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Philippiens 3 v 17 à 4-1 (Louis Honnay)



Texte : Philippiens 3/17 à 4/1
Genre : Prédication
Auteur : Louis HONNAY
Source : Prédication pour le 19.02.1989 (2° dimanche de Carême).



"Faites comme moi, pensez comme moi, croyez comme je crois" : il ne manque pas de personnages qui nous donnent ce bon conseil. Ils nous assurent qu'en les imitant, nous trouverons le bonheur, nous nous épanouirons, nous serons sauvés. Ils prétendent détenir le secret de la vie et ils nous l'offrent à condition d'entrer dans leur jeu et quelquefois moyennant finances. L'apôtre Paul nous dit, lui aussi : "Frères, imitez-moi !". Paul serait-il donc un de ces gourous, un de ces mages, un de ces chefs de sectes ? Paul se présente-t-il comme le modèle à suivre sous peine de perdition — hors de moi pas de salut ? Paul exige-t-il l'obéissance absolue à ses ordres ? Paul a-t-il découvert toute la vérité ? Faut-il l'écouter pour devenir un homme, un saint, un grand initié ?

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Aucune de ces suppositions n'est juste, à l'évidence. Pour comprendre ce que Paul veut dire, il suffit de jeter un coup d'œil sur ce qui précède notre texte. Il décrit lui-même sa propre démarche. Paul — qui s'appelait autrefois Saul — est un Hébreu, descendant d'Hébreux. C'est un très lointain fils d'Abraham, cet homme avec qui Dieu a fait alliance autrefois. Nous avons relu tout à l'heure cette scène, qui nous semble étrange, où Dieu signe, en quelque sorte, cette alliance en passant sous forme de feu entre deux moitiés d’animaux, selon un rite pratiqué couramment à cette époque. Paul est un pharisien, un membre de cette tendance du judaïsme qui se veut fidèle en tous points à la Loi du Seigneur.

Paul possède toutes les qualités requises pour être un bon Juif. Pourtant, il ne s'en vante pas, il n'en tire aucun orgueil. Il n'y voit que des balayures. Il sait que ce n'est pas cela qui le sauve. Ce qui l'intéresse, c’est Jésus-Christ. En lui, dans le Christ, Paul trouve son tout. La foi en Christ est pour lui fondamentale, parce que Jésus-Christ est le centre de sa vie, ce qui a le plus d'importance. Paul veut rester uni au Christ, pour connaître la puissance de sa résurrection, même s'il doit pour cela subir des souffrances qui seront un peu comme la mort de la croix.

Nous pouvons comprendre maintenant que l'apôtre Paul ne nous demande pas d'imiter sa vertu ou son savoir ou son mysticisme. Il nous propose, il nous presse, de suivre la même démarche qu'il a suivie. Il nous demande de refuser les recours humains pour atteindre une sorte de perfection, même toute relative. Nous pouvons avoir des croyances, mais la croyance n'apporte rien d'essentiel, ni même rien de valable. Nous pouvons être honnêtes, mais l'honnêteté, la perfection morale, ne nous empêche pas de rester des pécheurs. Le plus honnête des hommes a encore besoin de se repentir de ses fautes. Nous avons peut-être derrière nous toute une lignée d'ancêtres huguenots fidèles jusqu'à la mort, mais l’hérédité chrétienne n'a jamais servi à personne de garantie de salut. On peut être à la fois fils de chrétiens et mécréant.

La seule position juste est celle de l'apôtre Paul : balayer d'un revers de main toutes ces prétendues qualités, les envoyer promener, et baser toute notre vie sur le seul fondement solide, à savoir Jésus-Christ. Lui seul vaut la peine qu'on lui fasse confiance, parce qu'il nous apporte tout ce dont nous avons besoin pour vivre réellement. Le vrai secret de la vie, c'est lui. Tout le reste n'est qu'illusion ou tromperie, inventions humaines ou ballons fragiles, qui ne donnent rien de solide. Voilà ce que Paul a compris. Voilà ce qu'il nous invite à faire à sa suite. Non pas une imitation servile d'un personnage particulièrement favorisé, mais décision personnelle à prendre en toute liberté.

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Les autres, ceux qui ne font pas cette démarche, ceux qui en restent à des croyances ou à des religions, Paul les qualifie d'ennemis de la croix du Christ. Il en voit dans la communauté de la ville de Philippes. Il s'en trouve peut-être dans nos Eglises. Il nous est facile de les décrire. Les ennemis de la croix du Christ, ce sont les gens qui pensent pouvoir se passer de la croix. Ce sont naturellement les gens qui entrent dans l'une ou l'autre de ces sectes qui se multiplient en notre époque de post-chrétienté ; ils croient y trouver plus et mieux que l'Evangile. Ou bien ce sont ceux qui pensent que l'Evangile est dépassé. A notre temps, il faut de nouveaux idéaux et une morale nouvelle. La technique, les fusées qu'on envoie dans l'espace, voilà la parole divine pour le monde moderne. Les ennemis de la croix, ce sont aussi les braves gens qui croient en l'homme, en ses facultés, en ses réalisations. Sans s'apercevoir que, si l'homme est capable de grandes choses, il peut aussi commettre les pires atrocités. Ou encore, ce sont tous les indifférents, la masse des indifférents, qui tournent le dos à la croix et 1'évacuent de leur existence.

Quand l'apôtre Paul dit que quelques-uns sont des ennemis de la croix du Christ, il ne prêche pas la croisade. Il ne dit pas qu'on doit détruire ces hérétiques pour purifier l'Eglise et la terre. Quand il pense à eux, Paul pleure ("Je le dis en pleurant"). Oui, il pleure de tristesse, parce que tous ces gens-là ratent leur vie en s'imaginant la sauver. Ils ont pour dieu leur ventre, écrit Paul. Leur ventre, c'est peut-être en ce temps-là la circoncision ou bien des interdits alimentaires. Ce peut être aussi tout ce qui nous satisfait, moralement ou matériellement. Cela peut être les qualités morales ou la religion, si elles nous détournent du Christ.

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Ces recours humains, ces faux moyens de salut, précipitent dans l'illusion et rendent esclaves. L'homme qui refuse la croix du Christ pense se suffire à lui-même, il se croit autonome. Mais en réalité, il obéit au système, à l'idéologie, à la religion dont il se fait le disciple. Il accepte de penser comme le veut le maître auquel il obéit, le chef de la secte où il s'intègre ou le dirigeant de son parti. Il perd sa liberté, il s'aliène à un pouvoir étranger.

C'est pourquoi l'apôtre Paul nous renvoie à une autre autorité. Si nous voulons être vraiment libres, nous devons choisir de nous en remettre à cette autorité-là, celle de Jésus-Christ. Mais les termes dans lesquels Paul l'exprime peuvent prêter à de graves confusions. Dans nos versions françaises de ce verset, nous lisons quelque chose comme : "Notre cité à nous est dans les cieux". Ou encore : "Notre citoyenneté est dans les cieux". Les théologiens et les prédicateurs l'ont interprété comme si notre vraie patrie se trouvait dans les cieux. La terre ne serait qu'un séjour provisoire, un faux séjour, un exil. Nous serions des émigrés du ciel échoués sur la terre par on ne sait quelle fatalité. Dès lors, tous nos efforts devraient tendre à remonter "là-haut", à nous faire déserter la terre pour nous permettre de rejoindre notre lieu dit naturel.

Malheureusement, cette interprétation ne tient plus, dès qu'on cherche à mieux rendre en français le mot grec "politeuma" employé par Paul. Ce mot signifie "gouvernement" ou encore "administration" ; on l'utilise au sens politique ou au sens purement administratif, j'allais dire au sens où les fonctionnaires l'emploieraient. Dire que notre gouvernement est dans les cieux, cela signifie que l'autorité à laquelle nous obéissons est dans les cieux, cette autorité est Dieu. Nous n'allons pas vers le ciel, c'est le Christ qui en descend pour nous rejoindre. Notre autorité, c'est Jésus-Christ, celui que trois de ses disciples ont vu un jour, au sommet d'une colline d'Israël, transfiguré, métamorphosé, rendu autre dans une apparition fulgurante. Ce jour-là, ce qu'il y avait en lui de divin transparaissait, devenait presque tangible, palpable. Jésus se montrait dans sa toute-puissance, avec cette blancheur qui est, dans la Bible, la marque visible de Dieu.

Jésus-Christ est le Seigneur, celui qui possède l'autorité, cette autorité que nous sommes invités à reconnaître et à laquelle nous devons nous soumettre. Il est aussi et en même temps le Sauveur, celui qui nous arrache à tout ce qui détruit, à tout ce qui défigure. Jésus-Christ est le seul qui soit à la fois vrai Seigneur et vrai Sauveur. Le seul qui emploie sa puissance pour nous faire vivre et pas pour nous écraser. Le seul à qui nous pouvons obéir sans que cette obéissance signifie notre aliénation, la perte de notre personnalité, mais au contraire notre reconstruction, l'accomplissement de notre stature d'êtres humains.

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Comme il arrive souvent, nous voici devant un choix. Ne plus mettre notre confiance en nous-mêmes, dans nos ressources et dans nos mérites, ne plus nous laisser enfermer dans des soumissions aliénantes : voilà la question de fond, qui remet en jeu toute notre vie. Notre tour se joue sur ce choix décisif. L'apôtre Paul l'avait bien compris. Il avait cessé de mettre sa confiance dans ses qualités, pourtant authentiques, de Juif et de pharisien. Il avait misé toute sa vie sur Jésus-Christ. Quand il nous dit de l'imiter, il ne nous dit pas "Suivez-moi", il nous dit "Suivez Jésus-Christ, croyez en lui". Il nous désigne un autre que lui-même. C'est à ce titre que nous voyons en lui un témoin digne qu'on le croie.

Amen.



Autres lectures : Genèse 15/5-18
Luc 9/27-38

Cantiques :
* ARC 25/1 à 4 A toi, mon Dieu
* ARC 457/1 & 2 Tu nous aimas, ô bon berger
ou ARC 415/1 à 3 Je veux répondre, ô Dieu
ou ARC 421/1 à 4 Jésus, ô nom qui surpasse
* ARC 254/1 à 3 Entonnons un saint cantique




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