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Matthieu 01 v 18-25 (David Mitrani)
Texte : Matthieu 1/18-25
Genre : Prédication Auteur : David MITRANI Source : Prédication pour le 20.12.1998 à Jarnac (17). Alors, Jésus ou Emmanuel ? Comment doit-on l'appeler, ce petit ? On finira, bien des années plus tard, par lui donner un troisième nom : Christ ! Vous me direz : ce n'est pas un nom, c'est un titre, ça veut dire quelque chose… C'est vrai ! C'est le titre royal ou sacerdotal, cela désigne qui a reçu l'onction, le signe du choix de Dieu. En hébreu, on disait Messie, et dans l'anglo-américain de l'époque, le grec, les Juifs disaient Christ. Et ça lui est resté, comme pour Jean, qui baptisait et qu'on appelait donc Baptiste… Mais tout ça, ce ne sont pas de vrais noms. — Pourquoi ? Qu'est-ce que c'est, un vrai nom ? — C'est ce par quoi on appelle quelqu'un, c'est ce qui le fait se retourner vers vous, venir peut-être, ou vous attendre. C'est ce qui parle de lui. C'est ce que vous connaissez de lui. Assurément, les Juifs de langue grecque avaient raison d'appeler leur dieu Seigneur, ce dieu au nom imprononçable, inconnaissable, parce que, lui, il ne se retourne pas quand on le siffle ! Tout ce qu'ils en connaissaient, c'était sa seigneurie, tellement souvent montrée à travers les pages de la Bible et les récits des Pères. Oui, Dieu est Seigneur, c'est ça son nom, puisque c'est ce qu'il est pour nous… Aujourd'hui, donnez-vous encore des noms qui ont du sens à vos enfants, à vos amis ? Peut-être la pratique s'en est-elle perdue un peu, dans nos contrées. On donne volontiers aux nouveaux-nés des prénoms qui sonnent bien à l'oreille, au cœur ou à la mémoire de leurs parents. Et si le nom n'a plus de sens repérable, si même on ignore la langue où il fut prononcé pour la première fois, au moins a-t-il l'avantage d'évoquer le plaisir pour ceux qui l'ont donné ! Dans une société qui a perdu le sens, c'est au moins toujours ça ! Alors, Jésus ou Emmanuel, pour l'enfant de la crèche ? L'ange lui-même est un peu confus sur cette question ! Pourtant, c'est important. Dans ce nom, il y a tout le projet du père, puisque, si c'est la mère qui donne la vie, c'est le père qui donne le nom, afin que la vie puisse donner consistance au nom, et que le nom puisse changer la vie. Jésus ou Emmanuel ? Quelle sera la vie, quel sera le sort de cet homme ? Quel est le projet de son père ? Quel est le projet de son dieu ? Emmanuel, c'est un beau nom. C'est sans doute celui que votre foi a prononcé à chaque heureuse naissance dans votre foyer ou votre famille : "Dieu est avec nous" ! Mais ce nom, qui va comme un gant à tout enfant, à tout ami, à toute personne qu'on aime, peut s'avérer redoutable. Tant qu'il signifie l'amour ou l'amitié qui se vit, et qui est reçu comme une présence de Dieu, ça va. Mais si, autour de l'Emmanuel en question, ce sont des choses désagréables, désastreuses, destructrices, qui s'effectuent, que va-t-on dire ? Penserez-vous alors qu'il est mal nommé, ou bien qu'il est finalement dangereux que Dieu soit avec nous ?… Quand vous relisez Esaïe, le prophète qui prophétisa ce nom (Esaïe 7/14 ; 8/8 & 10), vous ne savez pas trop ! Est-ce une prophétie heureuse, ou bien un oracle de malheur ? Est-ce l'annonce de la destruction des ennemis (ce qui fait toujours le bonheur de quelqu'un) ou bien l'annonce que la fureur destructrice des Assyriens viendra aussi détruire Jérusalem ? Est-ce une prophétie de bonheur pour le peuple, ou de pérennité pour le roi, ou bien encore est-ce de l'ironie amère ? Dans quel but Dieu sera-t-il donc avec nous ? Qu'en retirerons-nous ?… Si vous ne savez pas trop de quel dieu il s'agit, si vous n'êtes pas assurés dans votre théologie, l'annonce d'un Emmanuel peut très bien vous faire trembler ! Rappelez-vous la "crainte" qui, dans l'Ancien Testament et même parfois le Nouveau, saisit tous ceux qui se sentent trop proches de Dieu : peut-on voir Dieu et vivre (Exode 33/20) ? Même une bonne et saine théologie évangélique peut vous faire redouter un tel nom, car là où Dieu s'invite, plus rien n'est comme avant, plus rien n'est à sa place, tout change autour de moi et en moi, si Dieu est là… Et généralement, ça m'embête bien, parce que j'aime que les choses soient à leur place, c'est-à-dire là où je décide, moi, qu'elles doivent être… Bref, Emmanuel n'est peut-être pas un si bon prénom que ça. Jésus, alors ? Jésus, bien sûr ! Je ne pense pas surprendre grand-monde ici en promouvant ce prénom pour l'enfant de l'épouse de Joseph ! Mais l'habitude a aussi son défaut : nous avons oublié qu'il s'agissait là d'un nom comme un autre, donné à plus d'un homme dans ce lointain petit pays, et depuis, d'ailleurs, dans d'autres aussi. Chez nous, c'est vrai, ce n'est pas un prénom très courant… Dans la Bible, par exemple, ils sont trois à avoir porté de manière notoire un tel nom, même si nous avons pris l'habitude de le dire en hébreu pour les deux plus anciens, au lieu du grec pour le troisième, le "nôtre". En fait, avant Jésus de Nazareth, il y a eu Josué fils de Yehotsadak, à l'époque du retour d'Exil, et encore plus loin il y avait eu Josué fils de Nûn, qui succéda à Moïse à la tête des Hébreux. C'est aussi loin de Jésus que, respectivement, Christophe Colomb et Clovis le sont de notre propre époque ! Mais pourtant ces trois hommes ont un nom en commun, un nom sous lequel ils sont connus de tous : Josué, Jésus, ce qui veut dire que "Dieu sauvera". Voilà, mieux qu'Emmanuel, un nom agréable. Ce ne sont pas comme les fils d'Esaïe, qui s'appelaient "un reste reviendra" et "vite au pillage, en hâte au butin", noms difficiles à donner, non ? En plus, même le premier, plus optimiste que le second, évoque néanmoins le détour par une épreuve où la plupart sombrera. Avec Josué, Jésus, rien de tel : Dieu sauvera, Dieu sauve, il n'y a là que du positif, pour nous, pour tous. Un Sauveur, décidément, ne peut s'appeler que Jésus ! Mais de ces trois Jésus, seul le dernier est le vrai. Comment donc les reconnaître ? A leur succès ? Alors, c'est plutôt le premier, le fils de Nûn, qui a le mieux réussi, conquérant d'une Terre promise, mais occupée par d'autres gens. De cette réussite, d'ailleurs, le monde n'a pas encore fini de s'en remettre !… A leur notoriété ? C'est vrai que là, le nôtre est mieux placé, puisque si vous connaissiez sans doute le premier, le second ne vous a vraisemblablement pas marqué, mais sans le troisième vous ne seriez pas là ! Plutôt que de courir de l'un à l'autre sans plus savoir ou comprendre, regardons-les tous trois. Ils ne se ressemblent pas. Le premier, c'est un guerrier aux ordres de Dieu. Il sauve son peuple par les armes, des armes certes bénies, mais c'est pour être plus efficaces, plus meurtrières ! Et si lui sait que toute la puissance alors déployée est celle de Dieu, et non pas la sienne propre, s'il sait que la victoire est celle de Dieu, et non pas de sa stratégie à lui, j'imagine que cela compte assez peu pour ses troupes, et encore moins pour ses défunts adversaires ! Je ne ferais pas vraiment de parallèles hasardeux avec l'actualité internationale, mais nous avons là, avec ce premier Jésus, un christ dont le salut se marque par des valeurs tout humaines. Il sauve, oui, encore que ce soit un salut partisan ; il restaure le droit, oui, encore que ce soit un droit univoque. C'est Josué le sauveur, par la puissance de ses œuvres. Le second Josué est bien différent : c'est le grand-prêtre de la restauration du Temple de Jérusalem. Nous avons vu, mercredi, comment Zacharie le prophète faisait de lui aussi le messie, le christ. Il est l'image du salut de Dieu par de tout autres armes : par la religion, par l'appartenance à un peuple constitué selon des règles religieuses. Messie intégriste peut-être, comme beaucoup y aspirent dans le monde depuis quelques années, dans l'une ou l'autre religion. Messie religieux tout court. Pratique donc fidèlement les commandements, viens au temple, et tu seras sauvé… Non, le troisième Josué ne ressemble pas aux deux autres. Il ne se met pas en avant, il ne prend pas les armes et n'appelle pas à le faire, il ne veut pas de la religion comme cadre à la vie de son peuple, il est un provocateur perpétuel et perpétuellement impuissant. Pourquoi donc s'appelle-t-il Jésus ? Parce que ni lui, ni sa puissance, ni sa religion, mais en lui c'est Dieu qui sauve, vraiment Dieu, pour un vrai salut. Il est le seul des trois, il est le seul de toute l'humanité, qui soit à la fois Jésus et Emmanuel. Car la bonne nouvelle se tient là : c'est que, lorsque Dieu sauve, il vient le faire lui-même, il devient Dieu avec nous, mais seulement pour sauver, pas pour tuer, pas pour endoctriner, pas pour se venger, pas pour se faire une cour. Il vient comme nous vivons, comme nous mourons, par amour et impuissance, pour prononcer et appeler nos pauvres noms à nous, ces noms qu'il a écrits de toute éternité sur le grand livre de la vie, sous ce seul titre : Jésus Emmanuel. Amen. Autres textes de la même catégorie
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