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Matthieu 04 v 1 - 11 Pierre Muller
Frères et sœurs, avec ce récit de la tentation de Jésus au désert, texte qui nous est proposé chaque année pour le premier dimanche de la période dite du Carême, nous voici en présence de trois demandes, trois suggestions de l’Adversaire que je vous invite à examiner de près ce matin.
Pour bien comprendre la portée de la première demande concernant le pain, il ne faut pas perdre de vue que Jésus a faim, ce qui peut se comprendre après 40 jours de jeûne ! En effet, Jésus, tout en étant Dieu, était aussi pleinement homme ; nous en avons ici une preuve ! Alors Satan joue sur cette faiblesse physique, pour l’inciter à marchander sa divinité contre du pain ! Le Père venait de dire : "Voici, celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection...". Eh bien, si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ! Cela pourrait nous faire penser à cette autre parole : "Si tu es le Fils de Dieu, descends donc de la croix !" (Matthieu 27/40) ; c’est ce que diront plus tard les passants, les principaux sacrificateurs et les scribes. Et voici la réponse de Jésus ; il cite ici l'Ecriture, au livre du Deutéronome, qui rapporte que les Juifs, en quittant l'Egypte, ont été astreints à 40 années de pérégrination dans le désert avant d'entrer en terre promise. Eh bien, le Deutéronome dit ceci : "Le Seigneur t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais de tout ce qui sort de la bouche de l'Eternel. Ton vêtement ne s'est point usé sur toi, et ton pied ne s'est point enflé, pendant ces quarante années..." (8/3). Cette réponse signifie, d'une part, que Jésus "malgré sa dignité de Fils de Dieu, est résolu à maintenir intactes les conditions de son existence humaine" (F. Godet, p. 289) ; et d'autre part, qu’il veut, pendant son séjour sur la terre, s'attendre pleinement au Père pour satisfaire tout ses besoins matériels (Matthieu 6/33-34). De même que Dieu a pris soin de son peuple, il prendra soin de son Fils bien-aimé. Jésus choisit de faire la volonté du Père, même si cela lui occasionne de la souffrance. Il ne la fuit pas ! Ce qui prime pour lui, c'est d'obéir à son Père, que cela soit facile ou non ! Qu’est-ce que cela veut dire pour nous aujourd’hui ? Quand sommes-nous le plus vulnérables ? La faim, ce n'est sans doute pas ce dont nous souffrons le plus aujourd'hui ; néanmoins nous pourrions faire nôtre cette prière que l’on trouve dans le livre des Proverbes : "Ne me donne ni pauvreté ni richesse. Accorde-moi le pain qui m'est nécessaire, de peur que, dans l'abondance, je ne te renie, et ne dise : Qui est l'Eternel ? Ou que, dans la pauvreté, je ne dérobe et ne m'attaque au nom de Dieu" (Proverbes 30/8b-9) ? Alors, si nous ne connaissons pas franchement la faim, nous pouvons connaître, par contre, la maladie, les peines qui se succèdent, les échecs, la perte d'un travail ou d'un être cher,... Et n'y a-t-il pas là, souvent, le risque d'entendre au fond de soi cette petite voix nous disant : "Si ton Dieu est vraiment tout-puissant, pourquoi tout cela s'abat-il sur toi ? Si Jésus est vraiment Dieu, eh bien, qu'il guérisse, qu'il fasse cesser toutes ces guerres, toute cette haine,...". Dans ces moments-là, nous pouvons nous redire : "L'homme ne vivra pas de pain seulement", ni d'existence "prêt-à-porter", sans accrocs ni déchirures,... "mais de toute Parole qui sortira de la bouche de Dieu" ; il vivra de la confiance et de la foi dans les promesses que la Bible nous fait connaître. Confiance et foi en celui qui est avec nous dans la barque de notre vie, même les jours d'orage ! Deuxième demande de Satan (v. 5-6), c’est la tentation du spectaculaire en faisant le grand saut : cette fois, l'ordre est associé à une promesse de la Bible. Satan cite le Psaume 91. Comme quoi, il connaît la Bible ! Mais attention, il en tord le sens, appliquant ce passage sans sagesse, comme cela l'arrange. Nous avons donc à faire attention, nous aussi, à la manière dont nous citons et lisons les Ecritures... Lisons la Bible d'une manière suivie... plutôt que de l’ouvrir n'importe où. Vous connaissez sans doute de ces histoires où un brave protestant cherche la volonté de Dieu avec une Bible et une aiguille à tricoter ; et il tombe successivement sur ces trois phrases : * Et Judas alla se pendre. * Ce que tu as à faire, fais-le promptement. * Va, et repent-toi. Au-delà de l’humour qu’une telle histoire renferme, sachons lire l’invitation à ne pas picorer dans la Bible, mais à la lire de façon suivie et méthodique ! Voyons maintenant quelle est la réponse de Jésus à cette 2° demande de l’Adversaire. Sa réplique est à nouveau un passage de l'Ecriture (Deutéronome 6/16) : "Vous ne tenterez point l'Eternel, votre Dieu, comme vous l'avez tenté à Massa"... En effet, parti du désert de Sin, le peuple d’Israël en vient à camper à Rephidim, lieu sans eau ; pressé par la soif, il murmure contre Moïse... Le peuple se querelle, se dispute... Dieu fera sortir de l'eau du rocher d'Horeb, et Moïse donna à ce lieu le nom de Massa et Mériba (= tentation et querelle) parce que les enfants d'Israël avaient contesté, et parce qu'ils avaient tenté le Seigneur en disant : L'Eternel est-il au milieu de nous, oui ou non ? (Exode 17/1-7). Qu’est-ce que cela veut dire pour nous aujourd’hui ? Quel enseignement en tirer ? Ne tentons ni Dieu ni le diable ! Notre foi n’est pas une assurance tous risques ! Ne sommes-nous pas tentés, parfois, de nous dire : Vas-y, tu ne risques rien ! Tu peux faire du 120 à l’heure en agglomération, tu ne risqueras rien ; c'est pour le Seigneur que tu voyages, il te protégera ! Surtout si on a mis sur son tableau de bord un autocollant portant ce texte : « Mon auto, Jésus la guide ! », comme d’autres mettraient une médaille de Saint-Christophe !… Autre exemple : les locaux ne sont pas réglementaires, mais le Seigneur veille… Les conserves reçues sont avariées, mais cette colo est pour le Seigneur ; il nous gardera, on ne risque rien... Troisième demande adressée à Jésus (v. 8-9). Par ces paroles, Satan, le "prince de ce monde", offre l'autorité politique à Jésus. Pour cela, Jésus n'a qu'à l'accepter et se prosterner devant lui, geste coutumier d'un inférieur à l'égard d'un supérieur. Si Jésus avait cédé à cette tentation, il aurait alors contourné la croix, il aurait fait l’impasse sur ses souffrances et sur son abandon par les siens, et il aurait sauté à pieds joints par-dessus sa mission qui était de porter notre péché à notre place... La réponse de Jésus a été celle-ci : "Tu craindras l'Eternel, ton Dieu, tu le serviras, et tu jugeras par son nom. Vous n'irez pas après d'autres dieux,... car ton Dieu est un Dieu jaloux... " (Deutéronome 6/13ss). Jésus pensait peut-être ici à l'épisode tristement célèbre du veau d'or (Exode 32/1-6). Et nous, quand et comment fléchissons-nous les genoux ? - Peut-être quand nous essayons d’éviter les questions de nos interlocuteurs, qui pourraient nous amener à dire que nous sommes chrétiens et protestants… - Quand nous cherchons à falsifier une date sur une facture, afin de faire jouer l'assurance ! - Quand nous préférons aller chez n’importe quel guérisseur, ce qui, dans certains cas, peut constituer une faille dans notre confiance en Dieu… En tout cas, "Jésus a été tenté comme nous en toutes choses, sans commettre de péché" (Hébreux 5/15). Car la tentation elle-même n'est pas péché ! La tentation ne conduit pas fatalement au péché ; nous avons le pouvoir d'intervenir, soit pour faire avorter la tentation, soit pour la faire enfanter ! "Que personne, lorsqu'il est tenté ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise, lorsqu'elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort" (Jacques 1/13-15). Alors, comment empêcher la convoitise de procréer ? "Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de voler au-dessus de votre tête, mais vous pouvez les empêcher d'y faire leur nid !". Dans cette perspective, je voudrais rappeler bien simplement quelques exhortations tirées de la Bible : - Soyez sobres, veillez (1 Pierre 5/8) ; - Résistez au diable avec une foi ferme (1 Pierre 5/9) ; - Que le soleil ne se couche pas sur votre colère (Ephésiens 4/26-27) ; - Soumettez-vous à Dieu ; résistez au diable (Jacques 4/7). …et il fuira loin de vous. Et surtout, frères et sœurs, n’oublions pas cette promesse : "Ayant été tenté lui-même dans ce qu'il a souffert, Jésus peut secourir ceux qui sont tentés" (Hébreux 2/18). Amen. D’après Anne RUOLT : Prédication pour le 19.07.1992 à Lamalou-les-Bains (34). |
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