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Philippiens 4 v 6 - 20 Jean-Jacques Néré



La fête des récoltes
Chevry, 2 octobre 2004 ; Palaiseau, 03 octobre 2004

Lectures :
Deutéronome 11, les versets 1 à 17
Evangile de Jean 4 31 à 38
Epître de Paul aux Philippiens 4 6 à 20

C’est aujourd’hui la fête des récoltes.
La célébration des récoltes remonte à la nuit des temps, au temps où l’humanité est passée de la civilisation de cueillette, de chasse et de pêche à des civilisations sédentaires, d’agriculteurs et d’éleveurs. Dans les civilisations dont nous sommes issus, les grecques et romaines, Céres ou Déméter en donnent des exemples. Les mystères de Déméter (les mystères d’Eleusis) avaient imaginé que Proserpine, rejoignant Hadès, le mari qu’elle avait été forcée d’épouser, aux enfers, disparaissait chaque année plusieurs mois de la surface de la terre, entraînant la sécheresse et la stérilité.
Ils traduisaient l’angoisse des hommes devant la mort des semences durant l’hiver, devant les sécheresses d’été : les plantes vont-elles repousser ? La sécheresse va-t-elle durer, nous condamnant à une mort certaine ? L’idée de puissances surnaturelles qui contrôlaient ce que les hommes ne peuvent que subir, les atteintes de la nature, étaient ainsi personnifiées. Des sacrifices, des cérémonies à caractère magique étaient organisés, pour se concilier les dieux et les amener à être cléments. Et Zeus incitait Proserpine à revenir sur terre non pas par pitié pour les hommes, ou parce que ces derniers s’étaient bien conduits, mais seulement parce que la disparition de l’humanité aurait privé les dieux des sacrifices dont ils raffolaient !
Il en était de même dans toutes les religions primitives du monde. Nous pourrions citer de la même façon le dieu Xipe Totec, dieu du Maïs, au Mexique, et les sacrifices qui lui étaient offerts …
Le contexte de sociétés agraires, pour lesquelles les récoltes étaient essentielles et vitales, le caractère aléatoire des conditions climatiques accentuaient le caractère magique et sacré des résultats de ces récoltes. D’où la généralité des sacrifices propitiatoires, visant à attirer les faveurs du dieu des récoltes afin d’avoir d’abord de quoi manger, puis assez vite de disposer de richesses.
Mais lorsqu’on analyse ces mythologies, ce n’était pas le comportement des hommes qui conditionnait la clémence des dieux : c’était seulement les fantaisies et les humeurs de ces derniers. L’homme devait plaire aux dieux, la morale en était totalement absente.
Prenons maintenant le texte du Deutéronome. Une première lecture, naïve, de ce texte nous montre déjà une différence fondamentale avec cette vision sacrificielle et polythéiste : le don de la terre, de l’abondance des récoltes, la fertilité naturelle n’est pas obtenue par le renouvellement de sacrifices, il est donné par Dieu. Il est même promis au peuple que les récoltes se feront sans douleur ni travail : « Car le pays dont tu vas entrer en possession n’est pas comme le pays d’Egypte, d’où vous êtes sortis, où tu jetais dans les champs ta semence et les arrosais avec ton pied comme un jardin potager. Le pays que vous allez posséder est un pays de montagnes et de vallées, et qui boit les eaux de la pluie du ciel ; c’est un pays dont l’Eternel, ton Dieu, prend soin, et sur lequel l’Eternel, ton Dieu, a continuellement les yeux, du commencement à la fin de l’année »
Cependant, notre texte encadre l’annonce de ce don de Dieu de deux messages forts :
· En tête, le rappel de la Loi, accompagné de l’affirmation de la toute puissance de Dieu
· Juste après la promesse du don, la condition de son maintien qui est d’obéir à la Loi, pour ne pas enflammer la colère de l’Eternel.
Un essai d’herméneutique du texte nous amène à analyser les origines et la composition du Deutéronome : elle est fort complexe et controversée.
Voici cependant ce que l’on peut en dire : il s’agit d’un texte assemblé à la fin de l’exil à Babylone ou immédiatement après, à partir de textes antérieurs de diverses origines dont la composition s’étend de David aux Rois, et rédigé par un ou plusieurs auteurs connus désignés du vocable de « deutéronomiste » :
· Famille de textes dits « élohistes », origine aujourd’hui contestée, qui insistent sur la crainte de Dieu, sur l’équilibre de la rétribution de Dieu pour les bonnes conduites humaines, avec un souci moral d’équilibre entre bonnes et mauvaises actions bien affirmé
· Famille de textes dits « yahvistes », qui mettent en avant le don de Dieu sans relation avec les mérites ni les droits des hommes : la toute puissance de Dieu s’exerce gratuitement, sans aucune relation avec une quelconque responsabilité humaine
Le « Deutéronomiste » : ce narrateur anonyme, qui associe sa voix à celle des prêtres lévitiques, mêle ces textes d’origines différentes, parfois contradictoires, de façon très savante :
· Les discours de Moïse, d’une part dans le passé de la sortie d’Egypte et des épisodes du Sinaï et de la longue pérégrination des Hébreux au Désert, d’autre part dans l’actualité du don de la Terre promise, alors qu’il est en vue de cette dernière.
· La parole directe de Dieu, citée comme telle.
· Ses propres commentaires et sa présentation de la Loi.
De cette façon la pensée mosaïque est progressivement confondue par le mélange des styles directs et indirects avec celle de Dieu, et le message du deutéronomiste est progressivement justifié et confondu avec celui de Moïse.
Si l’on se replace dans la situation historique de l’écriture du Livre, c’est à dire après l’exil, le peuple hébreu a été chassé de la Terre Promise que Dieu a juré de lui donner. Il fallait bien pour l’auteur donner du sens à cette catastrophe.
C’est à ce moment là que s’élabora le corps des interdictions et préceptes de la loi juive : la destruction du Temple et l’exil ne pouvaient être que la punition de Dieu pour les infidélités de son peuple. La promesse de Dieu, toute puissante et gratuite dans les passages dits « yahvistes », était conditionnée dans les passages dits « élohistes » par l’obéissance à la Loi.
Ce qui apparaît en tout cas clairement, c’est une première évolution fondamentale entre la conception de l’univers des religions primitives et celle du Pentateuque : les récoltes, le don de ce qui est nécessaire à la vie n’est pas donné par des dieux qu’il faut contenter par des rites magiques et des sacrifices matériels. Il est donné gratuitement et globalement par Dieu, ce dernier n’en attendant des hommes qu’un retour de nature morale, qu’on pourrait résumer par le fait pour l’humanité de « faire le bien » en obéissant à la Loi.
Prenons maintenant le texte de Jean. Avec l’avènement du Christ, les préoccupations des hommes –en l’occurrence des disciples- n’évoluent pas de façon significative : leur préoccupation est toujours matérielle, et ils s’inquiètent d’abord de ce que Jésus ait, très prosaïquement, de quoi manger. Lorsqu’il leur répond qu’il a à manger une nourriture qu’ils ne connaissent pas, ils partent sur une mauvaise piste. Cela donne l’occasion à Jésus de leur faire comprendre deux choses :
· La première, c’est que la préoccupation d’avoir à manger n’est pas la seule, ni même la principale. La préoccupation majeure que mentionne Jésus est celle d’accomplir la volonté de Dieu, et que c’est là la nourriture qui importe.
· La deuxième, qui prolonge la précédente, est que ce qui est donné à l’homme n’est pas directement lié à son propre travail ou à ses propres mérites : c’est un don de Dieu pour une communauté qui, ensemble, le reçoit. Ce passage fait bien sûr penser à la parabole des ouvriers de la 11ème heure, qui, n’ayant travaillé qu’une heure, reçoivent le même salaire que ceux qui ont travaillé la journée entière.
La référence à une quelconque rétribution de la part de Dieu pour les mérites des hommes, ou à tout le moins le fait de conditionner les bienfaits de Dieu à l’observation de la Loi, encore présente dans le texte du Deutéronome, est de ce fait battue en brèche : la recherche d’équilibre entre les dons de Dieu et les mérites des hommes n’existe plus ; au contraire, c’est d’accomplir la volonté de Dieu qui constitue une nourriture spirituelle, par un renversement qui bouleverse l’ordre naturel des choses : obéir à Dieu n’est pas source de contrainte ou de souffrance, c’est la principale source de joie et de libération.
Cependant, le texte de Jean met également en évidence que le message de Jésus n’est pas encore compris des disciples : il ne s’éclairera qu’avec l’acte de sacrifice du Christ, qui rendra pleinement intelligible tout le message de l’Evangile.
Le rapprochement du pain que l’homme reçoit de Dieu et de la fraternité de ceux qui la reçoivent trouve évidemment un écho dans la Cène, qui unit la grâce de Dieu qui donne la nourriture et l’amour des frères qui partagent le pain et le vin.
Au moment de l’écriture de l’épître de Paul, dernier épisode de cette évolution, Christ est évidemment mort et ressuscité, révélant à ses disciples par cet acte suprême le sens véritable de son message, que ces derniers n’avaient pas encore compris.
Paul est l’une des figures les plus marquantes de ces premiers chrétiens qui ont reçu pleinement la révélation sans avoir directement connu eux-mêmes le Christ, et son témoignage est d’autant plus intéressant pour nous, qui sommes de ce point de vue dans une situation comparable à la sienne.
Que nous dit-il ?
· De ne nous inquiéter de rien, et de prier en rendant grâce à Dieu en toute chose
· Que le fait de vivre dans la disette ou dans l’opulence n’a que peu d’importance : l’essentiel est de vivre dans l’esprit du Seigneur
· Qu’il se réjouit de ce que les Philippiens l’aient secouru, non pas pour lui –encore que cela lui fasse sans doute humainement plaisir- mais parce que faisant cela ils manifestent qu’ils aiment leur prochain, et que donc ils vivent en communion avec le Christ : Paul se réjouit donc que par leur acte d’amour à son égard, en l’occurrence simple et presque banal (ils lui ont simplement envoyé des subsides, comme nous pouvons le faire aujourd’hui lorsque des hommes sont dans le besoin), ils manifestent qu’ils sont proches de l’amour du Christ.
L’important n’est plus de se réjouir des biens que Dieu nous donne, mais seulement, dans la situation où Il nous place, qu’elle soit disette ou abondance, de trouver sa joie dans l’amour de son prochain, en communion avec le Christ.
Insistons sur l’importance pour le chrétien de manifester en actes cet amour du prochain, signe clair de sa prise au sérieux du message du Christ.
L’évolution de nos textes peut donc se résumer ainsi :
· Les païens se livrent à des rites magiques et à des sacrifices pour obtenir des dieux l’abondance, suprême récompense.
· Le Deutéronome se démarque déjà nettement de ces traditions : Dieu donne à son peuple une terre et l’abondance des récoltes, sans que ce dernier l’ait mérité. Son exigence est en retour, et est de nature morale : Dieu demande à son peuple de suivre la Loi, d’obéir à des préceptes moraux traduite en règles de vie, et l’abondance lui sera conservée.
· L’Evangile va beaucoup plus loin : il n’y a aucune rétribution du travail des hommes, le don de Dieu est total et gratuit. Simplement, la vraie nourriture est de vivre la volonté de Dieu : ce n’est pas là un sacrifice, un travail ou une contrainte comme on peut penser que la Loi en est une, mais au contraire c’est la véritable nourriture, une source de vie. « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu »
· Le vécu du chrétien, selon ce que nous apporte Paul, à la suite de cette révélation, est de regarder avec un certain détachement les conditions matérielles dans lesquelles il lui est donné de vivre : l’essentiel de son bonheur est l’amour qu’il porte à son prochain, dans la lumière de l’Evangile : cela ne doit pas être perçu comme une contrainte. Jésus nous dit que c’est en vivant cet amour qu’il aura de surcroît le plus de satisfaction ! Jésus nous indique que c’est là le véritable accomplissement de la Loi, et la façon de la transcender : il ne s’agit plus d’être contraint par la Loi, mais, en êtres libres, d’en manifester la réalité dans les actes de notre vie.
Qu’est-ce que cela peut-il signifier pour nous aujourd’hui ?
Une première lecture moderne possible de cet ensemble de textes pourrait être idéologique, en reprenant le jugement de certains sur « La religion, opium du peuple ». En effet, ces différents textes peuvent laisser penser que leurs auteurs les ont écrits pour maintenir les classes sociales opprimées dans une soumission résignée à leur sort, au profit des classes dominantes, la compensation des peines de ce monde étant repoussée après la mort.
Je crois que ce n’est vraiment pas l’esprit de ces textes.
Entendons-nous : il n’est pas question pour un chrétien de ne renoncer à dénoncer les injustices de ce monde, de ne pas accueillir l’étranger, de ne pas tout faire pour que celui qui a faim ait à manger. Ne nions pas même que la lecture de ces textes ait pu, à certaines époques ou en certains lieux, et aujourd’hui encore, être dévoyée en ce sens.
Mais nous voyons bien que cette piste, avec le procès d’intention qu’elle présuppose, ne nous mène pas bien loin. Elle peut même mener au désespoir qu’amène notre impuissance devant les injustices toujours renouvelées de ce monde.
Je crois que le sens profond de ces textes est autre, et que l’on peut aujourd’hui en tirer un enseignement porteur d’une toute autre espérance pour notre vie quotidienne.
Pour cela, essayons de découvrir quels peuvent être les héritiers des personnages qui ont croisé notre parcours au travers de la lecture de ces textes et de la réflexion qu’elle nous a inspirée :
Tout d’abord les héritiers des religions primitives, les zélateurs de Déméter ou de Xipe Totec.
Vous avez sûrement vu cette publicité qui m’a frappée, à la télévision : un couple de texans richissimes se désole quand, en regardant par leur fenêtre, ils constatent que la limousine rose de leurs voisins a un mètre de plus que la leur. C’est pour eux une constatation dramatique, qui les rend véritablement malheureux ! Alors ils grattent vite un loto, keno ou autre, je ne sais plus, pour avoir enfin de quoi acheter le mètre de limousine rose qui leur manque.
Cette situation est évidemment traitée sous l’angle de la dérision, mais correspond en réalité à des ressorts profonds de notre société : le besoin matériel occupe pour beaucoup tout le champ des préoccupations, occulte toute autre voix, les rites magiques des religions primitives trouvent leurs résurgences dans les jeux d’argent, les dires des astrologues et autres voyants. Ils traduisent la poursuite sans retenue de la réussite matérielle facile, au prix souvent d’arrangements de plus en plus douteux avec la morale, renouant avec l’idolâtrie et la superstition les plus criantes, allant jusqu’à l’écrasement de son prochain pour assouvir ses propres désirs.
Cette recherche éperdue et exclusive de la réussite matérielle, d’un hédonisme souvent un peu crétin dans sa vanité, ne présente même plus la dimension cosmologique qui était celle des tenants des religions anciennes : ces dernières se faisaient en effet des modèles de représentation assez construits du fonctionnement de notre monde et raisonnaient en fonction de ces mythes. Elles avaient au moins ce mérite.
Au contraire, dans notre société la poursuite d’une opulence égoïste tend à remplacer toute autre considération, et l’apitoiement envers la misère d’un tiers monde si lointain, malgré la télévision, ne franchit pas la barrière de notre confort quotidiennement et exclusivement recherché.
Quels sont maintenant les héritiers, également dévoyés, des hébreux du Deutéronome ? Face à ce déferlement de matérialisme, il en est qui refusent cet anéantissement du sens moral dans la société et recherchent, dans la stricte observance de lois morales ou religieuses, les règles de vie, la régulation du comportement social qui leur manque.
Sans nier la dignité que l’on doit reconnaître à ceux qui font de principes moraux une règle de vie, on doit prendre garde à une dérive qui consiste à laisser ces règles morales boucher tout son horizon. En effet, alors, la règle formelle prend la place de la réalité morale qu’elle ne devrait que sous-tendre, la trahissant très vite à coup sûr.
L’exégèse du texte du Deutéronome nous montre bien comment, même avec les meilleures intentions du monde, les auteurs de la Loi présentent son contexte et sa lettre comme étant directement inspirés de Dieu, cachant l’esprit derrière la lettre et ouvrant la porte à une certaine forme d’idolâtrie.
Cet ensemble de règles devient un carcan dans lequel on peut s’enfermer, se pétrir de certitudes, se couper de l’esprit critique et des fondements qui lui donnaient du sens. L’intransigeance envers ses semblables n’est plus très loin : c’est le lot de tous les intégrismes. On sait où ces intégrismes peuvent aller : des lois mal comprises, prises à la lettre et interprétées de façon étroite pouvant conduire aux monstruosités criminelles que l’on ne connaît que trop …
Et comment enfin nous-mêmes, dans un tel paysage, pouvons-nous être les héritiers des premiers disciples ?
Que signifient aujourd’hui pour nous les textes du nouveau Testament que l’on nous propose aujourd’hui de méditer ?
L’évangile nous dit que la recherche matérialiste n’est pas tout, que l’homme se nourrit aussi de spiritualité et que c’est même là l’essentiel. Il nous dit aussi que les dons de Dieu ne se mesurent pas à l’aulne de leurs actions, que la grâce de Dieu est gratuite, que ses dons comblent aussi bien celui qui mérite peu que celui qui mérite beaucoup aux yeux des hommes.
Paul quant à lui, disciple d’après la Mort et la Résurrection, nous dit qu’il est aussi heureux dans la disette que dans l’abondance, que seule la communion avec le Christ l’emplit de bonheur. Il nous dit aussi que les actes d’Amour dont il est l’objet sont le véritable signe qui le réjouit chez ses amis Philippiens. Ces actes d’amour du prochain sont en effet le signe qu’ils sont emplis de l’amour de Dieu : « Et c’est à cela que chacun reconnaîtra que vous êtes mes disciples : à l’amour que vous aurez les uns pour les autres » dit le Seigneur.
Voilà ce qui nous est proposé, face à l’égoïsme du matérialisme et à la recherche exclusive d’une abondance sans limite d’une part, face aux dérives potentiellement dramatiques d’un intégrisme qui remplace le sens par la règle d’autre part.
Ce qui nous est demandé, c’est de faire vivre dans le monde l’amour du prochain. Ce qui nous est demandé, à nous qui avons vocation à « être le sel de la terre », c’est d’apporter à chaque occasion un signe d’amour de notre prochain, même s’il nous semble minime, insignifiant dans cette mer d’indifférence et d’égoïsme. Paul nous montre que le Saint Esprit peut permettre à un autre être humain d’y découvrir l’amour de Dieu, et que le moindre de ces signes peut être pour notre prochain une occasion de salut.
Apporter des grains d’amour, si modestes soient-ils à nos yeux, à notre prochain, c’est rendre apparente dans ce monde la communion au Christ, qui les inspire. C’est sans doute cela être le sel de la terre. Sa manifestation auprès de nos frères humains est l’affaire du Saint Esprit, qui peut utiliser ces signes apparemment imperceptibles pour manifester sur terre l’Amour de Dieu.
De même que le message de notre Seigneur n’a été pleinement perçu par ses disciples qu’après que l’Acte ait donné du sens à la Parole, de même c’est par quelques signes visibles, discrets, quotidiens de la conversion de nos cœurs que le message de l’Evangile peut être révélés à notre entourage.
En cela nous sommes issus de la longue filiation des disciples.
Il ne nous est donc pas demandé des choses extraordinaires, mais simplement d’apporter un peu de l’amour du prochain, en toutes occasions de notre vie, traduisant ainsi l’amour premier de Dieu manifesté par Jésus Christ. Il n’y a pas de petit acte : dans l’apparente insignifiance de nos témoignages quotidiens le Saint Esprit peut manifester auprès de nos frères la nourriture qui nous fait vivre.
Pour terminer, je voudrais revenir à la réalité la plus simple ; dans notre langue elle-même, la reconnaissance du don des fruits de la terre rejoint la fraternité humaine : les beaux vocables de compagnon, de copain traduisent en même temps le partage du pain et l’amour du prochain. Notre propre langue, qui traduit les valeurs profondes que nous ont légué nos ancêtres, complète ainsi et rend vivant ce message.
C’est le même symbole qu’a repris notre Seigneur dans la Cène, en le transcendant par l’Amour total de Dieu, Cène que nous allons célébrer tout à l’heure.
Amen.
Jean-Jacques Néré




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