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Matthieu 5 v 1-12 Alphonse MAILLOT
Texte : Matthieu 5/1-12
Genre : Notes homilétiques Auteur : Alphonse MAILLOT Source : Voici l’homme — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Avent-Noël-Epiphanie jusqu’au Carême non compris). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, s.d. (p. 92-95). 4° dimanche ordinaire Matthieu 5/1-12 Mais, arrivés ici, tremblez ! (Mais pas pour la raison qui vous vient immédiatement à l'esprit : ce texte nous serait impraticable ! Non ! Tremblez, car nous en avons fait un texte impraticable. Or, c'est un texte "multitudiniste", tout le contraire d'un texte "élitiste"). Car, après ce texte des Corinthiens qui crie que Dieu a choisi les misérables pour être les vecteurs de sa puissance, en revanche les Béatitudes apparaissent (trop souvent) comme le vademecum du grand-chrétien-champion-toutes-catégories. Et si je ne me trompe, un concile ancien en fit la charte à laquelle pouvaient et devaient exclusivement se plier les "meilleurs" dans nos Eglises, le plus souvent en l'occurrence les moines. Les Béatitudes sont ainsi devenues une sorte d'idéal trouble qui décourage le commun des mortels et le commun des chrétiens (contre le texte précédent). Il y a là une anomalie redoutable. Car ce texte a été dit et écrit clairement pour rendre courage aux... découragés, aux délaissés par tous les grands, par l'élite précisément que pouvait comporter Israël (puis l'Eglise). Il y a là au moins une question ! Plusieurs remarques préliminaires s'imposent : 1) Si Luc fait de ce Sermon sur la Montagne, et probablement avec plus de justesse géographique que Matthieu, un sermon dans la plaine (Luc 6/17, et combien a-t-il raison !), Matthieu, lui, veut essentiellement relever que le vrai Moïse, c'est Jésus, et qu'il est même Celui (YHWH) qui donne la Loi (Torah) ; c'est pourquoi il fait monter Jésus sur ce nouveau Sinaï qui d'ailleurs est, d'après la tradition globalement fidèle, une simple colline paisible ; et si seuls les disciples (probablement au sens large) sont tout près de lui (Matthieu 5/1), l'évangéliste n'a pas oublié les foules présentes (idem). Si Matthieu a noté les similitudes avec Moïse, Luc en relève bien les différences. Le nouveau Sinaï n'a plus rien de terrible, tout le monde peut s'en approcher, tout le monde peut s'en approprier le message (on relira Exode 19/9-29). Les Béatitudes ne sont donc pas un Décalogue-bis ! 2) Le mot "Béatitude" n'est pas (plus)... "heureux" ! En effet, même si le jeu de mots de Chouraqui : "En marche !" (Bouttier : "Debout !") reste d'abord un jeu de mots, il n'en est pas moins vrai que ce terme : "Heureux..." se veut surtout un encouragement à tous ceux que la vie et les hommes ont découragés ou méprisés ou délaissés. Jésus leur promet et leur déclare que c'est pour eux qu'il est là, et que toute son œuvre leur est destinée en priorité. Preuve en est que ce fameux "Royaume des cieux", dont les grands s'étaient fait la chasse gardée (Matthieu 23/13), est pour ces "laissés pour compte", les exclus du Royaume. Avec les "Béatitudes", Jésus embauche à sa suite tous ceux qui étaient condamnés à l'oisiveté. 3) a) C'est pourquoi, après avoir compris "les pauvres quant à l'Esprit" du v. 3 comme les "volontairement-pauvres" et sans y renoncer définitivement, je reviendrais volontiers à la vieille interprétation si décriée : les "pauvres types", ceux que les autres (et parfois eux-mêmes) tiennent pour de "pauvres gens", aussi bien pauvres en argent qu'en intelligence ou en vertu. Le Royaume des cieux est d'abord pour ceux-là : les "sevrés du Royaume", les "fauchés du Royaume" ! b) Quant aux "doux", n'ayez pas peur d'y voir les... "poires", ceux qui se laissent faire. Ils retrouveront avec Jésus ce dont on les a privés. c) Jésus prend ceux qui pleurent, non par dolorisme, mais parce qu'ils sont nombreux et que, naturellement (avec les meilleures excuses), nous les laissons tomber (Romains 12/15). Mais il s'adresse aussi à ceux qui refusent les consolations, les anesthésies si faciles, que nous leur administrons si vite... pour nous en débarrasser. d) "Ceux qui ont faim et soif de justice" : il faut probablement, non seulement penser aux perpétuels brimés (ou à ceux qui se croient si facilement tels), mais à ceux qui vivent sans chaleur humaine. La justice de l’Ancien Testament a toujours un côté chaleureux, ouvert, que notre justice glaciale et vengeresse oublie trop vite. Ce n'est certainement plus : "Faim et soif de vengeance ou de ressentiment", mais "faim et soif d'être considérés comme des hommes", sinon comme des frères. e) "Les miséricordieux" sont ceux qui éprouvent de la pitié devant la misère des autres (Luc 10/33). C'est l'antithèse des "blindés"... que souvent nous devenons, jusque dans le ministère pastoral. f) "Les cœurs purs" sont les gens d'un seul amour ! C'est l'antithèse des cœurs doubles du Psaume 12/3 (ou les amours doubles de Matthieu 6/24 ; cf. Jacques 1/8). Mais il ne faut pas exclure le sens de "cœurs simples" (probablement meilleur comme traduction). g) "Ceux qui répandent (font) la paix" : les Proverbes apportent ici un éclairage sur ces gens qui, au lieu de causer ou d'attiser les disputes, s'emploient paisiblement à les calmer (Proverbes 11/13b ; 12/16b, 18b, 20b ; 15/1a, 18b, 23 ; 16/24 ; 19/11, etc…). Bien entendu, il ne s'agit pas ici d'oublier ceux qui, à une plus grande échelle, s'essaient à calmer les rancunes, les haines (et parfois les causes de ces rancunes) ou à réduire les armements, à limiter et à terminer les guerres et leurs occasions ; cependant Jésus place ici la barre à la hauteur de chaque chrétien ; là où il est, il peut être un "pacifique pacificateur". h) "Les persécutés pour la justice" est expliqué par la Béatitude suivante : pour la cause de l'Evangile, qui va, dès la plume de Paul (Romains 1/16s), se confondre avec le plan de justice de Dieu. Ce n'est que secondairement (ce qui ne signifie pas "illusoirement" ni "vainement") qu'on peut voir dans "les persécutés pour la justice-entre-les-hommes", ceux de notre Béatitude. Il est évident que ceux que désigne cette Béatitude devraient, dans la ligne de l'Evangile, être aussi les premiers à aider pour plus de justice entre les hommes. Ne serait-ce qu'à cause de la générosité humaine que donne la vraie justice de l'Evangile. 4) Nul chrétien ne peut prétendre être homme de toutes les Béatitudes. Choisissez-en une, ou plutôt laissez-vous choisir par l'une d'entre elles, et vivez-en alors la promesse toujours conjointe. |
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Matthieu 05 v 1-12 Jérôme Cottin