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Matthieu 01 v 18 - 25 (Richard Benhamias)
Textes : Esaïe 7/10-16 ; Matthieu 1/18-25
Genre : Prédication Auteur : Richard BENNAHMIAS Source : Prédication pour le dimanche 20.12.1998 (4° dimanche de l’Avent). Bible et Liturgie. En hébreu « Emmanuel », en français « Dieu avec nous », en allemand « Gott mit uns » de triste mémoire ! Tambours et trompettes les accompagnent, ceux qui, depuis le prophète Esaïe, se bousculent aux portes de l'histoire pour promettre une issue heureuse aux angoisses du temps. Emmanuel, Dieu avec nous ! Étendard de toutes les luttes, certitude efficace, gravée au ceinturon des soldats de l'empereur Guillaume, au kalachnikov du guérillero, au front peinturluré du pacifiste. Emmanuels militaires, héros de toutes les guerres justes, Emmanuels militants, héros de toutes les luttes finales. Où est la mère qui vous enfanta ? Où est-elle, la reine des batailles décisives accoucheuses de paix perpétuelle ? Où est-il, le grand soir accoucheur de justice ? Où sont-ils, les matins qui chantent le bonheur et la liberté ? Fût-elle jamais jeune fille, l'Eve qui vous enfanta, féconde en frères ennemis ? Emmanuel, Dieu avec nous ! C'est le titre auquel prétendent tous ceux qui se prennent pour le Messie : les annonciateurs de bout du tunnel, ceux qui veulent nous changer la vie, ceux qui confisquent l'espoir au profit de leurs propagandes. Ceux qui ont la bonne et unique solution aux difficultés brûlantes du moment. L'Emmanuel auréolé de la gloire du dieu qui l'accompagne, c'est l'homme providentiel. « Ecoutez, maison de David, est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes que vous fatiguiez aussi mon Dieu ? Aussi bien, le Seigneur vous donnera-t-il lui-même un signe. Voici, la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel ». Pour nous autres chrétiens, il est un seul Emmanuel : Jésus de Nazareth, crucifié à Golgotha. L'homme providentiel ? Son corps écartelé agonise sur la croix ! La bataille décisive, la lutte finale : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?». Il est là, le signe promis par un Dieu que rien ni personne ne fatigue, sur la croix et pas ailleurs. Ce n'est pas sur la paille de la crèche que s'enfante notre Emmanuel, mais dans les angoisses de la semaine sainte. Emmanuel, Dieu est avec nous, c'est le nom que la communauté des disciples, frappée par l'événement de la passion, de la croix et de la résurrection, donnera à l'absence vertigineuse creusée en son cœur même par la mort de Jésus de Nazareth et le vide de son tombeau. Du vendredi-saint à Pentecôte, c'est une longue Pâque, un lent travail de gestation et d'enfantement. Au sein de la communauté des disciples, Dieu met au monde le Ressuscité. Sous l'action de l'Esprit Saint, la communauté des disciples enfante l'Emmanuel qui va désormais l'accompagner. Présence mystérieuse et ténue, aussi puissante que fragile, discrète comme la naissance d'un enfant, la résurrection de l'Emmanuel rend sens, forme et identité à la communauté des disciples. Elle est désormais celle qui attend son Christ comme une jeune femme attend son enfant ; elle est celle qui accueille et qui obéit, tout entière tournée vers cette altérité radicale qui croît en elle. Au cœur de l'église naissante, la naissance de la foi est une transfiguration, une conversion du deuil, de la détresse et du désarroi des disciples. Progressivement, l'angoisse qui les étreint cessera d'être celle, stérile, de la mort, pour devenir celle, féconde, de l'enfantement. La prophétie d'Esaïe résonne au cœur de ceux qui, leur maître crucifié, fatigués d'horreurs, de trahisons et de lâchetés, n'osaient plus demander aucun signe. « Voici, la jeune femme est enceinte et elle enfante un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel ». Emmanuel, Dieu avec nous : ce nom ne prend vraiment sens qu'à partir du matin de Pâques. Désormais, ce nom n'est plus celui de la certitude guerrière, ni celui de la conviction impérieuse et dogmatique. Désormais, ce nom est celui de l'attente féconde. S'il y a un Emmanuel, aujourd'hui comme au matin de Pâques, comme un enfant à naître, il remue et s'ébroue dans le giron de notre attente. Dans notre attente, au-delà de toute espérance, Dieu est avec nous. C'est au creux de cette attente, que ne réussissent à éteindre aucun échec, aucun désespoir, ni aucune résignation, qu'entre en gestation l'espérance de la Résurrection. Nous vivons aujourd'hui désabusés, dans un univers désenchanté, dans un monde où le cynisme semble être la seule sagesse raisonnable. À la fin d'un siècle qu'animèrent toutes les espérances de la modernité, deux guerres mondiales dont les armistices ne mirent pas fin aux horreurs et aux massacres, une succession continue de crises économiques et sociales qui ne débouchèrent jamais que sur des embellies provisoires nous ont conduit à penser que, quel que soit le problème, toutes les solutions ont déjà été essayées ! Et pour ce que ça a marché, à quoi bon recommencer ? Nous sommes les héritiers d'une histoire qui croyait combler le vide en procréant à la chaîne messianismes et messies de tous cuirs et de tous poils. Avec puissance, déchaînant pour ce faire toutes les ressources de la matière et de l'esprit, les idoles se sont affrontées avec fracas. Aujourd'hui, leurs débris épars cachent mal le vide dont elles prétendaient nous protéger. Nous voilà une fois de plus face à l'incertitude, incapables d'envisager l'avenir avec confiance et sans fidélités auxquelles nous raccrocher. Quantité de questions angoissantes se posent à nous et toutes nos solutions miracles sont par terre. A l'aube du XXI° siècle, ceux qui ont vécu l'événement du Golgotha et qui ont été touchés par la lumière de la Résurrection ont peut-être deux mille ans d'avance. Au-delà de la dérision et du désenchantement, au-delà du dépit morbide qui caractérise l'ambiance morale et spirituelle de notre temps, du côté de la Résurrection, peut-être se situe l'Homme : l'humanité enfin désabusée de ses idoles à tout faire, désenchantée des solutions miracles, laissant à leurs discours creux ceux qui s'arrogent le titre de Messie. Y a-t-il un au-delà aux échecs de notre modernité ? Peut-être pas. Nous sommes à un tournant dont nul ne sait ce qui se cache derrière lui. Mais au cœur du deuil des illusions de toute puissance que la foi dans le progrès avait insinuées en nous, reste au bout du compte ancrée en nous l'attente irréductible d'un règne nouveau. Une attente rendue à sa virginité par les échecs et les déconvenues. Après l'avoir dénudée de toute illusion par l'événement de la croix, et rendue à sa virginité par le vide du tombeau pascal, Dieu féconda l'attente des disciples d'un Emmanuel qui les accompagne jusqu'à aujourd'hui. Depuis deux mille ans et à chaque fois contre toute attente, la foi que l'Emmanuel du Seigneur ne cesse de susciter est passée au travers de la chute des civilisations et des empires ; à chaque fois, elle a ressuscité des trahisons et des lâchetés de ceux qui étaient censé la porter. Emmanuel, Dieu avec nous : au cœur de notre attente à nouveau vierge de toute illusion, il est pour nous la force d'agir et de construire ; la force tranquille d'une foi qui ne s'idolâtre pas en certitude. Au creux des efforts des hommes, au cœur de leur attente, naît, humble et fragile comme un nouveau-né, l'espérance de la Résurrection. Noël frappe à notre porte. Autre lecture : Romains 1/1-7 Cantiques : Psaume 47 Frappez dans vos mains NCTC 166 = ARC 307 O viens, Jésus NCTC 153 = ARC 172 Mon cœur rempli Autres textes de la même catégorie
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