviennent, Dieu se réjouit de notre capacité de résistance, de notre intelligence, dans notre rapport d'amour avec lui, à nous "blinder" contre la tentation d'infidélité. Oui, Dieu se réjouit de voir que nous voulons à notre tour semer la Vie et la faire fructifier. C'est pourquoi il loge, au centre de notre existence, son Souffle Saint, capable de nous inspirer les Paroles de Vie de son Fils.

En ce dimanche de la Trinité, nous comprenons peut-être mieux maintenant, avec ce petit passage de l'épître aux Romains, comment notre rapport à Dieu se constitue : Jésus nous a montré le Père ; il est l'intermédiaire indispensable pour nous tenir debout devant lui. Le Souffle Saint est l'amour qui existe entre le Père et le Fils. C'est le lien qu'il nous propose ; et il est donné, d'après Paul, à tous ceux qui mettent leur confiance dans le Fils.

L'espérance ? Elle est à double sens : pour nous, de recevoir la gloire du Père, en enfants adoptifs ; pour le Père, de nous voir garder l'enseignement du Fils : l'annonce de la Bonne Nouvelle du salut pour tous les hommes. Nous ne sommes plus dans les ténèbres : sachons le transmettre aux autres qui cherchent la sortie avec des lampes vacillantes.

Amen.



Cantiques :
* Psaume 27 Je chanterai
* NCTC 258 = ARC 252 Nous te célébrons
* NCTC 260 = ARC 249 Béni soit le Seigneur




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