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Matthieu 01 v 18 - 25 (Frédéric Debrot)
Le Vierge Joseph
Prédication du 19 décembre 2004 de Frédéric Debrot Lectures : Esaïe 7:10-17 Romains 1:1-7, 16-17 Matthieu 1:18-25 Voici comment arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu'ils aient habité ensemble. Joseph, son époux, qui était un homme juste et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle... Ce qui est important, dans ce texte, c’est que Joseph n’est pas le père biologique de l’enfant Jésus. Dans l'Évangile selon Luc c'est la vierge Marie qui a le premier rôle, ici c'est le vierge Joseph que nous sommes appelés à suivre pour adopter le Christ comme notre enfant. ************************ La 1ère chose que nous dit ce texte sur Joseph, c'est qu'il est un homme juste, et ce terme n'est pas un qualificatif utilisé à la légère dans la Bible. Être juste, c'est une qualité qui n'appartient en propre qu'à Dieu, et parfois un petit peu aux hommes quand ils se laissent inspirer par Dieu. Joseph va se révéler être un homme juste d'une façon intéressante, paradoxale. Il va être juste en n'obéissant pas à la Loi de Moïse ! Puisqu'en cas d'adultère cette loi prévoit une exécution des coupables (De. 22:23). Mais ici, Joseph place l'amour au-dessus de la Loi de Moïse. C'est en cela qu'il est vraiment un homme juste. Pas une seconde Joseph n'envisage de dénoncer Marie, il pense d'abord rompre discrètement. Puis, finalement, il prend sur lui de reconnaître cet enfant, de l'adopter comme étant le sien. Le pardon et l'amour triomphent, Marie et Jésus auront une famille, Joseph a un fils. Il est donc un homme juste. Il est également un prophète puisque Dieu lui parle directement. - Joseph reçoit la visite de l'ange qui lui révèle la volonté de Dieu concernant Jésus. - Plus loin c'est encore Joseph qui sera guidé à 3 reprises par Dieu pour sauver la vie de Jésus et de Marie jusqu'à Nazareth (2:13, 19, 22). Dans le contexte du judaïsme de cette époque, il est tout à fait nouveau que Dieu s'adresse ainsi à quelqu'un ; il n'y avait pas eu de prophète depuis des siècles. Pour connaître la Parole de Dieu il n'y avait plus que la lecture de la Bible et son interprétation. Une ère nouvelle s'ouvre avec Jésus, on y interprète encore la Bible (Jésus et ses disciples ne s'en privent pas), mais Dieu parle aussi, directement aux hommes et aux femmes. Joseph n'est donc pas un prophète comme au temps de l'Ancien Testament, mais il est déjà un prophète du Nouveau Testament, une personne comme vous & moi que Dieu écoute et à qui il parle directement. Et cette parole prime, bien entendu, même sur la loi de Moïse. Joseph est une figure de l'homme juste, selon la nouvelle alliance en Christ. - Maintenant, l'amour des autres l'emporte sur la lettre de la Loi, l'amour est l'accomplissement de la Loi dira l'apôtre Paul. - Et maintenant une relation nouvelle est établie entre Dieu et le croyant, une proximité qui était auparavant réservée aux grands prophètes. Jérémie avait espéré cela depuis plus de 6 siècles, disant que Dieu avait ce projet : Je mettrai ma loi en eux, je l'écrirai dans leur cœur, leurs fils et leurs filles seront des prophètes, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. (Jer 31:33, 2:28) Joseph va pouvoir ainsi adopter cet enfant Jésus comme étant son propre fils ; en tant que Jésus, c'est-à-dire « Salut offert par Dieu » ; en tant qu’Emmanuel, c'est-à-dire « Dieu en nous » ; c’est ce que nous allons approfondir maintenant. ************************ Comment transposer la démarche d’adoption de Joseph à notre existence ? Et comment doit comprendre l’importance de cette naissance, de cet enfant déjà Roi ? Au-delà de la simple histoire, probablement réelle, historique, de cette jeune fille Marie qui a un enfant sans l'aide de son fiancé. Au-delà de cette belle histoire de pardon et d'adoption, les auteurs de ces évangiles proposent une relecture théologique et existentielle de cette histoire. Ils en font une prédication du Salut en Christ. Joseph adopte Jésus comme son propre enfant. Comme le nom même de Jésus l'indique(1:21), Jésus est le salut de l'Éternel ; d’ailleurs selon son étymologie, le mot Jésus signifie « le Seigneur sauve » ; il incarne notre foi, la lumière et la Parole de Dieu, il incarne notre vie éternelle, le projet de Dieu pour nous. C'est cela que l'on nous propose ainsi d'adopter : le salut de Dieu. C'est cela que Joseph nous invite à accepter : que la chose la plus importante de notre vie ne vienne pas de nous-mêmes, ni d’ailleurs de Dieu seul. Le salut n’est pas quelque chose que nous devons produire par nous-mêmes (ouf !), il est à recevoir, à adopter comme Joseph adopte cet enfant. Le salut de Dieu est ainsi comme une réalité nouvelle qui nous surprend et nous dépasse, une réalité vivante que l'on ne peut avoir qu'en acceptant de la recevoir par amour. Joseph a du mal à accepter cette naissance, nous avons du mal à adopter le salut de Dieu. Cela choque notre volonté innée, celle d'être, tout seul, artisan de notre vie. Mais c'est vital. C'est déjà une bonne idée de placer son espérance, sa foi, en quelque chose de plus grand que soi-même. C'est déjà bien, par exemple, d'avoir foi en un certain idéal. En choisissant d'adopter cet enfant, Joseph place Dieu au-dessus de lui-même. Il nous indique à l’avance que Jésus vient pour une mission très particulière, celle d’assumer et d’assurer le salut pour les hommes. Joseph choisit de placer sa foi en Dieu, et de faire passer ses propres aspirations après. ************************ La seconde chose que nous dit ce texte, c'est que l'accomplissement de notre existence se fait quand notre dimension humaine est habitée, transformée, fécondée par une dimension divine. C’est pourquoi Jésus s’appelle aussi Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ». Il est difficile de parler de cette transformation avec des mots de la vie de tous les jours. C'est pourquoi Jésus utilise des images pour en parler : il nous dit que nous pouvons devenir "enfant de Dieu", que nous pouvons "naître de nouveau" ou "naître de l'Esprit de Dieu". Tout cela nous annonce que notre naissance spirituelle est quelque chose qui doit faire partie de notre quotidien. Cette vie nouvelle ne peut naître dans notre existence qu'à l'exemple de la naissance du Christ : il faut que Dieu vienne féconder notre dimension humaine pour qu'il en naisse quelque chose de bon et d'éternel. Notre dimension biologique est bonne, mais elle est évidemment limitée en durée et en qualité. Dieu arrive dans notre propre histoire comme une dimension extérieure qui nous féconde et qui permet de faire grandir en nous une réalité nouvelle. Exactement comme l'Esprit de Dieu met de la vie dans le corps de Marie. C'est cette interaction entre la réalité humaine et la réalité divine qui est à l'origine de la conception de cet être nouveau qu'est Jésus, qui est ainsi à la fois fils de Dieu, et fils de l'homme. Notre existence est ainsi faite pour être fécondée par l'interaction permanente entre la dimension spirituelle et nos dimensions biologique, intellectuelle, sociale, artistique. Une vie qui ne s'intéresserait qu'à la dimension matérielle serait stérile. Cette vie purement terrestre chercherait à se sauver d'une manière illusoire, tentant d'oublier le vieillissement inexorable de notre corps en se réfugiant dans l'activisme. Cette attitude est à la fois stérile et frustrante. Car elle est sans avenir. À l'autre extrême, les religions et les philosophies niant la bonté du principe matériel de notre personne conduisent également, à mon avis, à une vie mutilée. Pour être un petit peu à l'image du Christ, nous devons naître comme lui. C'est-à-dire accepter que Dieu intervienne dans notre histoire personnelle pour que nous devenions enfant de Dieu tout en restant un enfant humain. Et comme un enfant tient à la fois de ses deux parents, l'action de Dieu dans notre vie ne remplace pas notre personnalité, elle la féconde. Et ce nous-mêmes qui naît de cette union est effectivement un être nouveau, mais c'est en même temps la chair de notre chair, il tient de nous-même et il a reçu de Dieu quelque chose de vraiment neuf. Nous répondons ainsi indirectement à l’angoissante préoccupation du théologien Silesius, qui écrivait au 17 ème siècle « Même si Christ était né mille fois à Béthlehem, et non en toi, tu serais quand même perdu ! » ************************ Une question assez délicate se pose à la situation de Joseph : celle de la liberté humaine vis-à-vis de Dieu. Si l'on prend ainsi pour modèle le Joseph de cette histoire, le Joseph qui doit renoncer à faire lui-même son enfant pour adopter celui de Dieu, est-ce que cela ne voudrait pas dire renoncer à notre propre liberté de conscience pour accepter en aveugle que tout vienne de Dieu et que ce soit lui qui vive à notre place ? Et bien non, je pense au contraire que Joseph n'est jamais aussi libre et qu'il n'est jamais aussi pleinement lui-même qu'à ce moment-là. Et en prime il reçoit et participe à une immense œuvre de salut. Joseph ne renonce pas à sa liberté de conscience. Au contraire, il devient plus fort, plus audacieux, plus éclairé. Il n'est pas alors un pion sur un échiquier mais un homme qui choisit de vivre en aimant. Si l'on regarde bien, ce n'est pas Dieu lui-même qu'il adopte, ce n'est pas ce qui nous est proposé. Celui que Joseph adopte, d'après ce texte, c'est Jésus, le Salut de Dieu, et c'est l'Emmanuel, Dieu avec nous. Ce que Joseph choisit d'adopter ce n'est pas Dieu comme une négation de ce qu'il est, mais c'est Dieu avec nous, c'est à dire le fait de vivre en relation avec Lui, et c'est une réelle source de salut, de liberté, de fécondité et de joie. Ce « Dieu avec nous » que nous pouvons adopter, nous permet de vraiment mettre en valeur nos qualités, comme c'est le cas ici avec Joseph, comme c'est le cas avec Marie aussi que l'on connaît mieux par l'Évangile selon Luc. Il y a ici une vraie liberté, rien n'obligeait Joseph à adopter cet enfant qu'il n'avait pas fait. Il n'y a pas de chantage dans l'amour de Dieu. Ce serait très différent si Joseph plaçait sa foi non pas en Dieu, comme ici, mais dans une religion ou une loi morale. Il s'agirait alors vraiment de renoncer à sa propre conscience, à sa liberté de penser pour adopter une pensée toute faite. Mais ce n'est pas ce qui est proposé ici. Au contraire, la lettre de la Loi morale et religieuse est écartée, au nom d'une justice plus grande, d'abord au nom de l'amour que Joseph a pour Marie, même quand il la croit fautive, puis au nom de Dieu lui-même qui le confirme dans cette liberté, et l'aide à aller encore plus loin. ************************ C’est donc en toute liberté et en plein enthousiasme que Joseph aura ainsi un fils, un fils qui n’est pas seulement fils de l’homme, mais aussi fils de Dieu. Un fils qui n'est pas seulement vivant pour quelques années, mais vivant aujourd'hui et pour l'éternité. Un fils qui ne vit pas seulement pour lui-même, mais qui est le salut de Dieu pour nous tous, un fils qui est Dieu avec nous, l'Emmanuel. 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