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Matthieu 02 v 13-28 Jean-Daniel Wohlfahrt



Mt 2/13-28 StM 28/12/86

Anges et visions, sang et cris, meurtres et bénédiction. Un texte que l'on aimerait lire ailleurs que dans la Bible car il mélange le merveilleux au réalisme le plus cru, le rêve à la réalité la plus terrifiante. Ceux qui connaissent leur Bible ne manqueront pas de relever le parallèle entre Moïse sauvé de la colère de Pharaon et Jésus sauvé de celle d'Hérode. Ceux qui connaissent l'histoire profane ne refuseront pas l'image que notre texte donne d'Hérode car ils savent qu'il a fait mettre à mort trois de ses propres enfants, qu'il a ordonné qu'à sa propre mort chaque famille sacrifie l'un de ses membres afin que le deuil fût réellement porté dans tous les foyers sang et cris de douleur. Les assassinats d'enfants tels qu'ils sont relatés par l'Exode ou par notre évangéliste, sans être courants n'en étaient pas moins attestés par l'histoire profane. Comme dans nos récits ils sont dus généralement à la peur qu'avaient certains princes de voir le pouvoir de leurs enfants contestés par un membre de sa famille ou de son clan. Nous demandons bien sûr pourquoi le Seigneur n'a pas arrêté le bras de l'assassin, on se posera la même question à propos de la St Barthélemy, des guerres en Irlande, en Afrique du Sud, en Europe jadis, au Moyen Orient aujourd'hui. N'avons-nous plus dans notre système de pensée de place pour celui qu'on n'ose plus appeler Satan? Pour la force du mal à l'œuvre dans le monde, dans le cœur de l'homme? Cette force transparaît dans notre récit en opposition à la force de Dieu. Dieu donne un Sauveur à l'humanité. Hérode tente de le faire disparaître par le mensonge et la traîtrise. Dieu sauve son Fils, et la démarche initiale de salut peut être remise en route.
Dès sa naissance cet enfant connaîtra la tension entre l'amour et la haine des pouvoirs. Tout au long de son évangile, Matthieu reprenant Marc montrera combien chaque parole, chaque geste du Christ chaque guérison ou délivrance assurera la montée en haine aboutissant à la croix du Vendredi Saint. Ici déjà cette tension est sensible. Autour du berceau Luc nous montrait le ravissement des bergers et l'émerveillement de Marie. Matthieu nous dit avec les mages, la portée universelle de l'événement avec Hérode l'intrusion de dieu dans un monde de haine. Le "ne craignez rien" des anges aux vergers devient "craignez et fuyez", des mêmes anges à Joseph et Marie d'autre part aux mages ensuite car on ne se heurte pas impunément aux puissants comme le font les mages en ne retournant pas auprès d'Hérode, en acceptant de porter et d'éduquer le fils de Dieu comme le firent Joseph et Marie. C'est dire que la puissance du mal est réelle, qu'elle menace l'un autant que l'autre le croyant et le non-croyant c'est dire aussi que celui qui est à l'écoute de Dieu comme le fut Joseph, celui-là sera armé par Dieu et connaîtra l'efficacité de sa bénédiction.
Par rapport au récit de Luc, celui de Matthieu nous plonge dans le réel. A Noël le monde ne s'arrête pas de tourner pour plonger dans l'émerveillement mystique, à Noël haine et guerres cris et douleurs restent le lot de l'humanité et son drame. Pour la première fois depuis que j'en ai souvenir, personne n'a parlé de trêve de Noël cette année. Car il n'y en a pas eu pour les passagers de l'avion, ni pour les otages d u Liban, ni pour les racistes d'Amérique ou d'Afrique ni pour les soldats massacrés en Iran.
Pour Luc le monde s'arrête, pour Matthieu la prophétie se réalise et cette prophétie est faute de cris, de pleurs et de lamentations.
Il y a quelques semaines, lors d'une réunion de notre groupe de jeunes couples un rabbin nous disait: lorsque nous ouvrons nos journaux lorsque nous écoutons les informations, nous voyons bien que Jésus n'est pas le Messie annoncé par nos prophètes. Les choses n'ont pas changé à la naissance du Christ. Elles sont encore cris et douleur deux mille ans après parce que deux mille ans après l'homme est encore à hésiter entre le pouvoir d'amour de Dieu et le pouvoir du mal et deux mille ans après l'homme continue à préférer lutter pour sa propre puissance plutôt que pour le royaume de Dieu.
L'humanité comprendra-t-elle un jour qu'elle est constamment placée devant la croix et pleinement responsable du choix qu'elle fera. L'humanité saura-t-elle apprécier les conséquences de son choix et en porter la responsabilité?
Cris et douleur sont les conséquences de notre choix qui veut le pouvoir plutôt que l'humilité, la possession plutôt que le partage, la puissance plutôt que l'amour. Aucun appel à la paix fût-il lancé par le pape et tous les présidents d'états et d'église, s'il n'est pas d'abord prise de conscience des horreurs du mal et de la haine au premier niveau d'abord, celui où nous vivons chaque jour, celui de nos familles, de nos relations de voisinage, du monde où nous travaillons et où nous vivons nos loisirs.
C'est bien cette prise de conscience que Matthieu souhaite voir peindre chez ses lecteurs donc aujourd'hui, car ce récit de la naissance de Jésus se poursuit pas l'appel à la repentance par Jean Baptiste et par le récit de la tentation de Jésus. Jésus a su, lui, refuser le jeu du pouvoir et de la puissance acceptant la haine des puissants, acceptant de la porter jusqu'à la croix mais l'acceptation du Christ ne terminera pas sur la croix. Elle verra son aboutissement au matin de Pâques car c'est là que s'accomplira ce que le Seigneur avait annoncé par les prophètes: j'ai appelé mon fils d'Egypte.



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