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Psaume 040 David Mitrani
texte : Psaume 40
premières lectures : Jérémie, 38 / 4-10 ; épître aux Hébreux, 12 / 1-4 chants : 47-03 et 45-05 « Pour David ». C’est ce que ce psaume, comme beaucoup d’autres, porte dans sa suscription. Mais il aurait aussi bien pu écrire : « pour Jérémie ». Jérémie « retiré de la fosse, du fond de la boue »... et le roi Sédé-cias averti de « ne pas se tourner vers les arrogants et les partisans du mensonge » ! Et le prophète de s’approcher sans crainte « avec le rouleau du livre écrit à [son] sujet », un rouleau que le roi, cette fois, ne pour-ra plus déchirer et jeter au feu… À travers les versets du psaume, on retrouve toute l’histoire de Jérémie… mais c’est écrit « pour David »… Serait-ce pour Sédécias, descendant de David ? Mais alors, que nous importerait ? Que le protégé de Babylone, il y a 2.600 ans, se soit révolté contre son protecteur tandis que le vrai roi, son frère, y était en exil, que nous importe ? En quoi cela change-t-il notre vie ? Vous n’êtes pas Sédécias, vous n’êtes pas Jérémie… Êtes-vous David ? Vous êtes David lorsque vous lisez, lorsque vous chantez, lorsque vous priez ce psaume. Vous êtes prêtres, prophètes et rois, tout comme David, et à l’image du Christ. Ce psaume fait de vous des David. Il est écrit « pour David », pour vous faire de-venir David… Et tout ça, par contre, c’est bien embêtant ! « Dans le rouleau du livre, il est écrit à mon sujet », chante le psalmiste. Autrement dit, la Bible parle de moi, rappelle-t-il au cas où je ne l’aurais pas su… Le psaume parle de moi, moi qui le chante. C’est l’erreur tragique de notre catéchèse, dans notre époque pétrie de science histo-rique et de journalisme « en temps réel » : nous avons imaginé, nous avons enseigné, que la Bible racontait l’histoire d’autrefois. Ce dont nos enfants n’ont rien à faire, évidemment ! Alors que la Bible elle-même nous dit le contraire : elle parle de nous, elle parle de moi… Il ne nous faut plus éluder ceci. Elle n’est ni livre d’histoire ni, d’ailleurs, livre de morale. Elle trace mon portrait, et elle m’invite à ressembler à ce portrait. Or, le portrait de moi que donne ce psaume – tout comme le portrait de moi que me renvoie le person-nage David, dans le livre de Samuel qui en parle – est un portrait assez ambigu. Ainsi, le psaume commence bien, et finit mal, pourrait-on dire ! « J’avais mis en l’Éternel mon espérance […] et il m’a retiré de la fosse de destruction », c’est le début. « Moi, je suis malheureux et pauvre. […] Mon Dieu, ne tarde pas ! », c’est la fin. On aurait attendu l’inverse. La logique, rassurante, ce serait « pauvre » au début et « retiré de la fosse » à la fin, comme si le psaume était là pour me donner l’espérance nécessaire pour que Dieu me délivre… comme si le psaume était là pour que je mérite ma délivrance ! Mais la vie – pour la plupart d’entre nous – la vie ne marche pas selon notre logique. Lorsque nous li-sons ce psaume, ce matin par exemple, en principe nous n’allons pas trop mal. L’espérance est là. Et si nous avons eu des épreuves, elles sont surmontées, à peu près digérées, parce qu’il faut bien, parce que c’est la vie. Si nous sommes croyants, nous en disons merci à Dieu, tout en nous demandant parfois s’il n’aurait pas pu agir mieux, plus vite, plus fort, avec moins de dommages pour nous. Mais nous acceptons ce que nous dit le texte biblique, à savoir que, si délivrés nous sommes, c’est grâce à Dieu. Jusque là, pour nous qui allons plutôt bien aujourd’hui, le portrait est à peu près réaliste. Un brin opti-miste quant à notre foi, mais réaliste. Mais ça dérape très vite ! Qu’est-ce que le psaume montre de moi ? Il me montre en train de dire publiquement et à haute voix merci à Dieu. Pas dans ma chambre. Pas dans mon for intérieur. « Beaucoup verront », annonce le psaume. Que voient-ils ? Dieu agir ? Ça se saurait ! « Personne n’a jamais vu Dieu », dira Saint Jean au début de son évangile (Jn. 1 / 18) Est-ce que l’important est ce qu’ils enten-dent : « raconter les merveilles de Dieu » (Ac. 2 / 11) ? « Et comment entendront-ils sans proclamateurs ? », écrira Saint Paul (Rom. 10 / 14) C’est pourquoi le psaume dit : « ils verront » et pas « ils entendront ». Ce n’est pas tant ce que je dis, qui est important, que le fait que ce soit moi qui le dise. – Je ne parle pas ici de la prédication bien au chaud entre nous, mais de la proclamation publique, dehors. – Le portrait de moi, le portrait de chacun d’entre nous si vous êtes concernés par ce psaume, le portrait qu’il nous montre, c’est de quelqu’un qui est vu par beaucoup comme louant Dieu pour sa délivrance. Et ici commence l’épreuve, ici les choses commencent à mal tourner. En effet, le portrait commence à ne plus me ressembler… Enfin, non, c’est moi, moi concrètement, qui commence à ne plus ressembler au portrait que Dieu trace de moi ! Ce n’est pas le portrait qui se trompe, c’est moi. Pourquoi ? Parce que j’ai peur de témoigner publiquement de mon salut. J’ai peur que mes mots ne rendent pas compte de ce que Dieu fait pour moi. J’ai peur que les autres se moquent de moi. J’ai peur de les importuner avec un sujet dont, en France, on ne parle pas en public, sous peine d’être pris pour un sectaire, un fanatique. Le pasteur, ça va, il a une étiquette posée sur le front, il est fait pour ça, il est payé pour ça, et tout le monde trouve normal qu’il fasse son travail. Mais pour moi, chrétien lambda, moi pour qui le témoignage chré-tien n’est pas mon travail… J’ai toutes les bonnes raisons de ne rien faire, de ne pas bouger. Mais c’est alors que la bénédiction devient malédiction. « Heureux l’homme […] qui ne se tourne pas vers les arrogants et les partisans du mensonge ! » Le portrait comporte un miroir. Il y a mon portrait, et dans le miroir le portrait d’un « partisan du mensonge », qui, du coup, est bien un « arrogant ». À qui vais-je ressem-bler ? À Jérémie qui se fait « mettre au trou », au sens propre, parce qu’il a parlé, ou bien à Sédécias qui est d’accord avec le dernier qui parle ? À David qui n’a pas honte de danser nu devant l’arche, ou à sa femme qui le lui reproche, parce que c’est indigne d’un roi ? Vais-je être arrogant devant Dieu, au point de minimiser sa déli-vrance et de n’en point parler ? Vais-je mentir par omission, et mettre à mon crédit, ou à celui de la nature ou du hasard, ce qui revient à Dieu seul ? « Rien (ou personne) n’est comparable à toi », confesse le psalmiste. Ce n’est pas qu’une confession de foi doctrinale. C’est l’affirmation d’une priorité absolue. Ma peur ou ma tranquillité ne sauraient se comparer à Dieu, avoir la même importance que lui dans ma vie. C’est ce que dit aussi « le plus grand commandement » (Marc 12 / 28-33) : « tu aimeras le Seigneur, ton Dieu », etc. Voulez-vous le réentendre en entier ? « Écoute, Israël ! L’Éternel, notre Dieu, l’Éternel est un. Tu aimeras l’Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Et ces paroles que je te donne aujourd’hui seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes fils et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. Tu les attacheras comme un signe sur ta main, et elles seront comme des fronteaux entre tes yeux. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. » (Deut. 6 / 5-9) Voilà ce qui remplace « sacrifice et offrande », « holocauste et victime expiatoire ». Non pas une liste de commandements, bien sûr, mais le fait de parler de Dieu, de parler de ce qu’il a fait, d’en parler à ses enfants et d’en parler au-dehors, chez soi comme au bout du monde. Être soi-même proclamation de la délivrance que Dieu nous a accordée. La « grande assemblée », c’est l’Église, oui, mais pas en tant qu’association religieuse ! C’est l’assemblée de tous ceux qui ont entendu la Parole de Dieu. C’est l’assemblée de tous ceux qui ont enten-du le témoignage, mon témoignage, de ce que Dieu est un Dieu vivant et agissant, un Dieu secourable et salu-taire, vraiment et pas seulement en théorie. Le psaume dresse mon portrait, afin que je m’y reconnaisse. C’est aussi pourquoi la fin du psaume n’a pas ce ton joyeux du début : le fait de ne pas proclamer la délivrance du Seigneur me renvoie à la fosse dont il m’a tiré : « mes fautes me poursuivent »… Ce n’est pas une punition. C’est la constatation que, « sans moi vous ne pouvez rien faire », comme Jésus le dit (Jean 15 / 5). Sans Dieu, je le suis, lorsque je le néglige, lorsque je néglige de parler de lui, lorsque sa Parole n’est pas en moi. Sans Dieu, je suis cerné de toutes parts. La vie elle-même s’attaque à moi, sans compter ceux qui se moquent de ma religion qui ne me sert à rien… Évidemment, puisque je ne m’en sers pas ! « Que ceux qui te cherchent se réjouissent en toi. » Oui, j’aimerais bien en être. « Mon Dieu, ne tarde pas ! » Ma difficulté à témoigner de Dieu témoigne de mon absence à Dieu. Ce n’est pas Dieu qui s’absente, mais moi. À l’inverse, comme l’écrivait Khalil Gibran, le poète libanais : « Quand vous aimez, vous ne devriez pas dire “Dieu est dans mon cœur”, mais plutôt “Je suis dans le cœur de Dieu”. » (Le Prophète, « l’amour ») Oui, j’aimerais être en Dieu, j’aimerais aimer Dieu assez pour oser le dire, pour oser laisser ma joie éclater au de-hors. Mon silence me rend « malheureux et pauvre », quand je pourrais être heureux et riche… ! « Courons avec persévérance l’épreuve qui nous est proposée », à nous comme à David, à Jérémie, à Paul, à tous les membres de « cette grande nuit de témoins » qui nous « environnent ». Nous ne sommes pas seuls. Les encouragements de l’épître aux Hébreux sont les bienvenus. Tous les portraits qu’elle dressait au chapitre précédant l’extrait de ce matin peuvent devenir notre propre portrait. Contemplez-vous vous-mêmes dans le psaume, soyez le psaume. Tels que vous êtes, osez être heureux, entrez « dans le cœur de Dieu », c’est vous-mêmes que vous trouverez. Amen. Ste-Catherine-de-Fierbois - David Mitrani - 19 août 2007 Autres textes de la même catégorie
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