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Matthieu 01 v 18-25 ; 16/13-18 Marc Pernot



Textes : Matthieu 1/18-25 ; 16/13-18
Genre : Prédication
Auteur : Marc PERNOT
Source : Prédication pour le 25.12.2001 (Noël), trouvée sur le site de l’Eglise Réformée de Nancy.



“Mais, pour vous, qui suis-je ?”

Jésus demanda à ses disciples : “Qui suis-je aux dires des gens, moi, le Fils de l'homme ?”. “Les uns disent que tu es Jean-Baptiste ; les autres, Elie, Jérémie, ou l'un des prophètes”. Jésus leur dit : “Mais pour vous, qui suis-je ?”. Simon Pierre répondit : “Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant”.

Ce jour-là, près d'un village au pied du Liban, c'est bien l'événement le plus important de l'histoire de l'humanité qui s'est passé.

En ce jour de Noël, je devrais normalement vous dire que l'événement majeur de l'histoire de l'humanité, c'est la naissance de Jésus dans une étable. Pourtant, l'événement majeur, l'événement qui conditionne tout, c'est plutôt ce qui s'est passé 30 ou 35 ans plus tard, près de Césarée de Philippe, quand un homme, le premier, a osé dire à un autre : "Tu es le Christ".

C'est l'événement de la foi qui fait que l'événement historique a de l'importance. Si personne n'avait dit à Jésus "Tu es le Christ", sa naissance serait un événement historique tout à fait secondaire. Si personne ne disait aujourd'hui de Jésus "Il est le Christ", la fête de Noël pourrait redevenir la fête de l'hiver, ce serait normal. Et si nous n'arrivons pas, avant la fin de notre vie, à dire de Jésus "Pour moi, il est le Christ", si nous n'avons pas envie qu'il change notre façon d'être, alors nous pouvons oublier Jésus de Nazareth. Il vaudrait alors mieux pour nous chercher ailleurs le sens et le but de notre vie, pour trouver enfin quelque chose qui nous fasse avancer.

Mais, pour bien des gens, aujourd'hui, cet homme Jésus est "le Christ, le Fils du Dieu qui donne la vie". C'est-à-dire que Jésus n'est pas seulement le meilleur, ou le plus sage, mais qu'il est bien plus que cela. Si je dis de Jésus qu'il est le Christ, cela veut dire que je le considère comme quelqu'un qui me concerne au plus haut point, car il me fait entrer dans une nouvelle dimension de l'être. Ou, au moins, cela veut dire que je compte sur lui pour qu'il le fasse un jour prochain.

C'est cela que Pierre reconnaît à ce moment : Jésus est porteur de ce monde nouveau que Dieu veut pour nous. Pierre affirme alors que l'événement décisif de l'histoire de la création de l'humanité est arrivé. Et qu'il est dans cet homme qui marche en ce moment avec eux sur les routes du nord de la Palestine. Cet événement du Christ en Jésus de Nazareth, les évangiles en parleront comme d'une étape aussi décisive que la création de l'univers, comme la création de la lumière ou celle de l'humanité.

L'événement essentiel, qui conditionne tout cela : c'est l'événement de la foi. C'est ce moment où un homme, une femme, dit oui à Dieu en Christ.

Sinon, à quoi bon la naissance de Jésus ? Il est né en vain s'il n'est pas effectivement porteur d'un monde nouveau pour nous. Parce que c'est pour nous que Jésus de Nazareth est né, c'est afin que le Christ naisse en nous.

La question décisive que pose ce texte de l'évangile, c'est de savoir qui est vraiment Jésus de Nazareth pour nous. C'est intéressant de savoir comment les autres le considèrent. Mais la vraie question, celle que nous pose en réalité l'anniversaire symbolique de Noël, c'est la question que Jésus pose depuis 2 000 ans à chaque personne qui l'écoute : "Pour toi, qui suis-je ?". Et la réponse à cette question, nous n'avons pas d'abord à la donner devant les autres. Là, il ne s'agit plus de se mentir à soi-même, ou de paraître devant les autres quelqu'un que je ne suis pas. Ce dont nous avons besoin, c'est de répondre sincèrement à cette question de Jésus qui nous demande "Pour toi, qui suis-je?". Ou peut-être que la question qu'il nous pose, c'est en fait celle-ci : "Qu'est-ce que tu attends de moi ?". Parce que, si nous n'attendons rien de lui, s'il changeait alors notre vie, ce serait de force, malgré nous. Y aurait-il alors du respect ? Non. Est-ce que l'action du Christ pourrait être alors une source de liberté et de joie ? Non plus.

Si nous ne sommes pas disposés à ce qu'il change notre vie, il ne peut rien faire.

Ou bien, si nous attendons de lui qu'il nous enseigne des choses intéressantes, il peut certainement le faire. On voit dans ce texte biblique que, pour la plupart des gens, il n'est pas le Christ, mais quand même un véritable prophète. C'est déjà çà, et c'est vrai que les paroles de Jésus sont passionnantes : sa théologie, sa philosophie de la vie, sa compréhension de la personne humaine et des rapports entre les gens, sa façon de relativiser la religion et les préoccupations matérielles devant la priorité de l'amour, tout cela est vraiment formidable.

On peut aussi s'intéresser à Jésus en tant que personnage qui a eu une grande importance historique : il est le point de départ d'un courant de pensée majeur pour des milliers d'années.

D'accord, mais ce n'est que si nous considérons Jésus comme étant le Christ qu'il devient bien plus qu'intéressant ; c'est alors que Jésus devient, ou peut devenir, fondamental pour notre vie. "Le Christ", cela veut dire que, pour moi, cet homme Jésus est porteur d'un monde nouveau. Cela veut dire que, pour le monde et pour moi, je crois en Jésus de Nazareth comme porteur de l'avenir, du seul avenir véritable pour moi et pour l'humanité.

Par exemple, le prophète Jésus nous parle de l'amour de Dieu, de l'amour de mon prochain et de l'amour que je peux avoir de moi-même. Fort bien, cela est excellent. Mais seul le Christ nous donne de vivre chaque jour un peu plus cet idéal, en faisant naître et grandir en nous l'être capable d'aimer. C'est autre chose !

Il y a autant de différence entre le message du Christ et la vie qu'il donne qu'entre une photo de gâteau et le fait de déguster la tartelette à la framboise.

Quand Pierre dit à Jésus "Pour moi, tu es le Christ", il dit que cet homme qu'il a devant lui est celui qui libérera son peuple de l'oppression, celui qui fera que toute l'humanité honore l'Eternel, celui qui apportera la transformation du cœur humain et l'établissement d'un règne de justice et de paix...

Comment Pierre a-t-il pu dire cette confession de foi, alors qu'Israël était encore sous l'oppression des Romains, alors que tous les jours des gens mourraient de faim, ou survivaient dans des conditions de vie épouvantables comme esclaves, prostituées, lépreux, prisonniers,... ? Eh bien, Pierre l'a dit, et c'est cela qui est clairvoyant, et il l'a dit pour la même raison que nous le disons aujourd'hui, alors que, 2 000 ans après, le paradis sur terre n'est toujours pas arrivé, tant s'en faut.

Le pourquoi de la réponse de Pierre, c'est le message de Noël. Le salut en Christ a la nature d'un enfant. Le bébé, c'est déjà une personne et pourtant, ce qu'il est vraiment est de l'ordre de la promesse, de l'espérance. Le salut est en Jésus de Nazareth comme en germe dans l'histoire de l'humanité. Il est comme une minuscule graine plantée dans notre univers, nous dit l'Evangile. Il est comme un grain de blé envoyé pour que ceux qui le désirent puissent le recevoir. Il est comme un enfant dans une étable, il ne compte que pour ceux qui l'aiment.

Le grain de blé n'est encore rien, comme la naissance de Jésus n'est rien si nous n'en faisons rien.

Simon Pierre attendait le salut qui vient de Dieu, il a suivi un bon bout de temps l'homme Jésus, au début simplement pour voir, puis recevant ses paroles comme celle d'un grand prophète. Puis progressivement, quelque chose a germé en lui, comme une présence de Dieu, comme la semence d'un monde nouveau, d'un nouvel homme avec un cœur plus humain, plus optimiste, plus bienveillant. Alors il peut dire l'incroyable, l'inadmissible parole dans un monde en guerre, dans un monde qui souffre ; il peut dire à cet homme Jésus : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant". Simon Pierre a saisi, accepté que le Christ ne vienne pas établir un règne de justice et de paix brutalement, instantanément, mais plutôt comme un germe, une naissance à un monde nouveau.

Et Simon Pierre dit oui au Christ pour que ce monde naisse également en lui, par lui, avec lui.

Mais ce n'est pas immédiat d'arriver à ce stade. La foule croit que Jésus est un grand prophète comme Elie ou Jérémie. C'est un bon début, le fait de s'intéresser à lui, d'écouter ce qu'il dit comme venant de Dieu. Mais ce n'est qu'un début, car Jésus est plus qu'un théologien ou qu'un sage.

Pierre, ce jour-là, ose dire à Jésus qu'il est le Christ.

A Noël, nous passons symboliquement de l'attente du Messie à sa naissance. L'enjeu est que nous passions également, de plus en plus, du Christ qui nous intéresse au Christ qui change notre vie. Ce temps est venu de nous laisser toucher par la force de transformation qui est en Christ.

Concrètement, cela veut tout simplement dire du temps, de la place, de l'espace que l'on ouvre à Dieu dans notre vie. Cela veut dire qu'on laisse au moins une toute petite place dans un coin d'étable pour que le Christ puisse naître et commencer à vivre.

Le véritable événement, celui qui a le pouvoir de changer l'avenir, c'est notre foi. Noël ne sera un événement qu'à condition que quelque chose change en nous à cette occasion.

Or, voilà : le créateur de la vie nous propose une nouveauté vivante en Christ. Il est le second étage de la fusée de la création de l'homme par Dieu. Cette nouveauté, ou pour reprendre une image biblique, son royaume, n'est ni politique ni guerrier ; son royaume est en nous, au plus profond de nous-mêmes, et il ne naîtra pas sans nous, ni malgré nous.

Jésus est né, il y a bien longtemps. Mais le Christ nous attend pour naître. Le Christ naît chaque fois que nous entendons cette question éternelle "Pour toi, qui suis-je ?", et que nous répondons en disant "Pour moi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !".

Alors tous les anges du ciel fêtent la naissance du Christ dans la profondeur de notre existence. Et je n'ai pas honte de l'accueillir en moi, il est habitué à naître dans une étable !




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