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Matthieu 02 v 1-12 Antoine Nouis



Texte : Matthieu 2/1-12
Genre : Prédication
Auteur : Antoine NOUIS
Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 03.01.1988.



Bonne année à toutes et à tous !

Si nous nous référons au rythme de l'Eglise, nous ne sommes pas au début de l'année. Le commencement de l'année liturgique est le jour du premier dimanche de l'Avent, fin novembre, début décembre.

Mais si nous suivons, dans ces cultes du dimanche matin, le calendrier de la liturgie, nous ne pouvons pas ignorer cet autre rythme autrement plus répandu : celui de notre monde.

Depuis trois jours, vous et moi, nous recevons et nous souhaitons à notre famille, nos amis, nos connaissances, des vœux de santé, de bonheur, de réussite.

Et ce matin, permettez-moi de me joindre à ce concert pour vous souhaiter quelques vœux... évangéliques. Pour cela, nous allons essayer de nous laisser inspirer par ces mages venus se prosterner devant la crèche.

L'histoire des trois rois mages suivant leur étoile est restée gravée dans la mémoire de chacun.

Or, si nous lisons notre texte attentivement, nous voyons que ces mages n'étaient sûrement pas des rois, que leur nombre n'est pas précisé, et quant à l'étoile, ils ne l'ont suivie que sur une dizaine de kilomètres, cela sur un voyage de plusieurs mois.

Reprenons le récit tel que nous le relate l'évangile.

Ces mages sont des savants astronomes, venus probablement de Babylone. De par leurs observations, ils ont une révélation : le roi des Juifs va naître. Ils se mettent en route pour lui rendre hommage et se dirigent tout naturellement vers la capitale des Juifs : Jérusalem.

Arrivés dans la ville, ils questionnent la population pour savoir où est le roi. Ils le font avec suffisamment d'insistance pour que la rumeur remonte jusqu'au roi Hérode qui est troublé.

Après s'être renseigné auprès de tout le personnel religieux que compte la ville, sur l'endroit où devrait naître le messie, Hérode convoque discrètement les mages, les envoie à Bethléem et leur demande d'enquêter pour son compte sur la naissance de ce futur roi des Juifs... afin, dit-il, de pouvoir à son tour lui rendre hommage.

Les mages quittent Jérusalem vers Bethléem et ce n'est qu'à partir de là que l'étoile qu'ils avaient vu naître à Babylone les conduit jusqu'à l'étable. Ils se présentent à la crèche, se prosternent devant Jésus et Marie et leur offrent en cadeau de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Enfin — et ce n'est pas la partie la moins intéressante de notre récit —, ils désobéissent aux instructions d'Hérode, et rentrent chez eux sans passer par Jérusalem.

De l'histoire de ces mages, je souhaiterai retenir pour nous ce matin trois enseignements.

Ces mages sont des hommes qui se sont mis en marche et ont entrepris un voyage de plusieurs mois à cause d'une révélation qu'ils ont eu. Et ils ont insisté, et lorsqu'ils sont arrivés à Jérusalem, ils ont enquêté avec suffisamment d'insistance pour que leur présence soit signalée à Hérode. Et ce n'est qu'à partir de ce moment-là, que leur signe s'est manifesté dans sa totalité et que l'étoile qu'ils avaient observée est venue à leur rencontre pour les conduire jusqu'à l'étable.

C'est la raison pour laquelle le texte précise qu'ils connurent une grande joie... une vraie joie.

L'histoire de ces hommes est celle de notre foi. Chacun d'entre nous, si nous observons lucidement notre existence et notre monde, pouvons y repérer des signes de la présence de Dieu qui ne sont pas plus fragiles que l'astre que ces astronomes avaient repéré dans leurs observations.

A la différence des mages, nous sommes bien paresseux pour nous lever et nous mettre en route, dans nos vies, afin de répondre à ces signes. Et pourtant, si nous le faisions, j'ai la conviction, dans la foi, que nous verrions des confirmations de cette présence de Dieu aussi éclatante que cette étoile qui est venue à la rencontre des mages pour les conduire jusqu'au Christ.

Si nous ne voyons pas ces confirmations, c'est probablement que nous ne nous sommes pas levés et que nous continuons à vivre comme si nous n'avions rien observé, comme si ces signes de Dieu n'existaient pas, comme si la foi n'était qu'un pur jeu intellectuel.

De Babylone d'où ils sont partis pour répondre à l'appel d'un signe fragile, les mages se sont retrouvés beaucoup plus près du Christ qu'Hérode qui n'était qu'à quelques kilomètres de Bethléem et qui avait à sa disposition toutes les données de l'Ecriture.

Mais ils ont accepté de se laisser interpeller dans leur vie par cet appel de Dieu, alors qu'Hérode voyait dans ce même appel une menace qui risquait de contester sa vie, sa situation et ses certitudes.

Le second enseignement que ces mages peuvent nous transmettre est celui de leur humilité : ils viennent déposer leurs cadeaux au pied de la crèche. Cette humilité explose à nos yeux lorsque nous redisons qui étaient ces mages et qui ils sont venus adorer.

Les mages, ce sont des savants, des scientifiques de la grande école de Babylone, des hommes qui voyagent, oserions-nous dire : qui participent à des colloques internationaux ?

En face, un enfant... Pas même un enfant, un bébé, qui n'est même pas né à Jérusalem mais à Bethléem, même pas dans une auberge mais dans une écurie.

Et les scientifiques internationaux viennent déposer leurs offrandes au seuil de cette écurie.

Ils viennent se prosterner, avec leurs richesses et leur savoir, devant cet enfant qui est peut-être le futur roi d'Israël, mais qui est sûrement, ce jour-là, le roi qui s'est fait petit, humble, pauvre et faible. Le roi qui a voulu incarner dans sa vie tout l'esprit des béatitudes que nous avons lues tout à l'heure.

Les mages manifestent ici une lucidité de l'Evangile tout à fait étonnante. Ils ont compris que leurs richesses et leurs connaissances ne prenaient toutes leurs valeurs que si elles étaient offertes à la crèche, c'est-à-dire si elles étaient venues dans l'esprit des béatitudes.

Et à nous tous, quel que soit le niveau de nos connaissances, de nos compétences et de nos richesses, les mages viennent dire que tout ce que nous sommes, tout ce que nous avons et tout ce que nous savons n'est que poursuite du vent si nous ne savons pas les déposer au pied de la crèche, c'est-à-dire les vivre dans l'esprit des béatitudes.

Après avoir relevé la capacité de ces savants à se mettre en marche, après avoir mis en valeur l'humilité de ces hommes, il nous reste à observer leur liberté.

Cette liberté, ils l'avaient déjà manifestée en quittant leurs laboratoires pour adorer dans leur vie celui qu'ils avaient repéré avec leur intelligence. Ils l'avaient confirmé par leur humilité. Il faut une grande liberté pour reconnaître que nos avoirs et nos savoirs n'ont de sens que si nous sommes capable de les offrir à Jésus-Christ.

Cette liberté, elle éclate lorsque, sereinement, ils rentrent chez eux sans passer par Jérusalem, sans obéir au roi Hérode qui leur avait demandé de lui faire un rapport sur ce messie.

Avertis par Dieu en songe, les mages refusent de se soumettre aux ordres du pouvoir. Ils ont la liberté d'enfreindre les ordres de Dieu [ou plutôt : d’Hérode ; note P.M.]. Ils refusent d'ouvrir leurs voiles au vent qui vient d'en haut. Ils refusent de se laisser séduire par cette sorte de fascination qui rôde autour des sphères des pouvoirs que nous connaissons.

Pour les mages, la vérité pèse plus lourd que tous les pouvoirs humains : c'est cela leur liberté.

Par la capacité de ces mages à se mettre en route, par leur humilité et par leur liberté, l'Evangile de ce matin nous désigne tout simplement la route sur laquelle Dieu nous appelle pour cette nouvelle année.

Que nous soyons seulement capable de nous mettre en mouvement au nom de l'Evangile,
que nous soyons seulement capables de déposer ce que nous sommes et ce que nous avons aux pieds de Jésus-Christ,
que nous soyons seulement capables d'être libre vis-à-vis de tous les pouvoirs,
et alors, j'en ai la certitude, 1988 sera pour nous une année féconde et bénie.

Amen.



Cantiques :
* Psaume 25 A toi, mon Dieu
* NCTC 169 Emerveillons-nous ensemble (= ARC 368, avec mélodie légèrement différente)