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Proverbes 23 v 15-26 Louis Honnay
Texte : Proverbes 23/15-26
Genre : Prédication Auteur : Louis HONNAY Source : Prédication pour le 31.12.1995. Dans la tradition de l'église catholique, le dimanche qui suit le 25 décembre est le dimanche de la famille, plus exactement de la Sainte Famille, ce qui est en somme assez logique. Avant une naissance, il y a deux personnes qui ne sont encore ni père ni mère. Après une naissance, il y a un père, une mère et un enfant. C'est déjà une famille, et même beaucoup de familles en restent à ces trois personnes, sans s'augmenter par la suite. C'est pourquoi la liste de lectures bibliques de ce jour nous propose trois textes qui se rapportent à la famille. D'abord le passage de l'évangile de Matthieu ; il nous montre les relations entre Jésus et ses parents. Puis un extrait de la lettre de Paul aux chrétiens de Colosses ; Paul parle des relations à l'intérieur du couple, puis entre les parents et les enfants. De quoi nourrir déjà notre méditation. -o- Le troisième texte est un passage des Proverbes. Nous commencerons par celui-là. On ne lit pas souvent les Proverbes. Beaucoup de chapitres se composent d'une suite de phrases, qui n'ont pas de lien entre elles. Mais on trouve quand même des passages moins décousus, qui se tiennent. C'est le cas de celui-ci. C'est un père qui parle à son fils. Un père au sens biblique, ce n'est pas toujours le père biologique, c'est quelquefois un maître, un professeur, qui enseigne des élèves beaucoup plus jeunes que lui. Mais ici il est question aussi des relations à l'intérieur de la famille. C'est pourquoi on l'a choisi. Dans ce passage des Proverbes, nous trouvons les conseils d'un maître à son élève ou d'un père à son fils. Ce sont des conseils de bon sens. Le père recommande à son fils de ne pas fréquenter les pécheurs, au sens biblique du mot, c'est-à-dire les gens qui font comme si Dieu n'existait pas et qui risquent de faire le mal à cause de cette ignorance, volontaire ou involontaire, de Dieu. Le père conseille de s'éloigner des buveurs et de ceux qui se gavent de viande ou, comme le traduit Chouraqui, des lampeurs de vin et des gloutons de viande. Ceux-là donnent le mauvais exemple. Le père conseille de respecter les parents. Ce qui est normal dans une société qui a le respect des gens âgés, nous dirions aujourd'hui des personnes du troisième âge. Et le père termine en disant que le père et la mère seront fiers et joyeux d'avoir un fils aussi sage et qui se conduit si bien. Ces conseils sont assez banals. Ce sont des conseils d'honnêteté, comme ceux que n'importe quel père ou mère de famille pourrait donner à ses enfants. Ils ne sortent pas beaucoup de l'ordinaire. Ce sont ceux d'une bonne éducation moyenne, ni trop permissive ni trop rigoureuse. Les parents d'aujourd'hui seraient contents d'avoir des enfants de ce modèle-là. Sans doute... Mais, en y regardant de près, on s'aperçoit que ces conseils ne se fondent pas sur une certaine morale, une morale courante, admise par tout le monde. Dans ce passage des Proverbes, il n'est pas question de morale ni de principes d'éducation. La base des exigences du père — ou de celui qui parle comme le père —, cette base est de nature spirituelle. Plus précisément, la base est la foi dans le Dieu qui se révèle à Israël, elle est la relation vécue entre ce père et ce Dieu-là. Voyons, par exemple, ce qu'est la sagesse que le père recommande. Ce n'est pas la sagesse habituelle. Ce n'est pas la sagesse humaine, qui prescrit, par exemple, de ne pas fumer afin d'éviter d'attraper le cancer, ou de ne pas commettre de bêtises qui donneraient le sida. Cette sagesse-là a sa valeur, on ne doit pas la négliger. Mais il s'agit ici de la sagesse au sens biblique, celle qui se laisse inspirer par Dieu, qui trouve des directives dans sa volonté pour nous et qui intériorise sa Parole, qui s'en laisse imprégner pour qu'elle oriente comme de l'intérieur la vie et les actes. Ce passage parle aussi de la crainte de Dieu. Naturellement la crainte de Dieu n'est pas la peur de Dieu. L'idée de la peur de Dieu est étrangère à la Bible, Premier et Nouveau Testament. La crainte de Dieu, c'est à la fois respecter le Seigneur et l'aimer. C'est le genre de relation à Dieu qui nous fait vivre en étant attachés à lui de tout notre cœur et de toute notre force. Une troisième chose à relever, c'est ce conseil d'acquérir la vérité. La vérité, ici, ce n'est pas le contraire du mensonge. Le mot que nous traduisons par vérité évoque la solidité, quelque chose à quoi on peut faire confiance. La vérité, ce qui est solide, ce sont les paroles de Dieu, les promesses de Dieu, les actes de Dieu. Quand on s'appuie là-dessus, on est dans la vérité, on se sent rassuré, on peut compter sur Dieu, il ne nous décevra pas. Quand on se base sur ces paroles et sur ces promesses, on a une vie valable et digne d'être vécue. Le père des Proverbes ne propose pas à son fils un idéal grandiose, celui d'un héros ou d'un aventurier dans le genre de ceux qu'on voit au cinéma. Il lui propose une existence ordinaire, quotidienne, sûrement une vie banale de travail, qui permet de tenir sa place dans la société. Mais cette vie se réfère constamment à la Parole de Dieu, à la foi en Dieu. Le père qui parle ici — à moins que ce ne soit une sorte de professeur de vie — a compris que les jeunes ont besoin de points de repère. Ils ont besoin de normes, pour apprendre ce qui est bon ou mauvais, ce qui est juste ou injuste. Et ce père leur fournit ces normes, ces repères. Ce n'est rien d'autre que la foi en Dieu et la connaissance de sa Parole et de son projet pour nous. C'est le secret d'une vie réussie. -o- On ne peut donc pas s'étonner de ce que Paul dit de la famille dans sa lettre aux chrétiens de Colosses. Ses recommandations viennent à la suite des conseils qu'il donne pour la vie en collectivité en général et pour la vie en communauté en particulier. Paul nous propose un type de relations mutuelles et fraternelles basées sur deux orientations : se porter les uns les autres et prêter attention les uns aux autres. On peut dire que le reste dépend de là : compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience, tout cela peut se mettre sous le chapeau de l'attention aux autres et du support mutuel. Dans ce cadre général viennent les conseils de Paul pour la vie familiale. Pour la vie du couple d'abord, puis pour la vie avec les enfants. Naturellement, Paul recommande aux enfants d'obéir à leurs parents. C'est normal dans une société où l'autorité parentale est très forte, surtout l'autorité du père. Mais, inversement, Paul ordonne aux parents de ne pas exaspérer leurs enfants, de peur, dit-il, qu'ils ne se découragent. Voilà une directive dont on ferait bien de prendre de la graine. On se plaint que les jeunes d'aujourd'hui soient turbulents, arrogants. On les accuse de tous les méfaits, on se scandalise quand ils cassent des vitrines, quand ils crèvent des pneus ou qu'ils ont des armes pour tuer, comme c'est le cas aux Etats-Unis. Mais on ne se rend pas toujours compte que ce comportement est le résultat de l'exaspération provoquée par la société, par la difficulté de trouver du travail, par les ratés de l'intégration, qui poussent à la révolte. Les vrais responsables, c'est la société entière, ce sont les adultes, c'est chacun de nous. Ne pas exaspérer les enfants, comme le recommande l'apôtre Paul, exige une refonte de la société, une transformation des conditions d'existence des jeunes. Donc un changement de notre comportement collectif et individuel. La conversion doit d'abord être celle des adultes, si on veut que les jeunes changent aussi. Les paroles de l'apôtre Paul sont toujours actuelles, elles prennent une singulière portée dans les conditions de vie actuelles. -o- Le récit de l'évangile de Matthieu sur l'enfance de Jésus va à la fois dans le sens des Proverbes et dans le sens de la lettre aux Colossiens. Nous sommes ici après la visite des mages. Le roi Hérode voulait que les mages lui donnent des renseignements sur Jésus, soi-disant pour venir l'adorer, mais en réalité pour le supprimer. Il le voyait apparemment comme un futur opposant. Il y a une menace sur Jésus. Alors, Dieu avertit Joseph du danger. Il lui suscite un rêve. Joseph voit un ange, qui l'avertit et lui ordonne de partir en Egypte avec Marie et son enfant. En Egypte ils seront à l'abri, Hérode ne pourra pas aller chercher l’enfant jusque là. Joseph obéit, toute la famille part pour l'Egypte. On connaît la suite : le roi Hérode envoie ses soldats tuer les enfants de Bethléem. Les soldats et les policiers, c'est fait pour maintenir l'ordre, n'est-ce pas ? Quelques années après — deux ans, sans doute —, Hérode meurt. Jésus et ses parents peuvent revenir en Israël. Un autre rêve, un autre ange, avertissent Joseph. Mais le successeur d'Hérode, qui s'appelle Archélaüs, a des idées aussi noires que celles de son père. Alors, une troisième fois, Dieu avertit Joseph de ne pas s'installer en Judée. Une troisième fois, Joseph écoute l'avertissement. Il vient habiter à Nazareth ; il préserve la vie de Jésus, comme tout père doit le faire. On voit quel est le comportement de Joseph. Il reçoit un avis de Dieu. Il le reçoit à travers un rêve. Nous ne nous attarderons pas sur ce moyen de communication, qui nous semble bizarre. Remarquons simplement que Joseph écoute la Parole de Dieu, il y croit, puis il agit en conséquence. Joseph est un modèle de parent. Il tient compte de la Parole de Dieu pour éduquer son enfant, et d'abord pour lui conserver la vie. C'est la responsabilité de Joseph d'entendre la Parole de Dieu et de la mettre en pratique dans son travail d'éducateur. Cette manière de faire est importante. Avec le livre des Proverbes, on voit que le père propose à son fils d'aimer Dieu et de le respecter, pour avoir une vie réussie. Pour donner ce genre d'éducation, les parents doivent être eux-mêmes convaincus de la valeur de la Parole de Dieu pour la vie humaine. Si des parents disaient à leurs enfants : "Observe la Parole de Dieu, mets-la en pratique" et s'ils ne la mettaient pas eux-mêmes en pratique, les enfants auraient vite fait de remarquer cette hypocrisie. Ils ne marcheraient pas, ils se révolteraient. Le modèle d'éducation que la Bible nous propose est donc d'abord un appel aux parents. C'est une éducation des parents avant d'être une éducation des enfants. Les adultes ont d'abord à se former, à essayer d'être fidèles les premiers, avant de pouvoir appeler les plus jeunes à une vie juste et fidèle. Amen ! Autres lectures : Matthieu 2/13-15 & 19-23 ; Colossiens 3/12-21 Cantiques : * Psaume 127/1 à 3 Si Dieu ne bâtit la maison * NCTC 259/1, 2, 5 Seigneur, dans le premier matin ou LP 215/1 à 3 Toi qui, dans la nuit de la vie ou ARC 612/1 à 4 Toi qui aimes * NCTC 257/1 à 3 = ARC 242 Dieu des louanges ou LP 300/1, 2, 4 T’aimer, Jésus, te connaître ou ARC 606/1 à 4 En toi, Seigneur, est notre espoir Autres textes de la même catégorie
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