|
|
Accueil |
Envoyer à un ami |
Version imprimable |
Augmenter la taille du texte |
Diminuer la taille du texte
Matthieu 24 v 37-44 David Mitrani
Texte : Matthieu 24/37-44
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 02.12.2001 à Jarnac (16). Avent. L'attente d'une venue, d'un avènement. Préparation de Noël, pour nous chrétiens, qui croyons que Jésus est "celui qui doit venir", pour nous qui reconnaissons dans l'enfant de la crèche et le supplicié de la croix tout à la fois le Messie d'Israël, le Seigneur du monde et le Fils de l'homme, le juge du Dernier Jour. Mais alors, me direz-vous, si c'est la préparation de Noël, c'est joyeux ! Pourquoi lire alors ces terribles annonces de jugement, où tout le monde n'est pas sauvé ? D'abord, parce que le fait que le Juge soit aussi notre Avocat n'empêche pas que procès il y a. Le fait que nous n'ayons aucune crainte quant à son issue pour nous ne rend pas ce procès sans intérêt. Et même si, avec l'évangile de Jean, nous considérons que ce procès ne nous concerne pas, il faut bien reconnaître que rien, dans la Bible, n'en dispense les autres. Célébrer la venue du Fils de l'homme, c'est donc bien célébrer l'ouverture d'un procès. Car les humains vivent toujours en rupture avec Dieu. Mes bons sentiments à l'égard de mon prochain, qui d'ailleurs ne vont pas jusqu'à lui tendre la main ou jusqu'à le considérer comme mon égal, surtout s'il m'a fait des crasses, ou si nous ne sommes pas d'accord, ou s'il ne vit pas comme moi, bref, mes bons sentiments ne tiennent pas lieu de jugement de Dieu à son égard… et heureusement, après tout ! Car Dieu est en procès avec les humains, qui depuis toujours vivent comme des cochons. Chacun d'entre nous va penser que non, pas moi, quand même, moi je vis mieux que ça… Oui, sans doute, mais avec quels efforts ! Vivre en communion avec Dieu, vivre du lever au coucher les commandements de la Loi de Dieu, cela ne nous est pas naturel, pas plus à nous qu'aux autres. Nous avons d'autres raisons de vivre que Dieu, nous avons d'autres centres d'intérêt que Dieu et nos prochains, à commencer par nous-mêmes : nous sommes à nos propres yeux un centre d'intérêt bien plus excitant que tout le reste. Il n'est que d'entendre comme nous parlons de nous-mêmes en maintes occasions… Dieu est en procès avec le monde, avec l'humaine manière de vivre, de l'ignorer, lui, de mépriser les autres. Dieu est en procès et, mes frères et sœurs, si vous regardez bien la sainteté de Dieu, et si vous regardez bien à quoi ressemble le monde, du bout de la planète jusqu'à votre porte, et même plus près que ça, à n'en pas douter vous devinerez quelle doit être l'issue du procès, oui, certainement vous aurez compris qu'aucune circonstance atténuante ne pourra retenir la sentence. Ce jugement est le même que depuis toujours, et la Bible, en ses premières pages qui parlent de nous tels que l'histoire ne nous a changés en rien, la Bible lui donne un nom et une image, à ce jugement : le Déluge. Notre monde en est-il conscient ou bien est-ce seulement inconsciemment que les studios Disney nous sortent l'histoire de l'Atlantide, que les géophysiciens tentent de retrouver l'événement qui a donné lieu à des récits de déluge, que les climatologues s'interrogent sur la fonte des glaciers et la remontée du niveau des mers, etc…? Conscience des échecs d'une civilisation et peur du Déluge, il est toujours tentant de lire dans les catastrophes qui nous atteignent les signes avant-coureurs du cataclysme final. Rien de très joyeux là-dedans, penserez-vous. Non. C'est le monde des humains et l'histoire des humains, dans le regard des humains. Dans cette vision, Dieu n'est pas… Ça a beau être une peur métaphysique, ça reste une peur laïque, ou religieuse, c'est pareil, religieuse d'une religion où la culpabilité tient lieu de divinité toute-puissante. C'est à elle qu'on est prêt à sacrifier les libertés publiques, la solidarité humaine, et même la vie de mon voisin. La peur engendre la peur, la culpabilité engendre non pas le repentir, mais de nouveau la faute. Jusqu'au Déluge… Or, chers amis, il se trouve que cette vision n'est pas, n'est précisément pas, celle de notre texte. Oui, le Fils de l'homme vient, et c'est donc pour juger le monde. Mais il est à la fois plus critique que notre propre regard, et plus bienveillant. Plus critique d'abord. Il ne regarde pas aux catastrophes naturelles ou humaines, il ne compte pas entre Israéliens et Palestiniens qui a fait le plus de morts cette semaine, il n'a pas forcément un avis sur la participation des Pachtounes au prochain gouvernement de transition en Afghanistan ni sur l'emplacement du site chimique de Toulouse, etc… Je me demande même si l'avenir du vignoble charentais le tourmente à ce point… Mais ce dont il parle, c'est de vous et de moi, c'est de notre quotidien, un quotidien où les hommes sont aux champs et les femmes à la meule, pour reprendre les images qu'utilise l'évangéliste. Ce dont parle le Juge qui vient, c'est de notre attachement à ce monde, à ce qui constitue notre vie de tous les jours, le manger et le boire, les noces, etc… En fait, là où nous investissons notre identité. Qui es-tu ? De quoi vis-tu ? Eh bien, je fais ceci et cela, et mes enfants, et leurs enfants, et mon métier, et mes amis, et ma santé, et la tienne, et le temps qu'il fait, et le temps que je n'ai pas… Oui, tu appartiens bien à ce monde, tu appartiens bien à la terre, tu ne regardes pas plus loin, tu n'as pas d'espérance au-delà de ton horizon. T'étonnes-tu d'avoir mal ? Ta maison est trop petite, tu devrais sortir un peu, respirer, voyager, tu devrais détacher ton regard de tes chaussures et regarder les oiseaux du ciel et les lys des champs… Plus critique que nous, je vous le disais, moins indulgent à notre égard que nous ne le sommes nous-mêmes. Nous nous trouvons facilement des excuses. Lui, il ne les accepte pas. Et cela nous remet en question, non ? Mais ce Juge est aussi bien plus bienveillant que nous… Combien de nos semblables nous paraissent-ils "sauvables" ? Si nous faisions sérieusement l'exercice, en laissant de côté les bons sentiments dont je parlais tout à l'heure, je ne suis pas sûr qu'on arriverait à un total tellement impressionnant ! Bien sûr, nous ne connaissons, chacun, qu'un assez petit nombre de gens. Mais quand même… C'est bien ce qui nous rend tristes ou perplexes à l'idée de ce Jugement Dernier, sans appel ni cassation possibles. C'est que nous pensons, en nous mettant à la place de Dieu, que pas grand' monde passera brillamment l'épreuve. Or, — l'avez-vous remarqué ? — Jésus n'est pas du tout aussi pessimiste que ça : un sur deux sera pris, dit-il, et un sur deux sera laissé. Un sur deux. Recomptez : c'est énorme ! S'il y avait un Jarnacais sur deux qui soit chrétien, ça se saurait ! Et même, oserai-je dire, s'il y avait un Jarnacais protestant sur deux qui soit chrétien, vraiment donc, ça se saurait aussi… ! Eh bien, ce Jour-là, mes amis, nous ne serons pas trente ou quarante protestants présents dans cette paroisse, nous serons plus de cent ! Sans compter que cette paroisse n'existera plus, et que là où nous serons, nous serons beaucoup plus nombreux !… Ce jugement qui s'approche, cette venue du Fils de l'homme, est donc un événement heureux, bien plus heureux que le Déluge. Le Déluge ? Ils étaient tous morts, ils vivaient comme des morts et ne valaient pas mieux, et Dieu en sauva huit. Le Fils de l'homme ? Ils sont quasiment tous morts, ils vivent tous comme des morts, sauf quelques rares qui savent que leur vie n'est pas en eux, et qui s'en réjouissent dès maintenant et jusqu'en éternité. Et combien le Fils de l'homme en prendra-t-il, sans compter ces quelques énergumènes-là ? Un sur deux… Alors, oui, que Noël soit une grande joie, que cet Avent remplisse notre cœur et notre âme d'une joie inespérée : il y a autour de nous une multitude de futurs sauvés, une multitude de futurs heureux, une multitude de futurs frères et sœurs. C'est comme si, déjà, il fallait prévoir de reconstruire l'église paroissiale, la salle pentecôtiste et notre temple en beaucoup plus grands, pour qu'à eux trois ils puissent contenir près de 3 000 personnes ! Mais cette joie se doit d'être communicative, d'autant que, précisément, nous n'aurons pas à nous embarrasser l'esprit avec de telles constructions, ce Jour-là ! Ce n'est pas la destruction qui arrive, ce n'est pas la mort. Mais quelque chose arrive ! Pour un sur deux, l'avenir n'est pas d'être rivé à la terre, de vivoter et de mourir tranquillement, non : c'est d'y être arraché, emporté par cet étrange voleur que la terre n'a pas vu venir, mais qui va emporter tout ce qu'il peut, ainsi que vous et moi qui le connaissons et qui le reconnaîtrons… Préparation de Noël, préparation de la venue du Fils de l'homme : ce n'est pas la célébration d'un anniversaire, c'est l'attente d'un Sauveur qui nous arrache à notre condition mortelle, qui nous libère, qui nous tourne vers le Père de miséricorde, le Dieu qui nous aime. Prévenez vos voisins : que, ce jour-là, ils ne s'accrochent pas désespérément à leur charrue ou à leur meule, car là-dedans il n'y a pas d'avenir. Qu'ils se laissent prendre par la joie du Fils de l'homme, qu'ils détournent leur regard d'eux-mêmes et qu'ils contemplent enfin la vie : elle est en Jésus-Christ, pour eux, pour nous. Amen. Autres lectures : Esaïe 2/1-5 Romains 6/17-23 Cantiques : * NCTC 159 = ARC 302 Après la longue attente * NCTC 223 = ARC 303 Seigneur, que tous s’unissent |
Inscription à la newsletter
|
Cultes contemporains
Matthieu 24 v 42 Jean-Daniel Wohlfahrt