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Philippiens 4 v 4-7 (Brice Deymie)
Texte : Philippiens 4/4-7
Genre : Prédication Auteurs : Brice DEYMIE Source : Méditation radiodiffusée. FPF, 14.12.2003. Philippiens 4/4-7 MUSIQUE : Fanfare de l’Armée du Salut Accueil Jacques Gosselin : Amis détenus à l’intérieur de cette prison de la Santé à Paris dans laquelle nous nous trouvons, amis auditeurs, détenus ou non qui nous avez rejoints, bonjour et merci d’être avec nous dans la prière. Merci à la radio et merci à la fanfare de l’Armée du Salut qui nous accompagne. Ce culte auquel nous vous accueillons tous d’une manière ou d’une autre et où nous allons retrouver le Seigneur dans un élan commun, vous est retransmis depuis la salle de spectacle de la Maison d’arrêt où nous avons coutume de nous rassembler pour prier. Lorsque cette salle devient chapelle pour que nous y fassions “Eglise”, quelques rayons de soleil parfois, viennent s’infiltrer par les vasistas ponctuant le haut des murs bleu sombre d’une peinture abîmée en maints endroits, comme autant de blessures dans les cœurs. Que ce soleil devrait en nous raviver nos façades et notre foi, nous transfigurer ! Nous ne sommes ici qu’une petite cinquantaine au beau milieu de cet univers carcéral de presque mille cinq cents individus. Notre “chapelle” est entourée de blocs et de cours, d’où — vous l’entendrez peut-être — s’échappent un grand nombre de cris. Quoiqu’il en soit, mettons-nous en la présence du Seigneur, sinon dans la joie, en tout cas dans une douce confiance en ce Dieu trois fois saint, Père, Fils et Saint-Esprit. C’est lui notre lumière, c’est lui notre raison d’espérer. Vos cinq aumôniers s’adressent à vous en vous incluant au nombre de ceux de leurs communautés de Paris et de la région parisienne. Vous en êtes des membres souffrants, comme souffrent aussi, au dehors, d’autres membres de nos Eglises ou d’ailleurs, car les emprisonnements sont vécus de différentes façons : dans le corps par la maladie ou l’infirmité, et dans l’esprit par la désespérance ou la dépression. Tous à présent, faisons silence en nos cœurs et prions Dieu d’être présent dans nos misères comme dans nos joies, confions-nous à lui dans le nom de Jésus, le Ressuscité ; il nous appelle et, à chacun d’entre nous, il dit : “Viens et suis-moi”. CANTIQUE en Lingala : Yesu azali awa Louange Mas Miangue : Seigneur, nous te louons parce que tu nous aimes et que nous sommes tes enfants. Nous te louons pour Jésus-Christ, vivant au milieu de nous. Nous te louons pour l’Esprit Saint qui nous rassemble malgré nos différences, et qui fait de nous un seul peuple, ton peuple. Oui, nous te louons pour ce jour, qui nous fait entrer dans la joie de ton Royaume et chantons ta gloire. Alléluia ! CANTIQUE en Lingala : Yesu azali awa Confession des péchés et pardon Enrico Benedetto : Seigneur, je te confie mes péchés. Ils sont comme une pierre sur mon cœur. Je vais en parler avec toi. Ce n’est pas un aveu au juge : c’est une confidence, ça restera entre nous, car j’ai confiance en toi. Tu me défends contre mon ennemi le plus redoutable, moi-même. Tu connais ce qui m’est reproché, ce que je me reproche, et même ce dont je n’ai qu’une vague conscience et qui pourtant charge ma vie. Il y a les actes du passé, oui, mais aussi des attitudes du présent et la peur que cela ne s’arrête jamais. Ce poids est à lui seul une cellule, un mur, une grille. Porte-le avec moi et je pourrai te suivre, car tu l’as dit à tes disciples : “Mon joug est léger”. En prison tout est interdit. Mais demander ton pardon, je le puis. Ce pardon, tu nous l’accordes en Jésus. C’est plus qu’une remise de peine, plus qu’une amnistie, plus qu’une grâce présidentielle : c’est la grâce de ta promesse à chaque homme. Merci, Seigneur. CANTIQUE : Quel ami fidèle, § 1 et 2 Confession de foi Brice Deymie : Jésus-Christ, nous croyons en toi. Nous croyons que tu es un homme du même sang que nous, de la même douleur, du même effort, de la même espérance. Nous croyons que tu es le Fils de Dieu, l’image et la présence du Dieu vivant et mystérieux qui a fait l’univers et le soutient. Nous croyons que tu es mort, crucifié par notre faute, et que tu es proche de tous les suppliciés, que tu es ressuscité réellement, que tu vis pour toujours, présent chaque jour dans ton Royaume et dans notre existence. Par toi, nous croyons que le Dieu infini est pour nous un Père plein d’amour. Par toi, nous croyons que l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint, agit sur la terre sans tenir compte de nos distinctions, assemble les croyants, éclaire l’Evangile, nous annonce notre résurrection, le renouvellement du monde et la vie éternelle dans la justice et la joie de Dieu. Jésus Christ, nous espérons en toi. Amen Prière E.B. : Viens près de nous, Seigneur. Que les mots de la Bible, écrits par des hommes, deviennent maintenant une parole à toi, mon Dieu. Ce miracle de la foi, accomplis-le, je t’en prie. Nous ne lisons que pour écouter. Elle brûle sans se consumer, ta Parole. Et nous enlevons nos sandales, comme Moïse, pour ne pas faire de bruit, pour être au contact et pour demeurer en toi, Seigneur. Romps au milieu de nous le pain de ta parole et nos cœurs s’ouvriront. Lecture biblique : Philippiens 4/4-7 “Soyez toujours joyeux d’appartenir au Seigneur ! Je le répète, soyez joyeux ! Votre bonté soit évidente aux yeux de tous. Le Seigneur viendra bientôt. Ne vous inquiétez de rien. En toute circonstance demandez à Dieu dans la prière ce dont vous avez besoin. Et faites-le avec un cœur reconnaissant. La paix de Dieu, qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer, gardera vos cœurs et vos pensées en communion avec Jésus-Christ”. Prédication B.D. : Chers amis, aujourd’hui nous tentons, grâce aux moyens techniques de la radio, de construire un pont entre le dedans de la prison et le dehors des auditeurs, deux mondes qui n’ont pas grand-chose à voir. Pourtant, à l’intérieur de ces hauts murs que vous pouvez apercevoir en longeant le boulevard Arago, à l’intérieur de ces hauts murs, il y a une vie, des rires, des pleurs, des souffrances, des joies, quelque chose qui ressemble à la vraie vie. Cette vie, frère détenu, que vous avez l’impression d’avoir mise entre parenthèses en entrant ici, cette vie libre dont vous rêvez, que vous fantasmez parfois et qui apparaît de façon dérisoire à travers les barreaux d’un camion qui vous emmène ou vous ramène du palais de justice, qui apparaît de façon insolente à travers cette lucarne souvent allumée dans vos cellules qu’est la télévision, vie insolente parce que factice, donnant l’illusion à ceux qui sont en prison depuis bien longtemps que cette vie est faite de rires en boîte, de sourires fabriqués, d’argent facile, de bonheur compulsif. Ne laissons donc pas nos sens et notre conscience s’endormir, luttons toujours et encore pour rester debout, pour que l’appel qui nous vient d’en haut ne soit pas lettre morte et qu’il trouve en nous une réponse aussi subtile soit-elle. Et Dieu nous dit, à travers la lettre de Paul aux Philippiens, de ne pas nous inquiéter : “Ne vous inquiétez de rien”, parole qui fait écho à celle de l’évangile de Matthieu dans le sermon sur la montagne où le Christ nous dit : “Ne vous inquiétez pas au sujet de la nourriture et de la boisson dont vous avez besoin pour vivre ou au sujet des vêtements dont vous avez besoin pour votre corps. (…) Mais votre Père qui est au ciel sait que vous en avez besoin”. Et pourtant, dans notre monde, tout le monde s’inquiète, s’inquiète de ne pas trouver de travail, s’inquiète de ne pas avoir de toit pour dormir, s’inquiète de mettre des enfants au monde ; cette inquiétude peut même se changer en peur. L’inquiétude et la peur devant le juge, devant votre procès. Nous sommes comme paralysés devant un monde que l’on ne comprend pas, que l’on ne comprend plus ; vous-mêmes savez combien le monde change vite et la crainte peut vous saisir au moment de franchir les portes vers la liberté. Comment pouvons-nous réagir à cet impératif : “Ne vous inquiétez pas” ? Mais si, je m’inquiète, et pourquoi la foi devrait-elle être nécessairement un remède contre l’angoisse ? Oh ! Oui, nous connaissons tous les phrases pieuses que quelques bonnes âmes peuvent prononcer sur la souffrance humaine ; nous pouvons ressortir quelques paroles pertinentes apprises autrefois dans nos catéchismes et se pencher, l’air condescendant, sur l’homme inquiet de son sort. Paul ne s’adresse pas, dans sa lettre, à une congrégation de moines vivant hors du monde, mais justement à des hommes comme vous et moi saisis par l’inquiétude de la vie. Et l’homme, depuis qu’il pense, essaye de comprendre pourquoi il est soucieux, pourquoi la vie est un poids parfois terrible. Certains pensent que, si nous sommes soucieux, c’est à cause de l’espérance ; car pour eux espérer, ce n’est pas être heureux ; espérer, c’est être dans l’attente, le manque, le désir insatisfait et impuissant ; espérer, pour certains, c’est désirer sans jouir, sans savoir, sans pouvoir ; alors, pour ceux-ci, ce n’est pas l’espérance, mais le désespoir qui est la condition d’un bonheur authentique. Un Romain nommé Sénèque, le maître des cyniques, disait à un de ses disciples Lucilius : “Quand tu auras désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir”. Il s’agit là, selon lui, de promouvoir la volonté contre les vains propos d’un avenir idéal. Pour nous, chrétiens, au risque de la naïveté, nous espérons envers et contre tous. Le monde n’est pas si beau que nous devrions nous en satisfaire. Paul nous dit de ne pas nous inquiéter, et il relie cette absence d’inquiétude avec la prière et avec la promesse que le Seigneur vient bientôt. “Demandez à Dieu dans la prière ce dont vous avez besoin”. Cependant la prière, avant d’être une demande, est une relation, car l’on sait tous que l’on peut vite s’épuiser en demandes et la satisfaction de celles-ci n’a peut être pas la matérialité que nous en attendons. C’est pourquoi Paul ajoute un peu plus loin : “Faites-le avec un cœur reconnaissant”, faites-le avec un cœur qui reconnaît en Dieu le sujet de notre foi, faites-le en reconnaissant que, dans la prière, c’est Dieu qui fait le premier pas. Comme le disait un théologien protestant Wilfred Monod, le véritable chercheur, ce n’est pas l’homme, c’est Dieu. C’est Dieu qui nous conduit dans la quête inlassable de son amour. Et le véritable inaccessible, ce n’est pas forcément Dieu, c’est l’homme qui se dérobe à l’appel et à la volonté de Dieu. Ainsi, dans la prière, c’est Dieu qui nous parle le premier ; nous sommes disponibles à recevoir cet appel dans la confiance que nous lui faisons et, parce qu’il y a cette confiance première, notre prière est écoutée. La prière est exaucée parce que la relation est établie et que cette relation ne dépend pas de nous seuls, mais de Dieu. Nous sommes disponibles, “reconnaissants”, comme le dit l’apôtre Paul, à cet appel premier. La prière devient donc réponse avant d'être demande, elle est louange avant d'être exigence. Affirmer cela, c'est affirmer le salut par la seule grâce de Dieu et non par nos œuvres. Dans cette histoire, le premier mouvement et la première démarche appartiennent à Dieu. Il faut bien entendre aujourd’hui l’expression du “salut par la foi” dans le sens où les Réformateurs protestants utilisaient cette expression biblique. Il ne s’agit pas de penser que nous sommes sauvés par notre foi en faisant de ce croire une œuvre humaine ; nous ne sommes pas plus sauvés par nos actions que par le fait de croire, si l’on réduit la foi à une action humaine comme pourrait l’être la prière si elle n’était que demande et exigence. Or, pour bien comprendre l’expression du “salut par la foi”, il faut voir dans la foi une relation existant entre l’homme et Dieu, mais dont Dieu a l’initiative. Dans ce sens-là, le premier acteur de la foi, c’est Dieu. C’est cela qu’on exprime en parlant de sa grâce. On parlera du salut par foi ou par grâce, mais, dans les deux cas, le point de départ de cette relation ne m’appartient pas. C’est la raison pour laquelle il est faux d’utiliser l’expression “avoir la foi”. La foi n’est pas mon bien propre et exclusif, elle est d’abord Dieu qui vient en nous en Jésus-Christ. La foi bien comprise correspond donc à un renversement où Dieu a la priorité, il est reconnu dans la précédence de sa grâce. “Le Seigneur viendra bientôt”, autre élément essentiel de ce court passage de l’épître aux Philippiens. C’est ainsi que l’espoir peut nous constituer comme enfants de Dieu parce que le Seigneur est seigneur de notre passé, de notre présent et de notre futur. C’est dans la foi en ce Dieu qui vient et qui est venu, que nous pouvons aborder cette période de Noël. La confiance qu’il nous donne rendra notre prière non pas exigeante, mais reconnaissante parce qu’en lui les possibles sont rassemblés. A Dieu, tout est possible. Amen. CANTIQUE : Oh, prends mon âme, § 1 et 2 Prière d’intercession M.M. : Unissons notre prière à celle du Christ qui intercède auprès de Dieu et prions pour tous les hommes et les femmes incarcérés dans toute la France. Dieu tout puissant, tu es le refuge de tous ceux qui cherchent le secours. Nous venons nous recommander à ta bonté et t’adresser nos prières pour tous les hommes et particulièrement ceux qui sont enfermés. Protège ton Eglise universelle : corrige ses erreurs ; guéris-la des divisions afin qu’elle annonce fidèlement ton salut ; affermis-la contre le pouvoir de l’ennemi. Nous te prions pour les découragés, pour ceux qui souffrent de ne pas suffire à leur tâche ; dans leur épreuve, donne-leur d’espérer en toi, accorde-leur la liberté et l’assurance de tes élus. Souviens-toi des malades et des prisonniers et de ceux qui voient souffrir et mourir ceux qu’ils aiment. Aie compassion des jeunes détenus et de tous ceux que l’inaction accable. Ramène à toi les égarés, aie pitié de ceux qui ignorent leur pauvreté de foi. Attire à toi ceux qui ne savent pas te prier ; fortifie tous ceux qui n’ont d’autre espérance que toi. Dirige les hommes qui gouvernent les nations ; éclaire ceux qui administrent la justice. Secours les peuples victimes de la guerre ; inspire à tous les hommes la volonté de vivre en paix. Préserve-nous des temps de désordre, d’émeutes et de troubles. Aide-nous à établir un ordre juste et charitable entre les riches et les pauvres, entre les puissants et les faibles. Seigneur Dieu, aie pitié de tous ceux qui sont détenus et qui t’appartiennent ; accueille et exauce dans ta grâce les prières de ceux qui se confient à toi, pour l’amour de Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur. Notre Père… (en anglais, dit par un détenu) Bénédiction et envoi “Frères, tendez à la perfection, encouragez-vous les uns les autres, mettez-vous d’accord, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres d’un signal fraternel. Tous les membres du peuple de Dieu vous adressent leurs salutations. Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous” (2 Corinthiens 13/11-13) Grand Dieu, nous te bénissons ; à toi seul la gloire ; entre dans nos cellules et dans nos âmes, fais que nos cœurs ne s’endurcissent pas, sois toujours et partout notre secours dans les épreuves de la vie. Amen. CANTIQUE : Oh, prends mon âme, § 3 Autres textes de la même catégorie
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