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Romains 05 v 1-5 Jean-Daniel Wohlfahrt
Rm 5/l-5 Ste Marie aux Mines, 15/06/97
Bien plus, nous mettons notre orgueil dans nos détresses mêmes, sachant que la détresse produit la persévérance, la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l'espérance; et l'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cours par l'Esprit Saint qui nous a été donné. Nous sommes en paix avec Dieu. Encore une de ces belles affirmations de Paul qui frappe par son côté slogan voire même affirmation prétentieuse. Il faut être très solide ou très sur de soi pour lancer, et ce sur un ton aussi péremptoire, une telle affirmation. On ne peut qu'admirer l'apôtre aussi affirmatif quand nous nous contenterions d'un plus discret: j'ai confiance en Dieu, j'espère en Dieu. J'ai confiance en Dieu est une démarche de moi vers Dieu qui laisse un doute quant au choix de Dieu. A-t-il aussi confiance en moi? Paul affirme une démarche, une démarche à double sens, allusion à l'alliance pour laquelle, dans laquelle chaque parti s'engage. Dieu m'offre sa paix. Je vis en paix avec Dieu, dans la mesure où je porte la paix de Dieu en moi, je puis aussi la transmettre autour de moi. Nous sommes dans une relation d'engagement mutuel qui va bien au-delà du respect ou de la confiance. La relation de confiance peut être unilatérale, dans la mesure où il m'est possible de retirer la confiance accordée à quelqu'un. La confiance est à l'amour ce qu'est l'armistice à la paix. La paix est définitive. Surtout la paix avec Dieu puisqu'elle est don de Dieu, puisqu'elle est par la médiation du Christ, puisqu'elle se maintient par l'action de l'Esprit Saint qui répand en nous l'amour du Père, que répand en nous l'amour du Père. Mais voilà, proclamer: je suis en paix avec Dieu implique qu'aucune ombre ne subsiste dans ma relation à Dieu. Or qui peut dire que dans le fond de soi-même tout est limpide pour Dieu? Des ombres il y en a, et sûrement plus d'une. N'y a-t-il pas déjà toutes ces interrogations qui sont autant de reproches non formulés quant à l'injustice qui règne sur la terre. Lorsqu'on nous dit: Si Dieu était ce que vous dites, il ne laisserait pas le monde se dégrader et les hommes se haïr au point de se faire la guerre plutôt que d'entrer en polémique, nous adoptons profil bas parce que simplement, les hommes et les femmes d'aujourd'hui se posent aussi ces questions qui sont nos questions. Comment pourraient-elles ne pas troubler cette paix avec Dieu à laquelle nous aspirons. Comment pourraient-elles ne pas troubler cette paix avec Dieu à laquelle nous aspirons. Comment aussi, sans faire preuve d'un incompatible égoïsme, être en paix avec Dieu alors que des milliers de réfugiés meurent faute de soin et d'accueil. Comment nous réjouirions-nous d'avoir la paix avec Dieu alors que des hommes des femmes des enfants sont exilés, alors que l'immigrant est méprisé voire rejeté dans nos villes et dans nos cités? Dès les premières pages des livres des Témoins de Jéhovah il y a cette représentation du paradis: Adam et Eve enlacés dans un décor de végétation luxuriante, à côté d'un lion définitivement réconcilié avec la brebis. C'est le paradis vers lequel nous projetons nos espoirs et nos attentes. Il est tellement plus facile d'imaginer la paix avec Dieu dans ce monde-là où tout est calme et douceur; où il n'y a plus ni arme, ni méchanceté, ni longue maladie ou corruption. Il est tellement plus facile de se réfugier dans une telle image que d'accepter le don de Dieu, qui m'oblige à devenir artisan de la paix et à lutter pour que justement toutes ces ombres que j'évoquais tout à l'heure puissent s'atténuer voire disparaître à la lumière du Christ. A ceux qui continuent à attendre la paix comme un mythe pour temps futurs, face à ceux qui proclament ou qui se disent dans le secret de leur cœur qu'un jour peut-être, Paul affirme nous sommes en paix. Comment pourrait-il être plus clair. Nous sommes en paix. Et pourtant Paul parle dans un monde plein de conflits. C'est au sein des églises qu'il avait fondées la dure rivalité, vieille histoire, entre les judéos- et les pagano-chrétiens. C'est la menace qui se précise d'une persécution contre les adeptes de la nouvelle religion. Non l'Eglise de Rome n'a rien du Paradis où "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil". Si nous sommes en paix avec Dieu c'est, précise Paul, par notre Seigneur Jésus. La paix avec Dieu n'est pas le résultat d'un mode de vie, ni même d'efforts. Si elle n'était don de Dieu, elle resterait effectivement du domaine de l'utopie, de I'impossible rêve car comment nos efforts nous permettraient-ils d'avoir la paix avec Dieu quand nous ne l'avons peut-être pas même avec notre frère, notre sœur ou notre voisin de palier? La paix avec Dieu est don de Dieu; elle porte un nom; la paix avec Dieu, c'est Jésus Christ qui dit: "Je vous donne la paix, je ne vous donne pas comme le monde donne, je vous donne ma paix". Nous avons cette paix en Jésus-Christ cela veut dire qu'hors de Jésus-Christ, que loin de Jésus-Christ, il n'est pas de paix avec Dieu. Malgré nos efforts nous restons en situation de rupture avec Dieu car, tentation ou négligence, nous nous éloignons de celui qui vient à nous en Jésus Christ. Je ne vous donne pas comme le monde donne, je vous donne ma paix, dit Jésus. La paix du monde n'est que menace et domination. La paix du Christ est autre même que celle qu'attendaient les anciens dont l'un des modèles était Job. En voilà un qui menait sa petite vie tranquille de craignant Dieu, qui a vu ses affaires prospérer au-delà de toute espérance. N'avait-il pas vu naître 7 fils, 3 filles, ne possédait-il pas 7 000 moutons et brebis, 1 000 bovins, 500 ânesses et l'histoire ne dit pas combien d'ânes! Il était riche et en bonne santé; pour son entourage le type même de ceux qui ont la paix avec Dieu, des bénis du Père. Nous n'employons plus les mêmes catégories car la paix avec Dieu ne se décline plus en terme de réussite sociale. Notre paix, dit Paul, c'est la justification, le pardon de toutes nos déviations, de toutes nos hésitations, de toutes ces petites ou grandes désobéissances, de tout ce que le pasteur ou le théologien appelle si volontiers le péché. Tout nous est pardonné, non pas à cause de nos efforts mais parce que Jésus l'a porté sur la croix, pour que nous ayons la paix avec Dieu. "Dieu envoie son Fils unique dans le monde afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais qu'il ait la vie éternelle". Cette paix s'appelle Christ, Sauveur, cette paix s'appelle foi, foi comme adhésion totale non à un enseignement ou à une doctrine, non comme acceptation de rites et de traditions mais comme adhésion au Christ mort et ressuscité, au Christ régnant à la droite de Dieu. Pour chacun de nous, cette assurance de la foi est sans cesse remise en question par le fossé entre notre réalité et notre espérance qui semble de plus en plus profond, de plus en plus insupportable. Et Dieu nous donne la grâce de la fidélité. Notre foi est alimentée sans cesse et toujours à nouveau par l'Esprit répandu dans nos cœurs par Dieu lui-même. Illuminée par ce don toujours nouveau de Dieu, la foi n' est pas, elle n'est plus faite de privation ou efforts en vue d'obtenir quelque chose, elle est vie autre. Elle devient vie nouvelle dominée non plus par la peur d'un quelconque purgatoire mais par l'assurance du salut offert par Dieu à celui, à celle qui aura été fidèle. C'est ainsi que Paul peut dire ce qui à tout autre qu'au croyant paraîtra résignation absurde et dégradante: Nous nous glorifions même des afflictions. Il ne s'en réjouit pas; il ne les cherche pas, mais il les accepte parce qu'il sait qu'au-delà des souffrances et des afflictions, il y a Dieu. Il sait qu'au-delà des afflictions, il y a l'amour de Dieu répandu dans nos cœurs parle St Esprit. Il sait que cet amour qui est allé jusqu'à accepter le sacrifice du Christ sur la croix et jusqu'à le rappeler du séjour des morts, est infiniment plus grand que tout ce qui peut nous toucher. Ayant ainsi défini la volonté suprême et l'offre de Dieu pour chacune, pour chacun d'entre nous, ayant, dans ce cadre, rappelé le rôle unique et primordial du Christ, nous confirmant que grâce à l'action toujours renouvelée du Saint-Esprit, nous pouvons profiter de la paix avec Dieu. Ainsi. donc Paul jette les bases de la théologie de la Trinité qui n'a pas fini de soulever des questions. Amen Autres textes de la même catégorie
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