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Matthieu 03 v 13-17 Louis Pernot
Texte : Matthieu 3/13-17
Genre : Prédication Auteur : Louis PERNOT Source : Méditations radiodiffusées. FPF, 13.01.2002. Le baptême du Christ Le baptême de Jésus par Jean-Baptiste est une bien curieuse histoire. Il faut d'abord savoir que ce n'était pas un baptême chrétien, le Christ n'avait pas encore prêché, et Jean-Baptiste n'était pas "chrétien". Ce baptême n'avait pas grand-chose à voir avec celui que nous pratiquons aujourd'hui sur les petits enfants... Le baptême administré par Jean était à la fois un appel à la repentance, à la conversion à Dieu et, pour ceux qui confessaient leurs péchés, c'est-à-dire qui les reconnaissaient honnêtement, un signe de pardon de la part de Dieu. Or, on a souvent dit que Jésus était le Fils de Dieu dès avant son baptême (ce qui est d'ailleurs discutable), et étant sans péché, on ne voit pas très bien comment cela peut s'appliquer à lui. Etant Fils de Dieu, il n'a pas besoin de revenir à lui comme s'il s'en était éloigné et, étant sans péché, il n'a rien à confesser, et n'a pas besoin du pardon de Dieu. Cela étant dit, en général, on interprète cette volonté de Jésus de recevoir le baptême comme un signe d'humilité, de solidarité, pour faire comme les autres, pour montrer l'exemple en acceptant de se livrer à des actes purement humains qui ne le concernent en fait pas. Je pense qu'il y a moyen d'aller plus loin, et qu'il y a bien plus à apprendre de ce texte qu'une simple leçon d'humilité ou de solidarité. Ce qui me fait dire cela, en particulier, c'est la formule utilisée par Jésus quand il insiste pour se faire baptiser par Jean en disant qu'il convient d'accomplir ainsi toute justice. Accomplir toute justice. Cette expression a une force considérable. Dans la Bible, la justice ce n'est pas la justice humaine, mais c'est un mot très important qui signifie l'obéissance à Dieu. La justice, c'est le contraire du péché, cela consiste à faire exactement ce qui est juste, ou conforme à la volonté de Dieu. Donc accomplir toute justice signifie faire tout ce que Dieu demande, c'est accomplir la totalité de la volonté divine à notre égard. Or, si l'humilité est une qualité évangélique reconnue, elle n'est certainement pas la seule, on ne peut pas dire qu'être humble soit accomplir en soi toute la volonté de Dieu ; donc, il doit y avoir autre chose en plus. En regardant le texte de plus près, on remarque que Jésus ne dit pas : que j'accomplisse toute justice, mais que nous accomplissions toute justice. Il inclut ainsi Jean dans l'accomplissement de cette justice. Ce n'est donc pas seulement Jésus qui, par son humilité, accomplirait toute justice, mais Jean, lui aussi, accomplit toute justice en acceptant de baptiser Jésus. On peut y voir là un premier indice : pour accomplir toute justice, c'est-à-dire si nous voulons réaliser parfaitement la loi de l'Evangile du Christ, il nous faut accepter de baptiser le Christ, comme Jean l'a fait. Or, Jean dit à propos de cet acte : Non, ce n'est pas à moi de le faire pour toi, c'est à toi à le faire pour moi ! Peut-être donc que le summum de l'obéissance à Dieu consiste à faire pour lui ce que nous voudrions qu'il fasse pour nous. Jean a raison de dire que c'est plutôt lui qui aurait besoin que Jésus le baptise, il a raison de dire que c'est plus lui qui a besoin de l'aide de Dieu que le contraire. Mais justement, c'est là un grand enseignement de l'Evangile, nous devons faire nous-mêmes ce que nous voudrions que Dieu nous fasse. Nous aussi, nous sommes sans cesse en train d'attendre beaucoup de Dieu, nos prières sont pleines de demandes à Dieu et, comme Jean, nous avons envie de dire à Dieu : "Seigneur, moi je ne suis rien, c'est plus à toi d'agir pour nous qu'à moi d'agir pour toi ou pour le monde". Alors nous lui disons que nous avons besoin de son aide, de sa présence, de sa force et de sa paix. Nous lui disons, comme une supplication, ou comme un reproche, qu'il pourrait bien sur Terre empêcher tout le mal que nous y voyons ou subissons. Et quelle est la réponse de Jésus ? Laisse faire. Voilà qui nous arrangerait bien, laisser Dieu faire, afin que nos problèmes soient réglés, que notre péché soit pardonné et que le mal soit balayé de la Terre. Mais nous voyons dans notre texte que le laisse faire de Jésus ne veut pas dire une passivité, ce n'est pas laisser faire Dieu en le regardant faire, mais le laisser faire en faisant nous-mêmes ce que nous aurions voulu qu'il fasse pour nous, faire nous-mêmes ce qui nous semble à vue humaine inutile ou trop petit, dérisoire à côté de la grandeur du monde ou de Dieu. Et le faire de Dieu s'accomplit dans notre faire, sa force s'accomplit dans notre faiblesse, comme dit Paul. Son action consiste à donner une utilité ou un sens à l'action dérisoire que nous accomplissons néanmoins. Dieu a choisi les choses faibles pour confondre les fortes (1 Corinthiens 1/25-31). Accomplir toute justice est donc collaborer avec le Christ, c'est lui obéir, faire ce qu'il nous demande, même si cela nous semble inutile ou dérisoire, et faire pour lui ce que nous voudrions qu'il nous fasse. On pourrait voir là un dépassement de ce commandement évangélique connu sous le nom de règle d'or : Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. Ce commandement est déjà éminemment plus fort que celui qui régit la morale de la plupart de nos contemporains : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse, et peut-être que l'accomplissement de cette règle d'or, son aboutissement est : Tout ce que vous voudriez que Dieu fasse pour vous, faites-le vous-mêmes pour lui. Cela n'est pas absurde, et va dans le sens de cet enseignement que l'homme est créé à l'image de Dieu, et que la création lui est confiée. Sa responsabilité, c'est donc d'accomplir ce qui est la volonté de Dieu sur la Terre, et c'est le rôle d'ouvrier de Dieu qui est échu à l'homme. L'homme est un serviteur de Dieu, et le rôle d'un serviteur est d'agir concrètement. Certes, lui a l'impression d'être un serviteur inutile, et c'est là le signe d'une humilité très positive, mais la confiance en Dieu est que même ce qui nous semble inutile ou dérisoire peut avoir une importance que nous ne soupçonnons pas. Laisse faire, dit Jésus à Jean, et Jean le fait. -o- Par ailleurs, le fait qu'il s'agisse là de baptiser Jésus n'est pas sans signification. En effet, nous voyons qu'historiquement, il a fallu que Jean le baptise pour que la voix du ciel se fasse entendre en disant qu'il est bien le Fils de Dieu. De même nous pourrions dire que, pour que Jésus se présente à notre conscience comme étant vraiment le Fils de Dieu, il faut que nous ayons accepté de le baptiser dans nos cœurs, c'est là une condition pour que notre foi puisse vraiment le reconnaître comme le Messie. Mais que peut signifier, concrètement pour nous, que d'accepter de baptiser Jésus dans nos cœurs ? Il est clairement exprimé dans l'Evangile que le baptême de Jean signifie le pardon des péchés, le baptisé ressortant du Jourdain comme pur, et propre de toute tache, de tout péché. Cela peut sembler absurde d'appliquer une telle réalité au Christ, et pourtant, combien de fois n'entendons-nous pas nos contemporains, ou n'avons nous pas en nous-mêmes la tentation d'accuser Dieu de mille choses ? N'avons-nous pas tendance à le faire responsable du mal qui arrive sur cette Terre, lorsque que nous entendons ou disons : "Si Dieu existe, pourquoi y a-t-il des guerres ?", ou bien : " Qu'attend Dieu pour enlever du monde toute cette souffrance humaine ?", ou encore lorsqu'il nous arrive un malheur grave, et que nous disons : "Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'envoie telle chose ?"... Tous ces propos, malheureusement fort courants, sont extrêmement pervers pour la foi, stériles pour notre action possible dans le monde, et nuisibles pour notre bonheur personnel. Il est clair que se demander pourquoi Dieu ne fait pas telle ou telle chose, c'est implicitement l'accuser du mal qui existe, ou tout au moins l'accuser de ne rien faire pour l'ôter. Cela est mauvais. D'une part, cela nous rend passifs à l'égard de la situation en question, si c'est à Dieu d'agir, ce n'est pas à nous, et d'autre part, cela peut attaquer et dégrader la foi, qui est par ailleurs une des meilleures choses de l'existence. Baptiser Jésus-Christ dans nos cœurs, c'est accepter de reconnaître Dieu pour innocent de tout mal. Bien sûr, en soi Dieu est innocent de tout mal, il est le Bien par excellence, mais le baptême de Jésus n'est pas pour lui, il est pour les hommes qui y assistent, si nous voulons que Dieu nous parle, que le Christ soit vraiment pour nous Christ, Sauveur et Seigneur, il faut que nous nous débarrassions de ce poison absurde que Dieu serait responsable de certains maux de la Terre. Nous retrouvons alors ce que nous disions tout à l'heure, car ne pas rendre Dieu responsable du mal, ou de ne rien faire contre le mal alors qu'il le pourrait, et qu'il le devrait, c'est automatiquement se dire que c'est à nous de prendre notre destin terrestre en main, de prendre l'avenir de notre planète en mains, et d'agir concrètement pour le bien et contre le mal. Cessons de dire : "Si Dieu existe, pourquoi y a-t-il des guerres ?" et agissons nous-mêmes à notre niveau pour apprendre la paix et la compréhension à ceux qui sont autour de nous. Cela vous paraît-il dérisoire ? A Jean-Baptiste aussi cela semblait dérisoire que lui qui n'est rien baptise le Christ, et pourtant il l'a fait. Cessons de dire "Pourquoi Dieu m'a envoyé telle maladie ou telle épreuve ?", et travaillons pour que cela arrive de moins en moins aux autres, ou agissons pour aider ceux qui sont frappés comme nous du même problème. Refuser d'agir en pensant que notre action est trop faible est certainement le pire des péchés d'orgueil et, en ce sens, le baptême de Jésus est non seulement une leçon d'humilité de la part de Jésus, mais aussi, et peut-être surtout de Jean-Baptiste qui a accepté de faire un geste qu'il considérait comme inutile. Nous avons tous tendance à dire, comme Jean-Baptiste : "Seigneur, ce serait plutôt à toi d'agir pour le bien sur cette Terre", mais Jésus lui dit : Faisons-le ensemble, c'est cela accomplir toute justice, c'est cela le cœur de la pratique religieuse que Dieu peut attendre de vous. Et si nous acceptons de faire humblement ce que Dieu nous demande, si nous acceptons sans trop d'ambition d'essayer de faire nous-mêmes, pour cette Terre et pour notre entourage, ce que nous voudrions que Dieu fasse pour nous, si nous cessons de nous cacher la tête ou de trouver des prétextes pour ne rien faire en attendant que Dieu arrange les choses lui-même, alors non seulement notre vie n'aura pas été vaine, car en Dieu toute humble action a un poids éternel de gloire, et d'autre part, c'est cela qui est le chemin qui mène à la découverte du vrai Christ vivant, c'est en faisant cela que nous pouvons entendre la voix de Dieu et voir le Saint-Esprit qui descend comme une colombe, et que, dans notre cœur, Jésus le Christ cesse d'être un simple personnage historique pour être véritablement le Fils de Dieu, c'est-à-dire la source vivante de toute joie, de toute vie et de toute éternité. |
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