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Matthieu 3/1-12 Alphonse Maillot



Texte : Matthieu 3/1-12
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Voici l’homme — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Avent-Noël-Epiphanie jusqu’au Carême non compris). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, s.d. (p. 21-24).



Matthieu 3/1-12

Il faut nous convertir... mais justement, prioritairement, à propos du terme "convertir". En effet, nous cherchons à l'accaparer, à l'aseptiser, à le neutraliser, et ainsi nous le confondons :

- soit avec une expérience qui, toute religieuse ou mystique qu'elle soit, n'en reste ou n'en devient pas moins, d'abord, une expérience humaine ;

- soit avec une pure révolution intellectuelle qui, toute révolutionnaire (théologiquement ou doctrinalement) qu'elle soit, n'en reste ou n'en devient pas moins une simple révolution humaine, etc…

La conversion, sans devenir pour autant une hantise de changements ou la préoccupation de girouettes, est quand même disposition ouverte à un éventuel bouleversement de nos compréhensions et de nos valeurs habituelles, disposition à une "mise en question" de certaines de nos certitudes, sinon de toutes.

C'est pourquoi la conversion chrétienne est préliminairement "écoute", ou disposition à l'écoute, ouverture... Facile à dire, encore plus facile à écrire, et pourtant ! Mais il est clair que le choc émotionnel ou le bouleversement intellectuel, aussi réels soient-ils, sont secondaires par rapport à cette acceptation de la révision, et à la mise en cause de nos repères, de nos critères, etc… Même si le mot "méta-noia" insiste surtout sur le bouleversement de la pensée (noia = nous = pensée) et rappelle qu'il faut nous apprêter à "ne plus penser comme jusqu'alors nous pensions".

En fait, chaque Juif, tout en attendant le Messie (car l'attente du Messie était forte), pensait que ce Messie le "conforterait" dans son univers, dans ses habitudes, dans sa théologie ; peu pensaient que cela changerait leur existence de fond en comble. Et le Baptiste vient leur dire : "Ça va chambouler toutes vos existences, et tout dans vos existences. Car le Royaume — que vous conceviez finalement comme une réalité hors du temps et sans autre conséquence personnelle actuelle qu'un vague espoir —, Dieu va venir lui-même et lui seul l'établir, et il est si proche que déjà il doit perturber, chahuter, mettre en question vos existences présentes. Vous ne pouvez pas attendre, passifs, ce Royaume, mais y conformer déjà votre pensée, votre conduite. Vous ne pouvez pas vous contenter d'être spectateurs du Royaume, mais déjà vous devez y participer, et, par exemple, faire le ménage dans vos vies" (ce que montrera le baptême, cf. plus loin).

Rappelons que, malgré les évangélistes et les traducteurs, abusés par une mauvaise ponctuation, il faut traduire (conformément à Esaïe 40/3) : « Une voix proclame : "Préparez dans le désert, un chemin (pour le) Seigneur, aplanissez sa route !" ».

Nous avons déjà vu quel rôle Elie jouait dans la pensée et la vie juives de l'époque (cf. Marc 1/2ss, 9/11-13,...) ; Jean-Baptiste s'assimile (ou est assimilé par les évangiles) à Elie devant précéder le Messie ; et comme Elie, après le Carmel, il se rend au désert (tout relatif ; cf. les notes TOB qui rendent, d'ailleurs, presque toutes les remarques ci-dessus superflues, et c'est bien ainsi), où il fait une sorte de retour à la nature (v. 4) évoquant non seulement le séjour d'Israël au désert, mais peut-être aussi (cf. le texte d'Esaïe) un retour à l'Eden.

Cependant, je ne vais plus du tout être d'accord avec la TOB quand, en fait, elle confond allègrement (note k) le baptême de Jean-Baptiste avec le baptême chrétien, et déclare : "Parce qu'il est offert à tous... et n'est reçu qu'une fois, le baptême (de Jean-Baptiste) diffère profondément des ablutions... des Esséniens".

Or, rien ne contraint le baptême de Jean-Baptiste à être unique... au contraire ! Donné essentiellement pour le pardon des péchés et accompagné de la confession de ceux-ci (v. 6), il n'est qu'un nettoyage qui, comme tout nettoyage, n'est que temporaire (cf. v. 11). Des péchés reviendront, et alors le baptême-décrassage redeviendra nécessaire. Or, le baptême chrétien est unique. C'est Paul qui démontrera pourquoi (Romains 6/1-11), en "historicisant" le baptême et en rappelant qu'en fait il est appropriation individuelle de la mort (unique) du Christ et de sa résurrection (unique, elle aussi).

Mais il est vrai, en revanche, qu'en liant le baptême au bouleversement de la "conversion" — et à la confession et non la reconnaissance (Lectionaire catholique) des péchés —, Jean-Baptiste l'éloignait déjà des nettoyages quotidiens que s'imposaient les Esséniens (dont il était probablement) ; cependant répétons bien que l'unicité de son baptême ne s'imposait nullement.

Bien entendu (surtout après la lecture de Romains 15 qui a précédé), on s'interrogera sur l'accueil que réserve Jean-Baptiste aux pharisiens et sadducéens (Matthieu 3/7) : "Race de vipères...". De plus, comment "essaient-ils de fuir la colère qui vient" ? Probablement :

a) en se rassurant à l'aide de leur judaïté (v. 9). Ils sont fils d'Abraham, donc rien ne pourra leur survenir qui les écarte des promesses de Dieu ;

b) en se rassurant avec leurs fonctions et les performances "légales" (ici, réhabiliter, en particulier, les pharisiens) qu'ils peuvent accomplir. Non seulement ils sont juifs, mais la crème juive (lire ici Philippiens 3/4-7). Or, ce n'est pas simplement d'oeuvres légales que Dieu se contentera. Il veut un autre fruit, celui que le Christ permettra aux sarments (dont il est la vigne) de porter (Jean 15). On remarquera enfin que le Messie Jésus n'envisagera pas sa mission de manière aussi redoutable que le Messie de Jean-Baptiste, trop conforme aux pensées apocalyptiques des Esséniens... Heureusement ! Même si l'avertissement de Jean-Baptiste ne doit pas rester lettre morte…




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