|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Philippiens 2/6-11 Alphonse Maillot
Texte : Philippiens 2/6-11
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Je suis qui je serai — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année C [Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte – Trinité (18 dimanches et fêtes)]. Mission Intérieure de l’Eglise Evangélique Luthérienne, 1991 (p. 52-54). Dimanche des Rameaux Philippiens 2/6-11 Lorsqu'on explique ce texte, surtout quand on en fait (hélas !) une intemporelle confession de foi, il faut nécessairement se souvenir de la situation de l'Eglise de Philippes. Si elle est plus chère qu'une autre au cœur de l'apôtre, il n'empêche que cette Eglise connaissait de grands problèmes de « direction » : sans doute une compétition s'était déclarée pour savoir qui, des diacres et évêques (1/1), allaient, tout en prenant la succession de Paul, simple serviteur (avec Timothée), prendre la tête de cette Eglise. En effet, Paul est en prison et semble condamné à mort, ce qui l'amènera à leur rappeler qu'il n'est pas encore mort (1/25), il s'en faut ! Mais il veut aussi faciliter sa succession (apostolique), si succession il doit y avoir ; et il entend montrer en vertu de quels critères il conviendra de choisir le « bon » candidat. Ces critères sont énumérés en 2/1-5. Ce choix ne doit pas être fait dans la division, mais il doit être unanime (2/2) si possible, et surtout chacun des candidats doit apprendre à « avoir de la considération » pour les autres (v. 3-4), au point d'accepter qu'ils puissent devenir leurs supérieurs, avec au passage cette définition magnifique, car relationnelle, de l'humilité, qui consiste, non pas à se mépriser et se prendre pour le dernier des imbéciles, mais simplement « à avoir de la considération envers les autres ». L'humilité, ce n'est pas : Je suis bête, mais « Les autres ne le sont pas ». Bien plus difficile ! Paul enchaîne alors à l'adresse de ces notables philippiens qui pensent devoir se « faire (au nom de Jésus-Christ, sans doute !) mousser » : « Ils se comportent ainsi exactement à l'inverse de Celui qu'ils doivent et devront annoncer ». Ici, je suis persuadé que Paul utilise avec beaucoup d'astuce, une hymne philippienne, qu'il retourne contre ceux qui la chantent. Et que dit cette hymne (peu importe qu'elle puisse venir d'ailleurs) ? Que ce Christ Jésus, dont tous ceux qui auparavant auraient pu le voir (la « morphé », tel est le mot traduit par « forme » ou « condition », alors qu'elle est ce qu'on aperçoit) auraient conclu qu'il était Dieu, — et qu'il pouvait alors légitimement tout exiger des autres comme leur étant infiniment supérieur — ...eh bien, celui-là qu'on tenait justement pour Dieu, n'a pas, comme tous les hommes depuis Adam cherchent à y parvenir (Genèse 3/5), pensé, lorsqu'il est venu chez les hommes, devoir jalousement conserver comme un trésor son égalité avec Dieu ; mais, au contraire, il s'est vidé (bien plus fort que « dépouillé ») de tout ce qui pouvait être divin (v. 6-7). Il n'a plus été que « béance », disponibilité totale, qui accepterait d'être celui que les hommes voudraient qu'il fût. Il a renoncé à tout ce qui était privilège divin. C'est ce qu'on appelle la kénose (du verbe signifiant : se vider, évacuer). Je ne suis pas sûr que, si Paul avait dû rédiger lui-même cette hymne à la gloire du « Christ — creux », il l'eût fait dans les mêmes termes. Mais elle lui sert ici à montrer la « trajectoire salvatrice » du Christ, en miroir de l'essai d'enflure des divers ministres de Philippes. Trajectoire opposée, si bien que celui que chacun regardait comme Dieu, n'a plus été ensuite regardé que comme serviteur (ne pas traduire « esclave »). On peut voir ici que le synonyme de morphè (en « morphè » de serviteur) est : « Reconnu comme un homme ». Tous ceux qui l'ont connu, n'ont pu y voir qu'un (simple) homme, car lui, dans cette condition d'homme, a choisi la plus basse : celle de serviteur. Si l'on veut faire un peu de théologie, on peut voir ici que la fameuse querelle à propos des deux « natures du Christ » aurait au moins dû se méfier du terme piégé de « nature » ; surtout, si l'on définit la... « nature » divine (du Christ) comme ce qui caractérise le dieu des philosophes et des païens : infini, immuable, etc... ; omniscient, omnipotent, etc…, avec tous les attributs dont on affuble la divinité. On est alors enfermé, quand on veut le reconnaître honnêtement, dans le dilemme : — ou le Christ, d'une manière ou d'une autre, a gardé sa nature divine, et alors il n'y a pas eu de vraie kénose ; — ou le Christ s'est vraiment débarrassé de toute sa nature divine (païenne) ; il y a alors vraie kénose, mais plus de dogme des deux « natures »... A moins de se poser la question autrement : et si la vraie et pleine divinité du Christ (qui est finalement l'amour) s'était manifestée dans cet abandon, dans ce vide, dans ce dépouillement de tout ce qu'il pouvait revendiquer ? Et si sa divinité n'était pas justement de pouvoir et de vouloir l'abandonner ? Jésus-Christ alors parfaitement Dieu, parce qu'il a voulu être parfaitement homme, et qu'il l'a été (Luther l'avait vu). Sa divinité s'est manifestée dans la plénitude de son humanité. On sauvegarde ainsi ce qu'on perdait nécessairement. En tout cas, Dieu qui, dans l'Ancien Testament, s'appelait SEIGNEUR (YHWH : nom qui dissimulait Dieu plus qu'il ne le révélait) en a jugé ainsi, puisqu'à ce serviteur, homme parmi les hommes, il lui a donné son nom suprême : SEIGNEUR. YHWH a désormais un nom : (le Christ)-Jésus. Le sous-entendu est clair, si vous voulez un « titre », un « grade » dans l'Eglise, commencez par y vivre en serviteur. |
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Matthieu 21 v 1 - 11 Pierre Muller