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Nénémie 8 v 1 - 8 (Pierre Muller)
Frères et sœurs, en lisant ce chapitre de Néhémie, nous pouvons nous sentir en pays connu. En effet, la scène qui nous est racontée là ressemble à s'y méprendre à ce que nous sommes en train de faire en ce moment, puisque, à la lecture, vous avez pu repérer des éléments qui nous sont familiers :
* un moment de prière, * un geste d'adoration de la part de l'assemblée, * puis la lecture du livre de la Loi (nous dirions lecture de la Bible), * enfin chaque passage est expliqué par des hommes compétents, qui le font comprendre au peuple rassemblé. C'est tout simplement le schéma de ce qui deviendra le culte de la synagogue, qui est lui-même l'ancêtre du culte chrétien. Nous avons puisé dans les richesses du judaïsme pour construire notre propre liturgie. Alors, je vous propose aujourd'hui de reprendre quelques détails de cette description si vivante, pour essayer d'en tirer profit. -o- Notre récit commence donc par un rassemblement. "Tout le peuple, comme un seul homme, se rassembla". Notons bien — car c'est important — la forme du verbe "rassembler" : c'est le peuple qui se rassemble de lui-même. Personne ne le convoque, personne ne l'oblige à venir à une assemblée. On sent là un désir de se retrouver ensemble, le désir de mettre une journée à part pour être ensemble. C'est le peuple qui prend l'initiative. Et c'est encore lui qui demande à Esdras d'aller chercher le livre de la Loi et de le lire. Il s'agit probablement de ce qui deviendra le Pentateuque et qu'on désigne aussi par l'expression "la Loi de Moïse". Les gens ont donc envie d'entendre cette Loi, d'entendre la Parole de Dieu. Ils trouvent bon de se mettre à son écoute, non pas uniquement par une sorte de plaisir esthétique, mais parce qu'ils veulent y conformer leur vie, comme nous le verrons tout à l'heure. Et cette attitude, déjà, nous interpelle. Car, pour ce qui nous concerne, qu'est-ce qui nous amène au culte ? Ce n'est certainement pas la contrainte d'un commandement de l'Eglise : il n'y a rien chez nous qui ressemble à l'obligation catholique d'assister à la messe (obligation théorique, en tout cas). Alors est-ce l'habitude ? la tradition ? ou un autre motif ? En fait, le vrai mobile qui devrait nous pousser est celui-là même qui poussait les gens du temps de Néhémie : le désir d'écouter la Parole de Dieu. Pas l'envie de l'entendre seulement, car on peut entendre sans écouter. Mais le désir de nous laisser interpeller par cette Parole, un désir qui soit comme le besoin vital d'une nourriture solide et qui nous fasse vivre. Si nous ressentons ce besoin, nous ferons attention à la Parole de Dieu qui nous est dite. Nous serons comme ces gens rassemblés, dont on nous dit joliment que leurs oreilles étaient attentives au livre de la Loi. Après ce moment de lecture, vient le moment de l'explication. Le rassemblement dure une demi-journée, et pas seulement une heure comme nos cultes du dimanche. On peut supposer qu'Esdras lisait une portion de la Loi, puis que d'autres hommes l'expliquaient, après quoi on passait à la portion suivante. Le récit de Néhémie nous dit qu'Esdras est à la fois prêtre et scribe. Plus tard, ce sera le rôle des scribes que d'expliquer le Premier Testament et de montrer comment on doit le mettre en pratique. Nous avons ici la première ébauche de ce que sera l'institution des scribes à l'époque de Jésus. Aujourd'hui, dans nos églises, ce rôle est rempli par les théologiens et par les prédicateurs, qu'ils soient pasteurs ou non. Et c'est là que se produit une chose remarquable. En entendant commenter la Loi de Moïse, les gens se mettent à être tristes et à pleurer. Comment expliquer cette réaction ? Sans doute par le fait que les gens se rendent compte que leur vie n'est pas en accord avec cette Loi, autrement dit ils prennent conscience du décalage qui existe entre la vie qu'ils mènent et la volonté de Dieu. Ils prennent conscience de leurs erreurs et de leurs manquements. Leurs larmes sont des pleurs de repentance ; ils sont tristes de n'avoir pas répondu au projet de Dieu pour eux. Et cela pose la question de notre propre réaction en présence de la Parole de Dieu. La Parole glisse-t-elle sur nous comme la pluie sur les plumes d'un canard ? Faisons-nous le dos rond, pour la laisser couler, en attendant que ça passe ? Ou bien sommes-nous disposés à nous ouvrir pour recevoir la Parole, à ouvrir nos oreilles toutes grandes pour l'écouter, à ouvrir notre cœur pour qu'elle nous saisisse au-dedans de nous-mêmes ? La Parole n'est pas toujours facile à recevoir — c'est vrai —, parce qu'elle nous juge et nous dérange. Avec elle, nous ne pouvons pas cacher nos faiblesses et nos lâchetés, nous sommes bien obligés de les reconnaître. Sans doute pas au confessionnal, mais dans notre propre pensée. C'est alors que la Parole de Dieu nous conduit à réorganiser notre vie, à essayer de nous conformer à la volonté de Dieu. Toute écoute de la Parole est une occasion de remise en ordre, d'une révision de vie, d'une plus complète adaptation à l'Evangile. Alors, sur le moment, cela fait mal, et les gens pleurent. Mais les hommes qui leur expliquent la Loi de Moïse — on les appelle ici des lévites — leur demandent de ne pas être tristes. La tristesse n'est pas de mise en un jour comme celui-ci car, disent ces hommes qui font office de prédicateurs, ce jour est saint pour le Seigneur. Cette expression "saint pour le Seigneur" revient trois fois en trois versets ; c'est dire son importance. Parce que ce jour est saint, mis à part, on n'a pas à se lamenter. Le Seigneur est là avec le peuple rassemblé. Puisqu'il est présent, puisqu'on entre en communion avec lui, on ne doit pas rester triste, mais on doit se réjouir ! La joie est le sentiment naturel, quand on se trouve en présence de Dieu ! Et, là aussi, qu'en est-il de nos cultes ? Qu'en est-il de notre vie chrétienne ? Les protestants ont la réputation d'être austères ; nos cultes et nos temples sont souvent dépouillés, un peu mornes, et ils n'incitent pas forcément à la joie. Pourtant c'est le jour du Seigneur, le Seigneur nous accompagne dans la vie. Alors, pourquoi serions-nous envahis par la tristesse ? Réjouissons-nous plutôt et montrons que nous sommes joyeux ! Un culte dans la joie n'a jamais fait de mal à personne... -o- Les deux autres lectures bibliques proposées pour aujourd'hui nous permettent d'ajouter deux remarques. L'une des lectures, celle de l'évangile selon Luc, nous montre Jésus en train de participer au culte dans une synagogue le jour du chabbat. Comme c'est alors la coutume, c'est lui, l'homme de passage à Nazareth, qui fait la lecture biblique. Et c'est encore lui qui en donne l'explication. Lecture et prédication : nous retrouvons deux des éléments que nous avons repérés chez Néhémie. Ce qui est nouveau, c'est le commentaire de Jésus : "Aujourd'hui cette écriture est accomplie pour vous qui l'entendez". Nous pensons effectivement que Jésus réalise les promesses et les annonces du Premier Testament. Jésus-Christ nous apporte le pardon, la réponse à notre repentance et à notre regret de ne pas toujours nous accorder à la volonté de Dieu. Il nous apporte la vie. Il est la source de notre joie. Grâce à lui, notre culte peut être joyeux, et toute notre existence être pénétrée de sa joie. Jésus, c'est Dieu présent avec nous, et cette présence est notre joie ! Dans le récit de Néhémie, la joie s'exprime par un repas. "Allez, mangez de bons plats, buvez d'excellentes boissons", c'est le conseil que les lévites donnent au peuple rassemblé. Les gens sont donc invités à manger et à boire, mais on les invite aussi à partager avec ceux qui n'ont rien préparé. Le bonheur ne doit pas rester le privilège de quelques-uns, il doit être pour tous. Car tous sont liés ensemble, tous forment une unité. Et, dans le 3° texte, l'apôtre Paul exprime cette unité par l'image du corps. Nous sommes les membres d'un corps unique, dispersés sur toute la terre, mais rassemblés par la même foi en Jésus-Christ. Cette unité exclut l'individualisme et le particularisme. Nous avons à la vivre. Nous la vivons dans le culte, car nos rassemblements dominicaux ne sont pas la juxtaposition d'égoïsmes individuels ; ils doivent être le lieu où se manifeste notre volonté d'être ensemble et de rester unis dans l'écoute et la mise en pratique de la Parole de Dieu. C'est cette Parole qui nous construit, et qui construit l'Eglise dans la foi et dans la joie. -o- L'épisode que décrit ce chapitre de Néhémie — où, d'ailleurs, Esdras joue un rôle important — se passe dans les années 440 avant notre ère. C'est un temps de reconstruction. Il faut reconstruire le pays dévasté par la guerre, reconstruire le peuple dispersé par l'exil, reconstruire la foi éprouvée par les événements. On a besoin de retrouver ses racines. Eh bien, la lecture et le commentaire de la Loi du Seigneur est un moyen de revenir aux sources. Pour nous aussi, la lecture et la méditation de l'Evangile sont une source de vie ; elles bâtissent nos personnes et nos communautés. Il est bon d'écouter pour vivre, et pour vivre ensemble. Amen. D'après Louis HONNAY : Prédication pour le 29.01.1989. Autres textes de la même catégorie
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Luc 01 v 1-4 Pierre Muller