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Philippiens 2, 6-11



Raphaël PICON, pasteur de l’Eglise réformée de France et professeur de théologie pratique à l’Institut Protestant de Théologie de Paris.


Philippiens 2, 6-11
“ Dieu, quand Dieu n’est plus crédible ”

MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 10


Le calendrier de nos vies est ce qu’il est. Il y a des jours qui passent tranquillement, sans qu’on y pense trop. Ce sont des journées simples, que nous vivons avec une certaine insouciance, sans réfléchir, sans se poser de questions et c’est très bien comme ça.

Il y a aussi des jours de grâce, de purs moments de bonheur, où nous nous sentons pris par quelque chose, nous sommes comme portés par un souffle de vie extraordinaire.

Et puis il y a des jours qui ne passent pas. Et qui ne passeront d’ailleurs jamais. Des jours que nous n’oublierons pas parce que nous y avons perdu trop de choses. Ceux qu’on aimait, l’envie d’aimer, peut-être même l’envie de vivre. Nous avons perdu tout ce qui pouvait encore nous raccrocher à quelque chose, une confiance en soi, l’amour d’un autre, la foi en Dieu. Ces journées sombres ne passeront pas.

Et puis il y a ces jours où tout est mélangé, ces jours de tiraillement entre guerre et paix, entre désir de vie et angoisse devant la vie.
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MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 10
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Pendant ces journées de désordre et d’obscurité, au cœur de la nuit, qu’est-ce qui pourrait nous faire croire encore en Dieu ? Qu’est-ce qui pourrait nous ramener à la foi, nous permettre de dire, “ je crois ”, nous permettre de dire “ oui ”, de dire oui à la vie, à soi-même, à Dieu, de dire oui quand tout dit non ?

Après tout, c’est plutôt facile de croire en Dieu quand tout va bien. On peut toujours se dire que Dieu c’est l’amour, la vie, la santé, on peut toujours se dire que Dieu c’est le salut, le possible, la nouveauté. Mais comment croire en Dieu lorsqu’il n’y a plus de santé, lorsque plus rien n’est vraiment possible et lorsque la vie elle-même commence à nous échapper ?




C’est dans ces situations limites, dans ces situations où nous sommes au bord du gouffre, que Dieu est vraiment mis en question. C’est dans ces situations que notre foi et nos conceptions de Dieu sont vraiment mises à l’épreuve. Parce que, pendant ces jours sombres, nous ne pouvons plus mentir. Nous ne pouvons plus nous réfugier derrière des formules pieuses, des prédications passe-partout. C’est vraiment face à l’absurde, à l’insensé, à la tristesse infinie, que la question de Dieu se pose avec le plus d’intensité, parce que Dieu est le moins évident.


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 10


C’est donc à la recherche d’un Dieu crédible que j’aimerai vous entraîner ce matin. Oui, carrément, rien que cela… un Dieu crédible quand on ne peut plus croire en rien.
Vous me direz peut-être : mais Dieu n’a pas besoin qu’on le rende crédible ! Dieu il s’impose de lui-même, c’est peut-être bien pour cela qu’il est Dieu, Dieu d’ailleurs n’a pas besoin d’avocat, c’est lui-même qui nous donne la foi. Tout cela c’est vrai, mais c’est quand même à nous de trouver les mots pour parler de Dieu, pour dire sa présence. Or quels mots trouver lorsque Dieu n’est plus du tout évident ? Comment parler de Dieu lorsque dans nos vies tous les mots sonnent faux, creux et vides ?
Si on arrivait à retrouver Dieu dans nos jours les plus sombres, alors on pourrait espérer une petite embellie, même passagère. Un moment de paix fragile mais tellement utile pour changer le cours de la journée.
Un moment de paix ? Une embellie ? Un Dieu crédible ? … alors allons-y…


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 1


Quand nous sommes en pleine nuit, au bord du gouffre, qu’est-ce qui peut encore nous relier au monde, aux autres et à Dieu ?

La fuite ? Le refuge auprès d’un Dieu tout autre ? Loin du bruit et de la fureur et loin de la vie telle qu’elle est ? C’est une réponse possible, mais ce n’est peut-être pas la meilleure.

Il est vrai que la foi chrétienne se nourrit parfois d’un certain pessimisme à l’égard de l’humanité. L’homme est pécheur, il ne peut jamais rien faire de bien, il est fragile, infidèle, il est faible. C’est sur Dieu seul qu’il doit compter. C’est Dieu seul qui est la source de la grâce, du salut, de la foi, de l’amour. L’homme ne peut rien de bien, alors que Dieu, lui, il peut tout et c’est pour ça qu’il est Dieu. C’est Voltaire qui disait : “ Plus on donne à Dieu et plus on retire à l’homme. ” Comme si croire en Dieu, c’était ne plus vraiment croire en l’homme.

A sa manière, le protestantisme lui-même n’est pas en reste devant ce pessimisme. Le protestantisme souligne avec force que l’amour de Dieu est gratuit, que Dieu nous aime et nous sauve indépendamment de tout. L’homme du coup n’a plus rien à faire et ne doit plus rien faire pour être aimé par Dieu. Vous me direz, c’est très libérateur d’être acceptés tels que nous sommes, de ne plus avoir à se faire bien voir par Dieu. Oui, c’est vrai, c’est très libérateur de ne plus avoir à gagner son salut, de ne plus être obligé de toujours faire plus, de toujours faire mieux. Mais c’est quand même un problème si la foi en Dieu fragilise encore plus l’humanité. Pourquoi l’homme ne serait-il pas, lui aussi, capable d’un peu de grâce, de salut et d’amour ? Avons-nous vraiment envie de croire en un Dieu qui nous reconduit sans cesse au pied de la croix, à la croix de nos échecs, de notre péché, de notre bêtise ?

Quand nous sommes dans la nuit, dépossédés de tout désir, qu’est-ce que cela nous apporte qu’on nous nous dise que Dieu peut tout et que l’homme ne peut rien ?

Bien sûr nous pouvons toujours faire confiance et croire que, malgré tout, Dieu nous guide et nous soutient. La foi qui nous est donnée nous rappelle justement que Dieu c’est une présence sûre et réconfortante.
Oui, cette foi est très précieuse pour celui ou celle qui en vit. Le problème, c’est quand, au nom de Dieu et de notre foi, on ne se fait plus du tout confiance. Comme si Dieu devenait une sorte de repoussoir de l’humanité, une manière de souligner nos faiblesses, notre pauvreté, nos manquements. Quand la vie se charge elle-même de nous rappeler nos limites, pourquoi avoir besoin d’une foi qui nous reconduit vers nos manques et nos échecs ?

Oui, la foi équivaut parfois à une fuite. A une fuite dans un monde où Dieu est tout et où l’homme n’est rien. Dans un monde où c’est toujours Dieu qui est l’espérance de l’homme. En fait, ce n’est jamais l’homme qui est l’espérance de Dieu. Et ça c’est vraiment dommage.


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 4


C’est là, au bord du gouffre, devant l’abîme, là où le oui à la vie n’est plus possible, que revient à la surface ce très vieux texte. Un texte écrit par l’apôtre Paul et adressé aux Philippiens, un texte absolument incroyable qui veut nous dire, te dire, tout simplement : “ il est bon que tu existes ”.

“ Lui qui était de condition divine n’a pas considéré
comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu.
Mais il s’est dépouillé,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes,
et, reconnu à son aspect comme un homme ;
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé
et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus-Christ,
à la gloire de Dieu le Père. ”


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 4

Jésus-Christ, c’est le Dieu dépouillé, c’est l’anti-héros, l’anti-Dieu. Il aurait pu prétendre à tout, lui qui est de condition divine. Il aurait pu se laisser croire et penser comme un Dieu, comme une figure héroïque, totalement différente de nous, pouvant tout, voyant tout, sachant tout. Ce Christ de condition divine, ce Christ qui porte en lui l’image de Dieu, ce Christ ne prétend à rien. Il en a fini du fantasme de la toute puissance. Il renonce à tirer profit de sa filiation divine, de son pouvoir. Christ manifeste un Dieu qui ne veut pas être un souverain. L’Evangile d’aujourd’hui, c’est un Dieu dépouillé de Dieu, un Dieu abaissé, un Dieu en croix.

Elle est incroyable l’audace de ce texte. Elle veut nous faire croire que Dieu c’est l’inverse de ce qu’on croit. Non plus le très Haut mais le très Bas. Non plus la force et la puissance, mais la faiblesse et la fragilité. Non plus dans le ciel, ailleurs, mais avec le monde, avec nous. Le Christ veut nous faire croire en un Dieu qui est justement là où ne l’attend pas. C’est à dire dans le monde, dans le profane, dans l’ordinaire, la banalité, avec vous, avec nous, avec moi.



On peut toujours rêver d’un Dieu tout puissant, qui nous prendrait en charge, qui nous protégerait des coups de la vie, qui nous tiendrait sous sa coupe. Là au moins tout serait sous contrôle, il n’y aurait plus qu’à fermer les yeux et à se laisser porter.

Et bien non, le Christ nous montre un visage de Dieu tout différent. Il veut nous faire croire en un Dieu proche, en un Dieu qui nous ressemble. Un Dieu semblable à vous qui m’écoutez, semblable à nous. Rien d’extraordinaire. Ou plutôt oui, ce qui est extraordinaire c’est que l’ordinaire devient l’espace même de Dieu.

Voilà qui nous permet de changer la phrase de Voltaire. Il disait, je vous le rappelle : “ Plus on donne à Dieu et plus on retire à l’homme ”. Il faudrait dire maintenant : “ Plus on donne à Dieu et plus on donne à l’homme. Et inversement, plus on donne à l’homme et plus on donne à Dieu. ” C’est désormais à travers nous que Dieu se montre et se laisse reconnaître.
Croire en Dieu, c’est aussi croire en l’homme à travers qui Dieu se révèle.
Croire en l’homme, c’est aussi croire en Dieu qui le reconnaît, le stimule, l’anime.
Il ne s’agit donc plus de chercher Dieu dans le ciel, il ne s’agit même plus de chercher à aimer Dieu, à tendre vers lui, à faire de Dieu un dieu, il s’agit simplement de regarder la vie, le monde, ceux qui nous entourent, sa propre existence. Car c’est là que Dieu nous rejoint et se laisse retrouver.

Reste alors à savoir comment. Où est-il ce Dieu si proche ? Est-il encore Dieu ? Et pourquoi encore parler de Dieu ? Pourquoi parler de Dieu s’il suffit simplement de valoriser le monde et l’humanité ?

Jésus-Christ, en fait, c’est tout simplement le oui que Dieu prononce sur notre vie. C’est le chemin du consentement au monde que Dieu emprunte. C’est la manière que Dieu choisit pour nous dire, à chacun, il est bon que tu sois là, il est bon que tu existes. C’est une phrase toute simple aux conséquences énormes.

Il est bon que tu sois là. Comme le dit pour nous le théologien Theissen, ce n’est pas seulement quelque chose en nous que Dieu aime et approuve mais c’est nous, nous-mêmes, comme un centre qui a valeur en soi. Il n’est pas bon que tu existes parce que c’est utile en vue de tel ou tel but, mais c’est bon en soi. Et ce n’est pas bon seulement parce telle ou telle personne le pense mais c’est bon mais parce qu’une instance indépendante de nous tous le pense aussi.
Il est bon que tu existes. C’est peut-être la seule chose d’audible quand les jours sont devenus sombres. C’est peut-être le seul moment de Dieu lorsqu’il n’y a plus d’espoir, le seul moment de salut possible. Pas une guérison, pas un nouveau départ, pas un nouveau possible, pas l’émergence d’un sens nouveau, pas même une espérance. Juste un oui. Un oui qui nous approuve totalement.

Au cœur de la nuit, Dieu, c’est un oui qui t’est adressé, tel que tu es.


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum) – CD 2
Virgin Classique, 1994 – plage 14

“ Pouvons-nous encore prononcer le nom de Dieu, s’interroge le philosophe Paul Ricœur dans un texte qui date de 1968 sur l’Eglise, pouvons-nous encore prononcer le nom de Dieu ? Nous ne pouvons plus construire des théologies spéculatives, systématiques, où l’on parlerait de Dieu comme d’une cause première, d’un penseur suprême, d’un être absolu séparé de tous les autres, mais nous avons à penser ce que peut signifier dans l’écriture, le Dieu de Jésus-Christ. Si Jésus-Christ est celui qui meurt en donnant vie, c’est cet acte de se vider du Christ pour nous, qui est notre seul accès à Dieu.
Il nous faudra méditer plus profondément ces affirmations de Paul aux Philippiens et aux Colossiens : Le Christ ne s’est pas prévalu de son égalité avec Dieu, mais il s’est vidé, il s’est rendu vide, c’est notre façon de nous approprier ce que certains appellent “ mort de Dieu ”, mais qui peut être repris en Christianité, en chrétienté selon son sens profond, à savoir que Dieu meurt en Jésus-Christ pour que nous vivions ; nous ne connaissons de Dieu que cet acte de mourir pour instaurer le nouvel homme et pour permettre que l’homme soit. En ce sens, il est authentiquement vrai que Dieu meurt pour que l’homme soit. C’est le mouvement inverse de l’aliénation où nous voyons que l’homme meurt pour que Dieu soit, cette façon de se vider dans un être absolu. L’évangile ne nous parle que du mouvement inverse qui est que le Dieu tel qu’il était dans la loi et dans l’alliance meurt et, en s’anéantissant, annonce le nouvel homme.


La communauté chrétienne n’a pas autre chose à offrir aux hommes, que cette affirmation du Dieu qui se vide de la toute puissance de Dieu, pour l’homme, et qui permet le nouvel homme et ouvre une espérance où chacun est responsable, chacun à l’égard de tous ”.


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum) – CD 2
Virgin Classique, 1994 – plage 14


Le Dieu dont je vous parle depuis tout à l’heure, c’est donc un Dieu proche, un Dieu qui ne se présente pas sous la forme d’un souverain tout puissant mais sous la forme d’un serviteur. C’est un Dieu au service de nous tous, un Dieu enfoui dans les profondeurs de notre humanité.

Le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer disait : “ la religion a pensé un Dieu tout puissant et un homme très faible, et l’Evangile nous parle de la possibilité que l’homme soit, et soit fort dans toute la faiblesse de Dieu. Seul un Dieu faible peut nous aider, c’est le Dieu de Jésus-Christ ”.
Oui, en effet, Bonhoeffer a raison, seul un Dieu faible peut nous venir en aide. Et cela pour au moins trois raisons.

La première raison, c’est qu’ un Dieu faible, un Dieu qui se vide, c’est un Dieu qui nous libère de Dieu. Oui, le Dieu de Jésus-Christ nous libère de l’image la plus stéréotypée que nous ayons de Dieu, d’un Dieu tyrannique, tout puissant, un Dieu tellement puissant qu’il nous possède tous. Ce Dieu là il nous tient sous sa coupe. Il ne nous laisse aucune autonomie, aucune liberté. Tout est voulu, pensé, décidé par lui. Le problème avec un tel Dieu, c’est qu’il fonctionne comme une loi. Puisque c’est lui seul qui décide alors il faut tous se soumettre à ses décisions, il faut tous être à la hauteur de ses exigences. Il faut obéir à ce que Dieu veut.
Et forcément, devant ce Dieu-là nous sommes toujours coupables, coupables de n’avoir pas pu mieux faire, coupables de ne savoir ce qu’il faut faire, coupables de ne pas être à la hauteur de Dieu. Le Dieu dont nous parle l’apôtre Paul, c’est un Dieu qui meurt pour que l’homme soit possible. Pour qu’il ne soit plus écrasé. Pour qu’il ne soit plus le prisonnier d’un destin qui le dépasse. Pour qu’il ne soit plus le jouet de forces obscures. Ce Dieu qui se vide de Dieu, c’est un Dieu qui veut nous aimer tel que nous sommes, comme des êtres riches et complexes, faits d’ombre et de lumière. C’est juste ça le Dieu de Jésus-Christ, c’est juste ça et c’est énorme.

La deuxième raison c’est qu’un Dieu faible, un Dieu qui se vide, c’est un Dieu qui nous vient en aide parce qu’il nous dit oui. Il nous rend possibles. Il nous autorise à être. C’est là d’ailleurs que réside la grande autorité de Jésus-Christ. Non pas nous imposer une loi, non pas nous dire ce qu’il faut faire et penser, mais nous autoriser à être. Dans les Evangiles, Jésus n’arrête pas d’aller vers les uns et les autres pour les reconnaître, les valoriser, pour les prendre en compte.
Nous avons tous besoin de nous aimer pour pouvoir vivre. Nous avons tous besoin de nous sentir suffisamment en paix avec nous-mêmes pour pouvoir nous lier aux autres, pour pouvoir construire nos vies. S’accepter, c’est, par exemple, résister au poids et à l’emprise de cette culpabilité qui nous dévore bien souvent.. S’accepter, c’est s’accepter dans ses propres limites : Accepter que tout n’ait pas de sens, que tout ne soit pas possible, s’autoriser à douter, à dire “ je ne sais pas ”, à dire “ je ne sais plus ”. Et bien, Dieu, voyez-vous, c’est justement cette possibilité offerte à chacun de s’accepter, de se dire oui à soi-même.

Enfin, la troisième raison, c’est qu’un Dieu faible nous vient en aide parce qu’il nous libère pour les autres. Lorsque Dieu nous dit “ il est bon que tu existes ”, cela n’est pas une parole en l’air ou une parole facile. C’est une parole qui nous engage tous. Car ce Dieu qui nous dit oui, c’est par les autres qu’il nous dit oui. Le Christ, nous dit l’apôtre Paul, il se fait semblable à nous, semblable à vous qui m’écoutez. C’est à travers vous, c’est à travers nous, que Dieu valorise chacun. C’est en disant oui à l’autre que Dieu lui dit oui. De toutes petites choses : un regard attentif, une parole encourageante, un geste de soutien. C’est à travers de toutes petites choses que l’autre peut recevoir cette parole qui résume tout l’Evangile : il est bon que tu sois-là.


Le Christ ne nous renvoie pas à un Dieu de l’au-delà, souverain, dominateur. Le Christ, c’est la souveraineté de la main tendue. Une main tendue pour nous rend libres, une main tendue qui nous autorise à être et une main tendue qui nous invite à tendre nos mains vers les autres.


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 14

“ Lui qui était de condition divine n’a pas considéré
comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu.
Mais il s’est dépouillé,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes,
et, reconnu à son aspect comme un homme ;
il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé
et lui a conféré le Nom qui est au-dessus de tout nom,
afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse
dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
et que toute langue confesse que le Seigneur, c’est Jésus-Christ,
à la gloire de Dieu le Père. ”

A lire l’apôtre Paul, c’est le monde entier qui sera uni dans une confession commune, c’est le monde qui deviendra une louange vivante rendue à Jésus-Christ. C’est touchant et c’est extraordinaire de voir Paul y croire autant. De le voir mettre tant d’ardeur pour nous dire : Un jour, la langue de la foi ne sera plus une langue lointaine, ce sera la langue de tous et la langue de tous les jours. Un jour, ce Jésus-Christ Seigneur nous pourrons tous enfin le vivre et le partager.
Et ce jour, c’est celui-ci. Ce jour où il devient possible de se dire et de dire au monde : Me voici ! Puisque Dieu me rejoint et m’approuve, je peux alors dire “ me voici ”.

Avec une audace incroyable, l’apôtre Paul nous montre que ce Jésus-Christ glorieux que tous célèbrent, c’est précisément cette figure du serviteur proche de tous. Jésus-Christ devient alors une manière de dire le service rendu, le secours possible, le salut offert.
Christ, c’est juste le temps de dire à l’autre, oui, il est bon que tu existes.

C’est cela que j’ai souhaité partager avec vous ce matin. Voici l’image d’un Dieu qui se vide de lui-même pour nous dire oui, pour nous encourager à consentir à soi-même et au monde. Oui, il est bon que tu existes, il est bon que tu sois là. Dans la nuit du doute, Dieu, c’est cela. La Bonne nouvelle de ce oui, que nous pouvons tous recevoir comme un appel à vivre, comme un appel à revivre. Dans nos jours les plus sombres, lorsque plus rien ne semble vraiment crédible, Dieu, c’est tout ce qui vient nous rappeler cette évidence joyeuse des Evangiles, la véritable grâce, c’est juste celle d’être là, de pouvoir être tels que nous sommes.
Oui, il est bon que tu sois là : que cette parole te fasse du bien, t’accompagne et te bénisse !


MUSIQUE : Jean Sébastien Bach - Suites pour violoncelle (Ralph Kirshbaum)
Virgin Classique, 1994 – plage 12




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