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Matthieu 17/1-9 Thierry FAYE
Texte : Matthieu 17/1-9
Genre : Notes bibliques et prédication Auteur : Source : Notes bibliques et prédication pour le dimanche 24.02.2002. Coordination nationale ERF "Edifier-Former". Notes bibliques sur Matthieu 17/1-9 1. Théologie de la gloire et théologie de la croix Le texte de l'Evangile du jour est un texte difficile pour deux raisons : * premièrement, il semble être un texte assez "surnaturel", plus proche d'un film de science-fiction que d'une narration de la vie de Jésus. Les parallèles avec le livre de l'Exode (voir ci-dessous) nous renseignent sur les intentions de l'auteur et sur le côté extra-temporel de ce passage dit de la "transfiguration". S'agit-il d'une expérience mystique, d'une révélation extatique, ou cela s'est-il réellement passé ? La réponse à ce genre de questionnement restera éternellement hors de notre portée et il vaut mieux éviter d'aborder ce texte sous cet angle-là... * la deuxième raison pour laquelle nous pouvons éprouver quelques difficultés avec ce texte, c'est qu'il est en relation avec ce que l'on appelle "la théologie de la gloire". C'est-à-dire avec un Jésus tout puissant, tel que nous l'attendons au jour de l'Avènement. Or, nous avons beaucoup plus l'habitude de travailler dans les évangiles et les épîtres pauliniennes avec la "théologie de la croix", c'est-à-dire avec un Christ humble, vivant la passion, proche des êtres humains, et qui révèle sa gloire au travers de la croix. Ceci peut nous amener à ne pas savoir que faire d'un tel récit et à en choisir un autre... Il est pourtant bon, à mon avis, de se confronter à la Parole, surtout lorsqu'elle nous semble plus difficile d'accès ! 2. Un texte à lire en parallèle avec Exode 24/1-3 & 12-18 et 34/29-35 A mon avis, on ne peut comprendre ce texte et l'intention de Matthieu sans faire le parallèle avec le don de la Loi à Moïse au Sinaï et la transfiguration de Moïse. Le nombre de concordances entre Matthieu 17 et ces textes de l'Exode sont suffisamment clairs pour que l'Ancien Testament nous éclaire et nous aide à comprendre ce texte de l'Evangile comme une anticipation de la Nouvelle Alliance donnée aux trois disciples qui accompagnent Jésus afin de fonder leur témoignage. C'est ce que j'appelle "la Parole qui éclaire la Parole". 3. Notes de compréhension · On peut trouver dans ce passage (17/4) une évocation de la fête des tentes (cf. Deutéronome 16/13). Mais l'allusion me semble trop fugitive pour que l'on puisse pleinement établir une relation. · Le fait qu'il y ait trois disciples correspond aux recommandations vétéro-testamentaires (cf. Deutéronome 17/6, 19/5) selon lesquelles il fallait qu'il y ait deux ou trois témoins (mais pas un seul !) pour qu'un témoignage soit reçu comme véridique. · Les disciples sont ici en qualité de témoins. Même s'ils ne comprennent pas encore ce qui se passe, il leur est donné de contempler Jésus en gloire, afin de pouvoir porter un témoignage de foi après la résurrection. · Ce passage se situe entre deux annonces de la passion de Jésus à ses disciples (Matthieu 16/21-23, première annonce de la passion de Jésus dans l'évangile de Matthieu, et 17/22-23). Il peut donc être compris comme une révélation sur un temps post-pascal, après la résurrection. · La description de Jésus correspond à celles des apparitions divines de l'Ancien Testament et de l'Apocalypse (lumière éclatante, blancheur des vêtements). La voix et la nuée sont les signes quasi constants de la manifestation de Dieu. 4. Notes de traduction Il n'y a pas de problème majeur de traduction dans ce texte. Il est cependant important de souligner que le verbe qui est traduit dans la TOB par "transfigurer" (v. 2 : Il fut transfiguré devant eux) est en fait la traduction du verbe grec "metamorphozein" (métamorphoser, changer d'apparence). Le changement d'apparence ne concerne donc pas simplement la figure de Jésus, mais il est métamorphosé au regard des disciples en leur apparaissant "en gloire", c'est-à-dire sous une forme plus divine qu'humaine. Ou du moins, dans ce qu'il est possible à des regards humains d'en discerner. Pistes pour la prédication Il existe dans la Bible des récits surprenants qui sont, au delà du miracle, de l'ordre du surnaturel. Et le récit dit de "la transfiguration" fait partie de ceux qui heurtent notre raison. Il est vrai que nous avons du mal à imaginer un Jésus étincelant de lumière en train de bavarder avec Moïse et Elie au sommet d'une montagne ! Et ce texte des évangiles qui nous présente Jésus en gloire, alors que nous avons plutôt l'habitude de le voir en croix ou en butte à des adversaires, ne va pas sans poser quelques problèmes à tout prédicateur honnête. Pourtant, comme le disait Luther, malgré la liberté totale que Dieu nous donne, nous sommes et nous restons soumis à sa Parole. Et on ne peut connaître Dieu qu'au travers et en référence à sa Parole. Et si les trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc nous rapportent ce récit de la transfiguration de Jésus, ce n'est certainement pas pour que nous le laissions de côté parce qu'il pose des problèmes à notre raison humaine. La première chose qui est à souligner concerne le terme même de "transfiguration". On utilise ce mot pour traduire un verbe grec que tout le monde, même s'il n'est pas un helléniste confirmé, peut comprendre. C'est le verbe : "metamorphozein". Dans le texte de l'évangile de Matthieu, il est donc question d'une métamorphose de Jésus, d'un changement et non pas uniquement d'une simple transformation quelconque de figure. Et je ne sais pas pourquoi on a gardé ce terme de "transfigurer" qui ne fait qu'ajouter à l'ambiance surnaturelle de ce récit. Et pour mieux comprendre ce récit de la métamorphose, du changement d'apparence de Jésus, il me semble indispensable de faire référence à un autre texte semblable de l'Ancien Testament : celui de la "métamorphose" de Moïse dans le livre de l'Exode. Au chapitre 24 de ce livre de l'Exode, qui fait référence à la conclusion de la premère alliance entre Dieu et le peuple d'Israël, on voit Moïse demander à trois hommes, Aaron, Nadav et Avihou, de monter avec lui sur la montagne du Sinaï. Un peu plus loin, il est fait mention d'une nuée et d'une voix qui interpelle Moïse du milieu de la nuée. De la même manière, Jésus choisit trois disciples, Pierre, Jacques et Jean, pour monter sur une montagne. Et eux aussi verront une nuée au milieu de laquelle une voix se fera entendre. Ces similitudes entre ces deux épisodes ne sont pas là par hasard et nous apportent un premier éclairage. En Exode 24, Moïse monte sur la montagne pour recevoir les deux premières tables de la Loi et conclure l'alliance entre Dieu et le peuple d'Israël. L'épisode de la métamorphose de Jésus, de la même manière, est aussi le signe d'une alliance entre Dieu et son peuple. C'est déjà le signe d'une Nouvelle Alliance qui se passe dans des conditions similaires et rappelant la Première Alliance. Poursuivons la comparaison et allons un pas plus loin. Moïse va redescendre de la montagne avec les premières tables de la Loi et s'apercevoir que les Israélites se sont laissé aller à l'idolâtrie en adorant un veau d'or. Vous connaissez tous cette histoire ! Il va alors briser les tables et remonter une nouvelle fois sur la montagne. Lorsqu'il en redescendra avec les nouvelles tables de la Loi sur lesquelles sont inscrites les dix paroles de l'alliance, son visage est rayonnant de lumière. Son contact direct avec Dieu a rendu la peau de son visage rayonnante au point qu'il doit se mettre un voile sur la tête pour parler aux Israélites. Dans l'évangile de Matthieu, c'est Jésus, et non plus Moïse, qui devient "rayonnant de lumière". Et nous trouvons là, encore une fois, le rappel de la Première Alliance. A la grande différence que cette fois-ci, Jésus ne va pas redescendre de la montagne avec une Loi gravée dans la pierre. Non, il va redescendre avec une parole de Dieu prononcée sur lui : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. Ecoutez-le !". Les mêmes paroles qui ont déjà été prononcées sur Jésus à l'occasion de son baptême dans le Jourdain (Matthieu 3/17) avec cette mention en plus : "Ecoutez-le". Ainsi Jésus ne porte pas la Parole de Dieu inscrite sur des tables de pierre, mais c'est sa propre parole qui est la nouvelle loi de la nouvelle alliance. Il n'a aucun objet matériel à offrir au peuple de Dieu, mais il va lui donner sa parole avant de se donner lui-même, de donner son corps et son sang. Cette nouvelle alliance que Dieu conclut avec les êtres humains en Jésus-Christ ne sera pleinement connue qu'après la résurrection de Jésus, et c'est pourquoi il dit à ses disciples : "Ne dites rien de ce que vous avez vu jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité des morts". Ainsi, ce texte de la "transfiguration", mis en parallèle et sous l'éclairage des textes de l'Exode et du don de la Loi au Sinaï, nous apparaît comme une anticipation de la Nouvelle Alliance qui, elle-même, ne sera pleinement comprise qu'après la mort et la résurrection du Christ. C'est aussi pour cette raison que cette métamorphose de Jésus apparaît comme une anticipation de sa résurrection. Il apparaît à trois de ses disciples comme il doit apparaître après sa résurrection : en pleine gloire. Cet éclairage apporté par l'Ancien Testament nous permet aussi de mieux comprendre pourquoi Moïse et Elie se retrouvent au sommet de cette montagne, en train de s'entretenir avec Jésus. Tous deux sont témoins de cette nouvelle alliance et Moïse qui représente la Loi et Elie les prophètes, viennent témoigner que tout ce qui concerne la Loi et les prophètes, toute la Première Alliance, vient s'accomplir maintenant dans la Bonne Nouvelle en Jésus-Christ. Ayant éclairé la Parole par la Parole et peut-être un peu mieux saisi ce qui est en jeu dans cet épisode de la "transfiguration", nous pouvons maintenant nous situer du côté des disciples Pierre, Jean et Jacques qui sont les témoins privilégiés et invités à assister à l'événement. Car je pense que, si Jésus les invite à le suivre sur la montagne, c'est parce que tout ce qui s'y produit est fait pour eux et pour leur témoignage. La métamorphose de Jésus, signe de la Nouvelle Alliance, se produit, comme le souligne le texte biblique : "devant eux". Et Pierre insiste en disant à Jésus : "Il est bon que nous soyons ici". Et lorsque la voix de Dieu retentit dans la nuée, elle ne s'adresse pas à Jésus, mais bien aux disciples en disant : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Ecoutez-le". Tout est fait pour que les disciples soient les témoins de l'événement et comprennent, en voyant Jésus dans son corps de résurrection, qu'il est le signe de la Nouvelle Alliance. Lorsque Jésus les appelle "à l'écart" pour l'accompagner sur la montagne, il recherche avec eux un temps mis à part, un temps de solitude à l'écart de ce monde et de leurs préoccupations quotidiennes. Un temps — comme parfois nous pouvons nous en offrir — de retraite spirituelle et de contemplation. Et il faut noter que même le bouillant Pierre aimerait prolonger ce moment hors du temps : "Si tu veux, je vais dresser ici trois tentes...". Pierre se sent bien et aimerait prolonger ce moment privilégié en haut de la montagne. Il voudrait organiser une partie de camping sauvage et surtout rester "là haut" le plus longtemps possible. En un sens, Pierre a raison car, pour lui comme pour nous, il est indispensable de prendre le temps nécessaire pour le ressourcement et la communion avec Dieu. Temps indispensable sans lequel nous perdons le but, la direction et le sens de la mission confiée à chaque disciple. Cependant Jésus ne laisse pas ses disciples dans la prosternation devant les mystères de Dieu. Il les incite à se relever... pour descendre de la montagne. Comme Dieu a choisi de s'incarner parmi nous en son Fils, notre foi ne peut, elle aussi, se vivre qu'incarnée dans le monde. Au contact des autres, de la réalité quotidienne et non pas uniquement dans des temps de contemplation ou de prière, même si ces temps-là sont indispensables. Simplement, car on ne peut donner et partager que ce que nous avons nous-même reçu... Aller de l'avant, avancer, c'est ce à quoi nous invitent les deux textes bibliques entendus aujourd'hui, tant celui de la transfiguration que celui de la vocation d'Abraham où il est question de partir en laissant tout derrière soi. Aller de l'avant. Oui. Sans peur et sans crainte, en s'appuyant sur notre foi en Dieu. D'accord. Mais pas en courant n'importe où et pas sans le temps nécessaire pour se re-poser, se re-positionner par rapport à Dieu, aux autres et à soi-même. Enfin, nous pouvons apporter un éclairage plus "pastoral" sur ce texte de la transfiguration et nous demander ce qu'il nous dit pour nous aujourd'hui. Il nous arrive bien souvent, à nous, disciples de Jésus-Christ, d'être en bas de la montagne et même tout en bas, au creux de la vague. Il y a de ces moments où nous avons beau faire, où nous avons beau dire, nous nous sentons éloignés de Dieu et de son amour pour chacun d'entre nous. Ce sont ces moments de doute où nous scrutons le ciel et le monde autour de nous sans pour autant y déceler la présence de Dieu. A d'autres moments, par contre, nous nous retrouvons avec Pierre, Jacques et Jean au sommet de la montagne. Nous sentons pleinement, d'une manière quasi palpable la présence de Dieu autour de nous et nous recevons sa lumière en pleine face. Eh bien, dans un cas comme dans l'autre, le message de Dieu est clair ; il nous désigne Jésus en nous disant : "Celui-ci est mon Fils bien aimé, celui qu'il m'a plu de choisir : écoutez-le". Et se mettre à l'écoute de Jésus, c'est prier, c'est se réunir en Eglise, c'est partager la Cène,... mais c'est avant tout et surtout se mettre à l'écoute de la Parole, la lire, la méditer, la transmettre afin qu'elle nous métamorphose à notre tour. En se mettant à l'écoute du Fils, c'est la voix du Père qui peut retentir à nos oreilles et l'Esprit peut alors nous rendre rayonnant à notre tour. Non pas rayonnant au point d'éblouir notre prochain et de mettre un voile sur notre visage ou rayonnant de savoir, d'intelligence ou de belles œuvres ; mais rayonnant de joie et de paix, rayonnant de foi, d'espérance et d'amour. Comme Pierre, Jacques ou Jean, nous avons à être les témoins de l'alliance conclue entre Dieu et ses enfants en Jésus-Christ. Et grâce à l'Esprit de Dieu, à la lecture assidue de sa Parole, nous pouvons être transfigurés, rayonnant à notre tour et être des signes visibles de cette Nouvelle Alliance qui nous ouvre la voie du Salut. Nous sommes invités par la Parole à aller de l'avant, à sortir de nos tentes et de nos temples, pour être des témoins de l'amour de Dieu. Et nous sommes aussi invités à prendre le temps de la méditation, de l'écoute, de la prière afin d'être, je dirais "salés" par l'Evangile et pouvoir ainsi apporter un peu de saveur à notre monde. Allons, dans la prière et dans l'action, l'une nourrissant toujours l'autre, afin de témoigner de l'amour de Dieu pour chacun de ses enfants. Amen. Autres lectures : Genèse 12/1-5a 2 Timothée 1/8-10 Autres textes de la même catégorie
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Matthieu 17 v 1-9 Michel Cornuz