Accueil | Envoyer à un ami | Version imprimable | Augmenter la taille du texte | Diminuer la taille du texte

Philippiens 4 v 1-9 (Vincent NÊME-PEYRON)



Texte : Philippiens 4/1-9
Genre : Prédication
Auteur : Vincent NÊME-PEYRON
Source : Prédication pour le 02.02.2003, trouvée autrefois sur le site de l’Eglise réformée de Neuilly-sur-Seine.



Comment trouver la paix intérieure ?

Dimanche dernier, nous avons évoqué la paix avec notre prochain. Nous nous sommes demandé comment comprendre et vivre l'exhortation de Jésus : "Aimez vos ennemis ! Priez pour ceux qui vous persécutent".

Un prochain dimanche, nous parlerons de la paix entre les peuples.

Aujourd'hui, nous allons méditer ensemble sur la paix intérieure.

Paix à laquelle nous aspirons.

Paix fragilisée par la fatigue ou la suractivité, les responsabilités professionnelles ou associatives, au sein de l'Eglise ou de la famille.

Paix menacée par les soucis : un travail trop exigeant ou manquant, notre santé ou celle d'un proche, la situation internationale.

Paix, enfin, rongée par une inquiétude intérieure qui s'infiltre en nous sans raison sérieuse : l'inquiétude de ne pas "être à la hauteur", de passer à côté de l'essentiel.

"Ne vous inquiétez pas !", répond Paul.

"Ne vous inquiétez pas !".

Evitons les contresens !

Paul n'est ni un doux rêveur ni le représentant d'une époque révolue où la vie était paisible.
Lorsqu'il écrit aux Philippiens, les soucis, les angoisses étaient tout aussi prégnants qu'aujourd'hui.
Plusieurs siècles auparavant, les Psaumes nous présentaient déjà des croyants rongés par la peur de l'avenir.

Plus proches de nous, des cantiques traditionnels traduisent ce sentiment : "Captif pendant tes veilles de vingt soins superflus, bientôt tu t'émerveilles de voir qu'ils ne sont plus".

Contrairement à l'opinion commune, l'absence de paix intérieure n'est pas une maladie du monde moderne, mais elle fait partie de l'expérience humaine. Elle est, en partie, le prix à payer de notre humanité.

Parce que nous sommes capables de nous projeter dans l'avenir, d'évaluer des situations, de nous examiner de façon critique, nous vivons parfois dans l'anxiété ou dans un état de vigilance extrême. Cet état est même parfois nécessaire lorsqu'il fonctionne comme une alarme. Mais que faire, lorsqu'il s'infiltre en permanence dans notre vie ?

Comment retrouver la paix intérieure ?


Si la maladie est ancienne, la plupart des remèdes le sont aussi.

A l'époque de Paul, certaines religions proposaient des techniques de méditation créant le vide en soi pour aider l'individu à se centrer sur lui.

D'autres promettaient d'accéder à la paix en rejetant tout désir.

Paul connaît ces différentes offres.

Mais il sait qu'elles ne s'attaquent qu'aux symptômes et pas à la source, comme ces remèdes qui soulagent, mais ne soignent pas.

Alors, l'apôtre écrit aux Philippiens.

A eux comme à nous, il transmet une conviction : ce qui guérit de l'inquiétude permanente, ce qui procure la paix, c'est la communion avec Dieu, c'est la présence de Dieu, auprès de nous, en nous.

"Le Seigneur est proche", écrit Paul.

En Jésus, le Tout-Autre, le Créateur du ciel et de la Terre, s'est fait le Tout-Proche. En Jésus, il a vécu au milieu de nous, il a annoncé son amour pour tous les humains, croyants et non croyants, justes ou injustes.

En Jésus, il a annoncé que le Royaume est au milieu des hommes dès qu'ils s'ouvrent à l'amour.

En Jésus, il a vécu cette Bonne Nouvelle jusqu'au bout, jusqu'à la mort sur une croix.

En Jésus, un matin de Pâques, il a manifesté la victoire des forces de la vie sur celles de la mort.

Si nous croyons cela, si nous organisons notre existence autour de cet axe, alors, nous sommes délivrés d'une première angoisse, fondamentale : l'angoisse de notre mort.

La Bible n'est pas le "guide bleu" de l'au-delà. Elle reste étonnamment pudique. Et comme dirait Calvin, "il serait fou de prétendre décrire ce que le Seigneur a tu".

Il n'empêche : pour citer Paul, nous croyons, nous savons que "rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ", rien, pas même la mort.

Ainsi, la vie après la mort n'est plus source d'angoisse.

La vie avant la mort non plus.

Lorsque nous vivons sans la présence de Dieu, toute notre énergie est rassemblée en vue de réussir notre existence ; nous voulons "être à la hauteur", professionnellement et socialement, faire "bonne figure".

Comme les constructeurs de la tour de Babel, nous voulons nous "faire un nom" par nous-mêmes.

Alors Jésus nous prévient : "Qui veut sauver sa vie la perdra !".

Autrement dit, plus vous chercherez à réussir votre vie, plus vous mettrez au centre de votre existence le succès, les décorations, l'argent, la réussite, la droiture morale même, et plus vous vous enfoncerez dans les marécages de l'angoisse.

L'obsession de la réussite professionnelle engendre la peur de l'échec.

Le perfectionnisme moral conduit à la culpabilité ou à l'esprit de jugement.

Le souhait d'être admiré entraîne la jalousie, l'orgueil, les rivalités.

Bien souvent, l'absence de paix intérieure n'est que le fruit amer du désir de toute puissance.

Ne nous y trompons pas : ce qui est remis en cause n'est pas la réussite professionnelle, le succès ou l'argent, mais la conviction que la réussite de notre vie passe par là.

C'est pourquoi il nous faut prendre Paul au sérieux : "Le Seigneur est proche" ; il donne sens à votre vie, en vous aimant tel que vous êtes, en orientant votre vie vers l'amour du prochain.

"Tu aimeras le Seigneur ton Dieu",
"Tu aimeras ton prochain comme toi-même".

Aimer et se laisser aimer.

Il n'y a pas de plus grand commandement.

Il n'y a pas d'autre sens à une vie.

Notre vie n'est pas une tour à construire, pierre par pierre, pour monter le plus haut possible ; elle est une plante que l'amour de Dieu fait germer et croître.

Nous pouvons donc être à la fois sérieux dans nos engagements et nos responsabilités, sans vivre dans l'angoisse de ceux qui "jouent leur peau" à chaque réussite ou échec. Nous pouvons prendre notre vie au sérieux, mais pas au tragique.

Peut-être avez-vous déjà expérimenté cette prière confiante, régulière, qui devient une respiration du cœur, de l'âme, du corps même.

Alors, vous avez ressenti combien elle instille la paix.

Alors, vous savez que l'essentiel — ce qui fait que votre vie est réussie ou ratée — nous est donné.

Alors, vous vivez dans la tranquille assurance de la présence aimante de Dieu.

Alors, vous liez votre vie à celle du Christ.

Comme l'écrit Paul, "la paix de Dieu garde vos cœurs en Jésus-Christ".

Paul ne s'arrête pas là.

Après nous avoir dit pourquoi nous pouvons vivre en paix, il nous précise comment : "Ne soyez inquiets de rien, mais en toute occasion, par la prière et la supplication, accompagnée d'action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu".

En quelques mots, Paul déploie la panoplie des prières possibles.

Il y a la conversation avec Dieu au cours de laquelle nous lui confions nos craintes, nos espoirs, nos sentiments.

Il a la prière silencieuse et accueillante où nous laissons Dieu venir à nous.

Il y a la prière de supplication, prière de combat, dans laquelle nous jetons toutes nos forces pour que Dieu agisse, guérisse, délivre, comme la veuve importune.

Il y a enfin la prière d'action de grâce et de louange.

La louange est l'un des moyens les plus puissants qui nous est donné pour vivre dans la joie et la paix de Dieu. Plus vous louerez Dieu, et plus vous sentirez sa paix vous envahir.

Et je regrette que, dans nos familles protestantes, nous ayons perdu cette belle tradition du chant de louange avant les repas, même le dimanche.

Il y a sûrement là une pratique à retrouver.

Je conclurai par une histoire : un homme vient voir un homme de Dieu et lui dit : "Je ressens le besoin de prier, mais je n'en ai pas le temps".

L'homme de Dieu lui répondit : "Tu es comme un bûcheron qui va abattre un arbre, mais ne prend pas le temps d'aiguiser sa hache. Tu es comme le marcheur qui part dans la forêt, mais ne prend pas le temps de retirer le caillou dans sa chaussure. Tu es comme le nageur qui, avant de plonger, ne prend le temps de respirer profondément".

Alors, chers amis, ancrons la paix intérieure dans la paix de Dieu.

Amen !




Inscription à la newsletter