|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Matthieu 28 v 1-10 ; 1 Pierre 1/3-9
Textes : Matthieu 28/1-10 ; 1 Pierre 1/3-9
Genre : Prédication Auteur : Michel CORNUZ Source : Prédication pour Pâques 2002 à Baden (Suisse) Lien direct : Louange de Pâques La louange de Pâques Les chants de Pâques sont magnifiques! Ils témoignent avec leurs "alleluias" répétés de la Victoire de Dieu, la Victoire de la Vie sur la mort, de la Lumière sur les ténèbres, de la Joie sur les tristesses du monde. Quand nous les chantons, nous sommes transportés par leur puissance, comme si nous abandonnions le temps de ces chants notre quotidien terne ou sombre, nos existences avec leurs fardeaux et leurs soucis, notre monde avec sa violence et ses haines… Ces chants nous transportent dans le monde de Dieu : "au ciel" pour prendre une image spatiale, où selon les Pères de l'Eglise, nous participons déjà à la liturgie céleste, ou à la "fin de l'histoire" pour prendre une image temporelle, quand sera manifestée la Gloire de Jésus Christ, qui essuiera toutes larmes de nos yeux et sera tout en tous. Quelle que soit la référence, il y a l'idée d'un déplacement: nous prenons de la hauteur, ou du recul (mais peut-être faudrait-il dire de l'avance!) pour acquérir un nouveau point de vue sur notre vie et sur celle du monde: Un point de vue qui nous permet de regarder ce que nous vivons avec des autres yeux: non plus avec le regard défaitiste qui proclame qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil", que tout est recommencement des mêmes échecs et difficultés, mais avec le regard de l'espérance qui découvre des nouvelles possibilités de vie là où tout semble mort, des nouveaux chemins là où, à vues humaines, on semble se trouver dans des impasses sans issue, des ouvertures inouïes quand nous semblons avoir roulé devant nos cœurs la lourde pierre des déceptions et amertumes… Il me semble vraiment que quand nous chantons de tout notre être, ces hymnes de Pâques, quelque chose au plus profond de nous se débloque pour que nous puissions nous ouvrir à plus de vitalité et à plus de joie… L'on entre ainsi dans l'expérience de Pâques, dans l'expérience de la Puissance de Dieu qui est vainqueur de tout ce qui cherche, et bien souvent réussi, à nous diminuer et à nous amoindrir! Saint Augustin connaissait déjà de son temps cette expérience bouleversante du chant, il écrit: " Oh le bienheureux Alleluia de là-haut, dans quelle sécurité nous le chanterons! Louange à Dieu là haut! Louange à Dieu ici-bas : mais louange pleine de crainte ici, et sans inquiétude là-bas. Aujourd'hui donc, mes frères, chantons non encore pour savourer notre repos, mais pour soulager notre fardeau. Chante, comme a coutume de le faire le voyageur: chante, mais en marchant; oublie ta fatigue en chantant; mais prends garde à la paresse! Chante et marche!" Merveilleux texte, qui nous montre la fonction du chant : il n'est pas là pour nous illusionner, comme si nous faisions semblant d'être déjà au ciel et de n'avoir plus aucun souci, nous ne chantons pas encore le chant final du repos en Dieu, mais il est là pour nous encourager, nous fortifier, nous soulager, nous faire oublier notre fatigue dans notre marche au milieu de ce monde non encore réconcilié! Canta et ambula! Chante et marche ! dit Augustin, pour pouvoir marcher d'un meilleur pas au milieu des épreuves de la vie, pour pouvoir aussi réconforter ceux qui peinent sur le chemin! L'hymne de louange de l'épître de Pierre ne dit pas autre chose: Pierre d'abord loue Dieu pour son immense amour manifesté dans la Résurrection de Jésus Christ qui fait "renaître" le croyant à une vie nouvelle, marquée par l'espérance. Le fondement de l'espérance n'est donc pas en nous-mêmes, dans un état d'esprit optimiste ou une "pensée positive", mais ce fondement est extérieur à nous: il est dans l'acte de Dieu qui relève Jésus de la mort; c'est ce qui permet aussi à ce fondement d'être stable et solide, et de ne pas dépendre des fluctuations de notre humeur, de la météo changeante de notre moi! "Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ: Dans son amour, il nous a fait renaître en ressuscitant Jésus Christ. Nous avons ainsi une espérance vivante" Ensuite Pierre reprend les deux images spatiales et temporelles pour affirmer que les croyants déjà maintenant peuvent se réjouir de cet "héritage" incorruptible qui est "dans les cieux" et qui leur sera pleinement transmis à la fin des temps: Nous pouvons nous réjouir des biens que Dieu réserve aux siens. Ce sont des biens qui ne peuvent ni se gâter, ni se salir, ni perdre leur éclat. Dieu les réserve dans les cieux pour vous que sa puissance garde par la foi, jusqu'à ce que vienne le salut, prêt à être révélé à la fin des temps" L'espérance permet d'avoir déjà un avant-goût de cette Plénitude qui nous attend et que l'on reçoit ici-bas dans la foi. Mais cela se vit dans la tension avec des réalités douloureuses. Pierre sait que le croyant vit encore dans ce monde où il y a beaucoup de difficultés; il n'appelle pas à une fuite des réalités, mais, au cœur de ces adversités, qui servent à éprouver la foi, à la rendre plus forte, le croyant peut malgré tout déjà jubiler, exalter, louer Dieu : "Aussi tressaillez-vous d'allégresse même s'il faut que pour un peu de temps vous soyez affligés par diverses épreuves… Vous vous réjouissez d'une joie glorieuse si grande qu'elle ne peut pas s'exprimer par des paroles" Et n'oublions pas que ces propos sont dits à des chrétiens qui étaient persécutés à cause de leur foi! Il y a là toute la force de la vie chrétienne! Une vie de louange et de joie en plein cœur d'une réalité contraire. La Résurrection du Christ est le fondement de cette espérance qui fait renaître le croyant à une vie nouvelle, marquée par l'allégresse même quand il doit traverser des épreuves difficiles. C'est le chant, la louange, qui peuvent alors nous faire réellement expérimenter cette Puissance de Résurrection au milieu d'un quotidien souvent marqué par l'absence de Dieu, "Lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore". Il y a plusieurs années a paru un livre intitulé "La puissance de la louange", le titre peut prêter à confusion, pouvant faire croire que c'est notre prière par elle même qui est puissante, on serait proche de la magie! Mais il révèle quelque chose de juste: la louange nous fait entrer dans le monde de Dieu et nous permet - déjà ici-bas, dans notre marche, au milieu de nos craintes et inquiétudes (comme le disait Augustin), de faire l'expérience de cette Puissance de Résurrection qui roule les pierres des tombeaux dans lesquels nous sommes enfermés! Un texte des Actes des Apôtres exprime cette délivrance dans la louange. Dans Matthieu, nous avons entendu que la nuit de Pâques il y eut un puissant tremblement de terre, comme pour affirmer que la Résurrection ébranle les fondements de notre vie… Luc dans les Actes reprend cette même image pour décrire l'effet de la louange: Paul et Silas sont en prison, jetés dans une geôle obscure et les Actes (chap. 16) nous content ceci : Vers minuit, Paul et Silas, en prière, chantaient les louanges de Dieu: les prisonniers les écoutaient. Tout à coup, il se produisit un si violent tremblement de terre que les fondements de la prison en furent ébranlés. A l'instant, toutes les portes s'ouvrirent et les liens de tous les prisonniers se détachèrent" Un texte éblouissant en ce jour de Pâques! En plein cœur de leur prison, au milieu de la nuit froide, Paul et Silas ne se lamentent pas (ce qu'ils auraient pourtant pu faire), ils ne prient même pas pour que Dieu les délivre, mais ils chantent les louanges de Dieu! On pourrait dire qu'ils se décentrent d'eux-mêmes, de leurs préoccupations et soucis, pour entrer dans le monde de Dieu, Le contempler et L'adorer! Et alors le miracle de la Résurrection se produit: la terre tremble, les portes s'ouvrent et les liens tombent! C'est l'expérience que nous pouvons vivre aujourd'hui en chantant nos hymnes de Pâques : Quand du cœur de notre prison (quelle qu'elle soit: ce peut être la peur, la solitude, la dépression, la culpabilité, le désir de plaire etc…), nous louons Dieu, nous savons que nous sommes, malgré nos chaînes, dans sa main. Il se peut que la terre commence alors à trembler en nous. Les murs qui masquaient la vraie vie vacille, les portes s'ouvrent. Nous ne vivons plus séparés de nous-mêmes, mais nous avons accès à notre intimité et nous pouvons nous ouvrir aux autres. Ainsi, en exultant de la joie pascale, en louant Dieu pour son acte de Résurrection, sans vouloir quelque chose immédiatement pour nous, nous pouvons avoir un pressentiment de la liberté au cœur de nos prisons, faire l'expérience de la confiance malgré nos peurs, et vivre ici-bas, déjà maintenant, un avant-goût de la Plénitude du Ciel. |
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Luc 02 v 40-52 Laurent Schlumberger