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Michée 5 v 1 - 5 (Alphonse MAILLOT et André LELIEVRE)



Texte : Michée 5/1-4a
Genre : Commentaire
Auteur :
Source : Actualité de Michée — Un grand petit prophète. Labor et Fides, 1976 (p. 91-93).
Extrait paru in : Le Christianisme au XX° siècle, n° 46, du 06.12.1976 (p. 8).



L’étable de Luc est dans la plus parfaite logique de ce texte. Il fallait, dans la ville la plus minable, trouver ce qu’il y avait de plus sordide. Parallèlement, on aura remarqué que Matthieu a lu (ou compris) exactement le contraire de Michée : “Toi, Bethléem-Ephrata, tu n’es certes pas le plus minable des clans de Juda” (Matthieu 2/6). Soit il a mal lu (le texte n’est pas parfait, ni totalement clair) ; soit il avait un autre texte (c’est improbable) ; soit plutôt il a, à son habitude, interprété : “Maintenant que le Christ est né, toi, la ville de David, tu n’es plus la plus minable ; tu es désormais la plus grande”.

Matthieu a, en effet, l’habitude de lire l’Ancien Testament au travers de son accomplissement en Jésus-Christ, et il n’a pas peur de donner, dans ce cas, un petit coup de pouce aux textes.

Après avoir noté que nous avons ici la grande promesse dont vivait (et vit encore) Israèl, nous ajouterons qu’elle ne fait allusion à aucune oeuvre humaine ; cette promesse est inconditionnelle et donc certaine, car Dieu tient à être seul pour l’accomplir. C’est par lui et pour lui que sortira celui qui gouvernera Israèl, celui qui sera lui-même la Paix. C’est pourquoi ce messie semble bien être sans père connu. Ce Sauveur ne peut venir que de Dieu.

Certes, il est hautement improbable que Michée ait pu songer à une conception du messie par le Saint-Esprit ; ça n’aurait rien voulu dire pour lui.

Le père terrestre de ce messie ne l’intéresse pas ; cela d’autant plus qu’il se pourrait qu’il songe à Bethléem quand il parle de “la femme en travail” (v. 2).

En fait, ce roi sera, pour Michée comme pour Esaïe, un enfant sans père : ce sera sa petitesse et sa grandeur. Car finalement, c’est le Seigneur qui sera son père. En effet, nul homme ne peut donner à ce monde son messie.

A cela il faut ajouter les liturgies d’intronisation du roi (cf. Psaume 2, 20, 21 et 110, entre autres), où des phrases comme Psaume 2/7 font disparaître jusqu’au souvenir de la paternité humaine.

Rappelons d’autre part cette idée israélite malheureusement souvent ignorée : la femme n’est pas considérée comme participante, mais comme réceptacle. Elle ne donne pas la moitié de l’enfant, elle le reçoit tout entier du père, elle le nourrit et le restitue (1).

Elle ne conçoit pas, elle reçoit ; c’est d’ailleurs encore évident dans certaines langues, où de plus l’enfant est “mis au monde”, tandis que dans la langue française, ô merveille du volontarisme gaulois, il naît. Cela nous empêche de bien comprendre Jean 3, où il faut traduire : “Si quelqu’un n’est mis au monde, d’en haut...”, le terme traduit par “de nouveau” est plus exactement rendu par “d’en-haut” ; cf. traduction TOB de Jean 3.

On peut de même se demander si l’Eglise primitive n’a pas voulu, elle aussi, par sa mise en valeur de la conception virginale, insister sur l’impossibilité où se trouve le monde d’enfanter son propre salut. On peut, en conséquence, se demander si toutes les attaques contemporaines contre cet article du Credo, ne cachent pas une attaque contre un salut qui a Dieu pour unique origine, et s’il ne s’agit pas d’un essai détourné, mais réel, de mêler l’homme à la création de son salut, d’en faire un co-auteur de sa délivrance ? Qui ne voit qu’en fin de compte, c’est la gratuité et la totalité du salut qui sont en cause ?

Mais une autre remarque sur ce passage doit encore être faite : Michée (et la liturgie) a compris que Dieu choisissait ce qui était le plus minable, Bethléem, et suivait cependant son plan en revenant à cette ville. Ce choix du plus faible n’est donc pas pur caprice. Ce n’est pas que Dieu revienne en arrière, mais il veut que s’accomplisse, dans cette ville, ce qui avait été annoncé une première fois. Conformément à tout l’Ancien Testament, le messie ne naîtra pas n’importe où, il n’est pas la négation du temps et de l’espace ; il “obéit” à la géographie et il accepte l’histoire.

C’est pourquoi il naîtra à Bethléem, et le Nouveau Testament ajoutera sous César-Auguste, au temps de Quirinius.





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(1) Cela est fort important pour l’élaboration d’une saine mariologie. Mais nous ne prétendons nullement que cette idée soit juste scientifiquement. Nous essayons seulement de replacer certaines affirmations dans le contexte de leur civilisation.




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