Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Proverbes 8 v 22 - 31 Samuel Sahagian



Dimanche 24 juin 2001
autres textes à la base de cette prédication: Jean 16, 12-13, Romains 5, 1-5

Frères et sœurs,

Je vous propose ce matin, à partir de Proverbes 8, Jean 16 et Romains 5, une méditation sur le thème de la Sagesse, la Sagesse de Dieu, et de l'Esprit, le Saint Esprit de Dieu et de la Foi, la justification par la Foi.
D'abord, Proverbes 8: "L'Eternel me possédait, moi la Sagesse, au commencement de son activité". C'est la Sagesse qui parle, avec un grand S comme une personne dont le nom est Sagesse. Comme certains s'appellent aujourd'hui Sophie (Sophia, en grec, signifie sagesse).
La Sagesse de Dieu est personnifiée. Il y a ici le mystère d'une relation à l'intérieur même du Dieu unique, entre Dieu et Dieu. Un peu à la manière du mystère trinitaire. La Sagesse avec un grand S, est-ce le Fils de Dieu ? ("Au commencement, dit aussi le prologue de l'évangile de Jean, était la Parole") ? Ou est-ce plutôt l'Esprit-Saint ? "L'esprit de Dieu planait au-dessus des eaux", dit Genèse 1, précisément au moment de la Création, au commencement de son activité, comme dit notre texte.
En tout cas ici, dans ce chapitre 8 des Proverbes, la Sagesse, est comme une petite fille. Un peu comme la petite fille Espérance de Péguy. Voyez plutôt la fin de notre texte. "Moi la Sagesse, j'étais à l'œuvre auprès de Dieu. Et je faisais de jour en jour ses délices, jouant devant lui tout le temps". Cette Sagesse jouant auprès de Dieu pendant qu'il crée l'Univers, n'est-ce pas comme une petite fille qui joue à côté de son père pendant qu'il travaille ?
J'aime beaucoup ces images riantes et légères pour parler de Dieu créateur. Il y a donc eu de la danse dans la création du monde, frères e 5oeurs. La Sagesse de Dieu, comme une petite fille appelée Sagesse, ou Sophie, était auprès de Lui au moment où il créait. Donc, dans notre premier texte, en Proverbes 8, l'on parle de la Sagesse de Dieu comme d'une personne. Une personne qui joue. Qui joue tout le temps. Ce qui est étonnant dans ce texte, c'est qu'il parle en effet de la sagesse, non pas sur le mode du sérieux et du grave, comme on s'y attendrait, mais sur le mode de l'amusement et du jeu.

"J'ai été enfantée depuis l'éternité, dès le commencement, avant l'origine de la terre", dit la Sagesse. On dirait que Dieu a eu besoin d'une petite fille pour l'aider à faire son oeuvre de création. Alors, avant même de créer le monde, Dieu a enfanté la Sagesse. La sagesse est donc la fille de Dieu. Elle est utile à Dieu pour l'aider à créer toutes choses précisément avec sagesse. "Lorsque Dieu disposa les Cieux, j'étais là, dit la Sagesse. Lorsqu'il fixa les nuages en haut (pour que le ciel ne tombe pas sur nos têtes, diraient nos ancêtres les Gaulois), ou lorsque Dieu donna une limite à la mer (pour que les eaux n'en franchissent pas les bords", dit notre texte), lorsque Dieu traça les fondements de la terre, moi la Sagesse, j'étais à l'oeuvre auprès de lui", dit notre texte de Proverbes 8. Autrement dit, Dieu a créé toutes choses, les cieux et la terre avec sagesse, avec intelligence, avec l'aide de sa Sagesse.

"J'étais à l'oeuvre auprès de lui, dit la Sagesse. Et comment pensez-vous que la 5agesse aidait Dieu dans son travail ? En jouant. "Je jouais devant lui tout le temps. Je jouais sur la surface de sa terre, et je trouvais mes délices parmi les humains".

"L'Eternel me possédait au commencement de son activité", dit encore la Sagesse. Une façon de dire: "Dieu était Dieu en créant le monde". C'est-à-dire, frères et sœurs: nous ne sommes pas le fruit du hasard et de la nécessité. Frères et sœurs, Dieu nous a voulus. Dieu nous veut. Il a voulu notre environnement, et la Sagesse cite: les sources d'eaux, les montagnes, la terre, les campagnes, la poussière du monde, le ciel, les nuages, la mer. Dieu a voulu tout cela, dit la Sagesse. Le Dieu créateur est un Dieu sage, un Dieu accompagné dès les origines par sa fille Sagesse. En fait, puisque tout cela est une image pour parler du Dieu créateur, cela revient à dire que c'est Dieu lui-même qui a pris plaisir à faire sa création, à nous créer, nous les hommes, après avoir créé pour nous le jardin de la création. Dieu a pris plaisir à créer. Sa sagesse n'est pas une sagesse grave et ennuyeuse. Dieu, n'est pas un Dieu grave et ennuyeux. On lui fait tort en croyant cela. Dieu connaît la joie, l'amusement, la danse, le jeu. Dieu est un Dieu qui joue. Ou du moins sa sagesse joue tout le temps devant lui, tandis qu'il crée.

"J'étais à l'oeuvre auprès de lui, et je faisais de jour en jour ses délices. Jouant devant lui tout le temps. Jouant sur la surface de sa terre, et trouvant mes délices parmi les humains".

Oui, frères et sœurs, en ce Dimanche de joie, en ce Dimanche du baptême d'un enfant, d'amitié autour de Jean-Yves Peter, Proverbes 8 nous apprend donc que Dieu est un Dieu du jeu et de la danse. Dieu est de la fête avec nous ce matin. Pour jouer avec nous, pour rire et danser avec nous. Pour danser notre joie, notre foi, notre espérance. Chacun de nos cultes est fête, et joie... et jeu de Dieu.

Frères et Sœurs,

Ecoutons, nous aussi, le chant de la Sagesse de Dieu. Il nous dit sans cesse que Dieu nous a créés pour la joie, que notre vie sera belle devant Dieu.. Ecoutons cet évangile de joie. Ecoutons cette voix de la sagesse de Dieu. Elle donnera un sens et une direction à toute notre vie. "Heureux l'homme qui m'écoute", dit aussi la Sagesse un peu plus loin au verset 34 de Proverbes 8. "Heureux l'homme qui m'écoute, qui veille de jour en jour à mon seuil. Car celui qui me trouve a trouvé la vie".

Je passerai maintenant aux deux autres lectures de ce jour, dans le Nouveau Testament, Jean 16 et Romains 5. Jean 16, c'est une magnifique promesse de Jésus à ses disciples, au moment où sa mort est proche. Il leur dit "Je vous enverrai le Saint-Esprit".
Le climat ici est autrement plus lourd que dans Proverbes 8, le contexte est dur. Il ne s'agit pas d'une petite fille jouant et dansant. Il s'agit désormais de la croix, de la mort prochaine de Jésus, c'est-à-dire aussi des moments difficiles de notre vie, où nous ne comprenons plus rien, où nous ne pouvons pas accepter le malheur, la souffrance, la séparation, la maladie, la mort.
"J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les comprendre maintenant" dit Jésus à ses disciples déboussolés et paniqués.

C'est pourquoi il leur fait une promesse. Il leur parle du Saint-Esprit qui leur sera envoyé, donné bientôt, ce Saint-Esprit que Jésus appelle souvent le Paraclet dans l'Evangile de Jean, le Paracletos, le Consolateur, l'Avocat qui nous persuade que nous sommes aimés par Dieu justement en ces moments difficiles, le Saint-Esprit qui nous persuade, dira Paul en Romains 8, que "nous sommes enfants de Dieu".

Chers frères et sœurs, Aujourd'hui nous écoutons aussi cette parole de Jésus. Jésus nous dit peut-être à nous aussi ce qu'il disait à ses disciples quelque temps avant sa mort sur la croix, en Jean 16 : "J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous ne pouvez pas les supporter".

Vous n'êtes pas encore capable de comprendre, de recevoir, de croire.

Mais je vous aiderai, dit Jésus. Je vous enverrai l'Esprit-Saint, l'Esprit de Dieu, l'Esprit de vérité. L'Esprit-Saint, nous dit Jésus ce matin - comme à ses disciples, c'est celui qui vous aidera à comprendre, à aller plus loin, à recevoir dans la foi l'amour, l'humour et la sagesse de Dieu. Aujourd'hui vous ne pouvez pas encore comprendre toutes mes paroles, tout mon évangile. Vous ne pouvez pas comprendre les Béatitudes, le malgré de Dieu, la joie de Dieu malgré vos souffrances, au milieu de votre souffrance. Aujourd'hui, vous ne pouvez pas comprendre ma mort prochaine et la croix. Comment comprendre la mort, notre mort et la mort de ceux que nous aimons ?

Mais le Saint-Esprit habitera vos vies et vous apportera la lumière de la vérité, dit Jésus. Quand il viendra sur vous, en vous à Pentecôte, il vous conduira dans toute la vérité : "Aujourd'hui, vous ne pouvez pas encore recevoir et supporter tout ce que j'ai à vous dire, cette folie de Dieu, cette prédication de la croix. Vous ne voyez pas la résurrection victorieuse de la mort, et victorieuse de la croix". Vous ne voyez pas toute la vérité.

Mais le Saint-Esprit de Dieu, qui est l'Esprit du Christ ressuscité, vous fera marcher sur le chemin de la vérité. Il vous conduira dans toute la vérité. Il sera comme une lumière dans vos ténèbres, comme la sagesse créatrice de Dieu introduisant en vos vies humaines la joie et le jeu de Dieu. Jusque sur vos croix. Le Saint-Esprit de Dieu en nous, c'est la guérison de toutes nos maladies. C'est la victoire de la résurrection sur toutes nos morts.

Je passerai maintenant, pour conclure, au texte de Romains 5 sur la Foi et le Saint-Esprit. Nous sommes justifiés par la Foi, nous avons la paix avec Dieu par Jésus Christ. L'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné

C'est l'un des plus beaux textes du Nouveau Testament, qui a inspiré et révolutionné la vie de tant d'hommes et de femmes depuis des siècles, d'un Luther, d'un Karl Barth, de bien des théologiens et de bien des chrétiens.

Le premier verset de Romains 5 a fondé et inspiré la grande découverte théologique, la géniale intuition des Réformateurs au 16ème siècle: cette révolution qu'on a appelée "la justification par la foi".
"Etant justifiés par la foi, dit Paul, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ."

Frères et sœurs,

Nous sommes justifiés, acceptés et pardonnés par Dieu. Mais que veut dire: "justifiés par la foi? " Et qu'est-ce que la foi ?
La foi, cela ne veut pas dire, comme on le croit hélas trop souvent, l'adhésion intellectuelle et affective au Credo, même s'il est aussi beau que le Symbole des Apôtres que nous récitons à l'Eglise le Dimanche. La foi, c'est avant tout la confiance que j'accorde à la parole d'amour de mon Dieu. A la voix joueuse de la Sagesse en Proverbes 8. A la parole de Jésus qui promet le Saint-Esprit. C'est-à-dire Dieu avec nous. Dieu en nous.
Quand Dieu me dit qu'il m'aime, qu'il m'a créé avec sagesse pour sa joie, pour ma joie, est-ce que je le crois ? La foi, c'est croire cela.
Nous retrouvons donc ici, d'une autre manière, le chant de joie de la Sagesse de Dieu de Proverbes 8.
Nous retrouvons devant Dieu le pas léger de la danse de la vie, pour ne plus nous sentir écrasés, culpabilisés, plaqués à terre, rejetés et renvoyés à notre angoisse et au non-sens de vivre. Car nous sommes souvent découragés, culpabilisés, piégés dans nos doutes, notre angoisse, notre interrogation perplexe sur le sens de notre vie. Sur la menace de la mort,, sur notre peur de la mort. Alors Paul, en Romains 5, nous lance le défi de la Foi et de la joie.
Quand la sagesse de Dieu nous dit, à chacun de nous, "J'étais à l'oeuvre auprès de Dieu pendant qu'il te créait. Je faisais les délices de-Dieu. Je jouais devant lui tout le temps. Je jouais sur la surface de la terre. Moi, Sagesse de Dieu, je trouvais mes délices parmi les humains, je trouvais mes délices à te créer et à vivre près de toi, en toi", est-ce que je le crois ? La foi, c'est croire cela. La foi, c'est accepter en moi et autour de moi la présence et les promesses du Dieu Créateur. La foi, c'est accepter le don de la vie. C'est me réjouir de la joie de Dieu. C'est accepter que Dieu joue dans ma vie. C'est accepter de jouer avec lui. La foi, c'est faire confiance. La foi, c'est croire en l'amour. C'est cela, la justification par la foi. Savoir accepter ce cadeau d'amour. La foi, c'est me laisser séduire. C'est croire vraiment que Dieu m'aime. C'est laisser la chaleur de son amour réchauffer ma vie. La Foi, c'est répondre à l'amour par l'amour. Aimer ce Dieu qui-nous aime.

Frères et sœurs, Nous n'avons pas besoin d'autre justification que celle-là. Il me suffit de savoir que Dieu m'a donné son amour. Dieu m'a donné Jésus-Christ. Dieu m'a donné l'Esprit du Ressuscité. Dieu m'a donné son Saint-Esprit. Le Saint-Esprit est désormais en moi cette voix intérieure qui ne cesse de me répéter: tu es aimé, tu es aimé. Tu es enfant de Dieu. Tu es légitime. Voilà. C'est tout. Je n'ai pas besoin d'autre justification. Je suis justifié. Légitimé. Enfant de Dieu. Enfant de l'amour. Malgré les souffrances, malgré les difficultés, les peurs, les maladies, les échecs et la mort, je garderai l'espérance. Car il ne m'abandonnera pas, le Dieu qui m'a créé avec sa Sagesse, le Dieu qui m'a créé dans la joie et le jeu de l'amour.

Le Saint-Esprit, c'est Dieu habitant ma vie, ma personne mon corps. Le Saint-Esprit, c'est la présence du Christ ressuscité dans ma vie de chaque jour. C'est la puissance de résurrection et de vie, y compris dans ma mort.

Chers frères et sœurs,
Que le Saint-Esprit nous soit donné. Que la sagesse et la lumière de Dieu habitent pour toujours votre vie. Pour nous apporter la certitude et la joie du pardon, la paix avec Dieu et la justification, la plénitude de l'amour de Dieu en votre vie. Puissions-nous garder toujours en nous l'espérance vivante. "Nous nous glorifions dans l'espérance", dit Paul. Même dans nos souffrances, même dans nos tribulations, nous garderons l'espérance. Nous ne serons jamais seuls. Jésus-Christ crucifié partage et surmonte les souffrances de nos croix. Jésus-Christ ressuscité nous donne l'Esprit de la Résurrection. En Christ nous sommes sans cesse créés et recréés par la Sagesse et l'amour de Dieu. Par cette Sagesse qui joue tout le temps devant Dieu. Qui joue tout le temps dans ma vie. "Et l'espérance ne trompe pas, dit Paul, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné". Acceptons, frères et sœurs, ce don de l'Esprit. Recevons le Saint-Esprit qui nous a été donné. Laissons entrer en nos vies la joie de Dieu. Le jeu de Dieu. Partons d'ici, accompagnés par les deux filles de Dieu qui jouent et dansent : la petite fille Sagesse, la petite fille Espérance. Amen.



Inscription à la newsletter