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Matthieu 17/1-9 Alphonse Maillot



Texte : Matthieu 17/1-9
Genre : Notes homilétiques
Auteur : Alphonse MAILLOT
Source : Qui a péché… ? — Notes homilétiques sur les trois lectures dominicales pour les dimanches et fêtes de l’année A (Carême – Semaine sainte – Temps de Pâques – Ascension – Pentecôte - Trinité). Mission intérieure de l’Eglise Evangélique luthérienne, 1993 (p. 26-29).



2° dimanche de Carême

Matthieu 17/1-9

Bien situer ce récit après les deux "révélations" précédentes de Jésus :

1- Pierre a reconnu dans l'homme-Jésus le Messie (Christ), Fils de Dieu (16/16).

2- Mais, comme Pierre se méprend, ô combien, sur la messianité de Jésus (16/22), ce dernier, après lui avoir dit dans un premier temps qu'il serait un Messie souffrant et mis à mort, lui révèle aussi dans un second temps que le refus du "Messie souffrant" serait (sera) diabolique (16/23) ; et il enchaîne alors sur la condition du disciple du Messie souffrant (v. 24ss) : il devra mettre une croix sur toutes ses ambitions et ses désirs de transformer la vie chrétienne en marche vers la gloire... en tout cas jusqu'à la venue (royale : v. 28) du Fils de l'homme.

La "transfiguration" (ici, bizarrement placée dans le calendrier ecclésiastique, alors que normalement c'est le 6 août ; il serait d'ailleurs bon d'en discuter avec nos frères d'Orient, très légitimement attachés à cette fête-Promesse pour l'homme et ses propres œuvres) est tout d'abord un terme trop limité ; il s'agit plutôt de "transformation" (le grec donne : métamorphose, 17/2), car les vêtements eux-mêmes deviennent lumineux.

On relira aussi Exode 34/29 et l'interprétation complexe que Paul en donne en 2 Corinthiens 3/13-18, où l'apôtre "démythologise" la transfiguration mosaïque (3/7), en la retrouvant dans "l'illumination" que confère l'annonce de 1'Evangile.

A la lecture des évangiles synoptiques, il semble que Jésus ait consenti, un bref moment, à montrer que, sous son abaissement, perçait sa gloire, sinon que son abaissement était déjà sa vraie gloire (Philippiens 2/5-11). Moïse et Elie sont là, non seulement comme représentant l'un la Torah l'autre les prophètes, non seulement parce que l'un eut des funérailles divines et l'autre partit dans un char de feu, mais encore parce que Moïse et Elie ont foulé le sommet du mont Horeb (montagne de Dieu : Exode 3/1 et 1 Rois 19/8 ; cf. ici Matthieu 17/1). Ici aussi, on retrouve d'ailleurs certaines des caractéristiques de la révélation au Sinaï : par exemple la nuée (v. 5 = Exode 19/16, 24/15-18). De plus, on doit se trouver à l'époque de la Fête des Tentes (v. 4 ; cf. Jean 1/14, qui évoque par un jeu de mots la Shekinah : présence mystérieuse du Seigneur qui accompagne Israël). Peut-être Matthieu perçoit-il ici que Jésus sera pour l'Eglise (v. 5) cette Shekinah (qui n'a pas besoin qu'on lui dresse une tente), cf. Matthieu 28/20.

Sont alors confirmées les paroles d'élections royales (cf. Psaume 2/7) de Jésus, avec en plus un superbe : "Ecoutez-le" = n'écoutez que lui ! Et la parenthèse royale se referme (v. 8). Il faudra insister sur les promesses de ce récit :
* promesse pour nos corps : ils ne sont pas seulement destinés à retrouver la poussière ;
* promesse pour nos travaux (ici les manteaux, eux non plus, ne sont pas seulement destinés à la destruction pure et simple et définitive : 1 Corinthiens 3/12-15) ;
* promesse de la présence (réelle et cachée) mystérieuse du Christ avec son Eglise ;
* promesse que la lumière divine illuminera et "métamorphosera" un jour toute créature.

C'est une grande fête que celle de la Transfiguration.



"Plan" de prédication

Personnellement j'hésiterais entre :

a) le premier texte : vocation d'Abra(ha)m avec le "Va..." ; l'histoire du salut (et donc la mienne) se met en marche. Tout va quelque part, vers une terre promise. Tous vont quelque part. Tout et tous prennent un sens. Toute vie a une promesse, sa promesse et sa terre promise.

A une époque tentée par l'absurde, car fatiguée d'être leurrée par des Edens divers, il est bon d'en revenir à la promesse (aveugle !) faite à Abra(ha)m. En profiter pour rendre courage :
1- à ceux qui ne voient que la mort comme avenir certain ;
2- à ceux qui sont découragés.

Ensuite on cernera le "Quitte... !" = quitte tes conforts, avant tout religieux et intellectuels (mais il n'est pas interdit de se méfier des autres conforts), ta Mésopotamie fertile (... et même avec du pétrole... donné par Allah, prétendent les chefs de l'Arabie, l'Iran and Co). J'en profiterai pour envoyer un coup de patte (fraternel) à ceux qui sont, depuis leur enfance, enfoncés dans une théologie douillette, faite de certitudes absolues et non de recherches, etc…

b) et le 3° texte : avec et malgré notre rationalisme, il ne faut pas avoir peur de ce récit de la Transfiguration. Ce récit est essentiellement promesse :
1- promesse pour la Création et les "créations" des hommes (les vêtements)... tout sera blanchi ;
2- promesse pour chacun de nous, de la manière la plus concrète... même nos visages, reflets de nos cœurs, seront illuminés ; nous souvenir ici des orthodoxes !
3- promesse pour la prédication (lire 2 Corinthiens 3/6-18) et les prédicateurs... attention à ne pas prêcher le visage sombre ! Essayez d'illuminer les visages des "auditeurs" (2 Corinthiens 3/18).
4- N'oubliez pas cependant qu'en descendant de la haute montagne (Matthieu 17/1), tous vont retrouver la vallée (17/14-21) avec ses enfants malades et torturés (actualisez !), mais la lumière ne doit pas nous quitter, même cet enfant "défiguré" a la promesse d'être transfiguré.




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