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Marc 9 v 2-9 (Pierre Prigent)



Texte : Marc 9/2-9
Genre : Narration
Auteur : Pierre PRIGENT
Source : Narration trouvée sur le site de la FPF, http://www.protestants.org (rubrique "Aide à la prédication & Théologie").

Lien direct : http://www.epal.fr/bible-conte/predic/07_dim.htm


Les cahiers du pasteur Serremont

Cahier 6 — Marc 9/2-9 (1° dimanche de Carême)

Allons, nous voilà de nouveau aux prises avec le fantastique ! Et, de ce point de vue, le texte nous gâte ! Pour essayer d'y voir clair, je note tous les indices qui vont dans ce sens :

1 - le choix mystérieux de trois disciples,
2 - la localisation sur une haute montagne,
3 - la métamorphose proprement dite,
4 - la présence d'Elie et de Moïse,
5 - la curieuse réaction de Pierre ( les tentes…),
6 - la nuée,
7 - la voix céleste,
8 - l'ordre de garder le silence.

Après avoir, une fois encore, relu soigneusement le texte, il m'apparaît très clairement que ma liste ne témoigne guère d'intelligence : tout n'est pas à mettre sur le même plan. Donc, tout ne doit pas prétendre occuper la même place, ni dans mon esprit, ni surtout dans la prédication vers laquelle je marche. Je ne prépare pas une étude biblique, je dispose seulement d'un temps compté et ceux qui m'écouteront doivent entendre résonner l'Evangile qui se dégage de ce texte sans que je les égare par un flot d'explications qui seraient autant de distractions !

L'essentiel se trouve dans ma liste aux numéros 3 et 7. Il y a donc deux thèmes principaux.

1 — Je ne peux analyser le premier, la transfiguration, sans évoquer une rencontre avec un orthodoxe qui peignait des icônes. Il m'a raconté que, dans les temps anciens (mais le souvenir lui semblait important au point de marquer sa pratique), lorsqu'un moine était choisi pour travailler dans l'atelier d'icônes, il suivait un long apprentissage qui était conçu comme un véritable noviciat. Il apprenait le métier, ses savoir-faire et ses techniques traditionnels, mais il apprenait surtout à prier pour que sa peinture soit vraiment ce qu'elle doit être : le témoignage matériel d'une réalité spirituelle et proprement miraculeuse. Dans l'icône, le regard humain doit pouvoir voir la trace que laisse sur une créature de chair la grâce de Dieu qui le transfigure en en faisant un être nouveau.
C'est pourquoi, lorsque le jeune moine est jugé prêt, il passe une nuit en prières avant de peindre sa première icône qui est toujours et pour tous l'icône de la transfiguration. Parce que c'est là que s'est clairement manifesté aux yeux des hommes le grand changement qui intervient quand Dieu descend sur notre terre et vient habiter l'un d'entre nous. Car, si c'est l'histoire du Fils de Dieu, c'est aussi la nôtre.

Le souvenir de cette conversation me reste et, à bien réfléchir, elle me semble aller au cœur de la question que pose ce texte.

Il a été donné aux disciples de voir la présence de Dieu dans le monde. Ils l'ont vue dans la personne de Jésus et ils ont cru, et nous voulons partager leur foi.

Après cette affirmation somme toute assez facile, nous restons avec cette question que mon anecdote pose implicitement : est-ce encore possible ?

Si je réponds que c'était une révélation exceptionnelle, cela signifie que l'Evangile que je prêche n'est que la célébration d'un passé magnifique, mais révolu. Ce qui est faux, je le sais bien. Alors il faut être conséquent : la grâce de Dieu peut parfois se donner à voir. Pour les disciples aussi, ce fut exceptionnel, et ils n'étaient que trois ! Ce fut une révélation extraordinaire, comme ce fut le cas sur la montagne sainte quand Dieu vint, dans la nuée, rencontrer Moïse et lui signifier sa volonté. Comme ce fut le cas chaque fois que Dieu a daigné se révéler à certains de ses serviteurs, les prophètes, dont Elie est le premier, et il mettait ses paroles dans leur bouche.

Oui, c'est une découverte rare, un spectacle d'exception, mais ni irréel ni impossible. Encore faut-il vivre sa vie en ouvrant les yeux, comme un visiteur à qui le guide dit : si vous regardez bien, vous verrez… Il faut s'y préparer, s'y attendre et bien regarder. Où cela ? Mais autour de soi, tout près ou bien aussi très loin parfois, dans le temps et dans l'espace : la sainteté, cela a existé et existe encore. Et comment oublier que nous sommes tous appelés à laisser Dieu demeurer en nous ? Je peux tranquillement affirmer qu'il m'a été donné de percevoir dans tel geste, telle parole dont j'ai été le témoin, la marque de la présence de Dieu. Il m'est même arrivé de dire ou de faire autrement que ce que ma très faible nature voulait… Ce sont des beaux souvenirs ? Bien plus que cela : ce sont les étincelles d'un feu que nous n'avons pas allumé, mais elles illuminent l'ombre de nos médiocrités.

2 — Je me laisse aller à méditer ! Il est temps de revenir au texte dont j'ai vu qu'il avait un 2° accent majeur. N'en pas tenir compte entraînerait ma préparation vers un grave déséquilibre. La voix céleste. La voix de Dieu. C'est la 2° fois que Dieu parle dans l'évangile. La première, c'était au baptême de Jésus.

La voix disait alors : Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir (Marc 1/11). Dieu proclamait ainsi qu'il accomplissait là les prophéties annonçant la venue de son fils, le messie (Psaume 2/7, Esaïe 42/1). Ici, la voix ne reprend que le Psaume.

Décidément, quand Dieu parle, son discours ne varie guère ! Je plaisante, mais c'est capital : ce que Dieu dit aux hommes est d'une parfaite simplicité. Il a quelque chose de si important à dire qu'il faut sans cesse le redire pour que tous l'entendent. Et son discours se résume en un mot : la parole de Dieu. La parole était Dieu, écrit Jean dans la première phrase de son évangile !

Entre ces deux proclamations de Dieu, il y a cependant eu bien du nouveau, à savoir le ministère de Jésus qui a conduit à ce point culminant : le Christ est venu pour être crucifié (Marc 8/31), mais il est souverain, même de la mort. Ce que la résurrection manifestera avec éclat, la transfiguration le révèle à quelques disciples. Cela signifie que, si les hommes sont appelés à suivre Jésus quand il descend dans leurs souffrances, ils doivent discerner là les signes de leur communion à la gloire finale dont la résurrection est le gage (Marc 8/34-38).

Mais ici il y quelque chose de plus : Ecoutez-le ! ajoute la voix pour rappeler que la révélation dont il est question (la présence de Dieu parmi nous : son Fils est un homme) n'est pas seulement un spectacle qu'on voit, ou même dont on se réjouit, mais un appel, une interpellation, une exigence. Ce qu'on voit est toujours ambigu : on peut ne discerner que l'apparence ! C'est ce que rappelle à l'envi l'évangile de Jean. C'est pourquoi Dieu parle, il devient la Parole et les hommes peuvent l'entendre !
Tout est d'une parfaite cohérence : nous voilà devant le premier signe de l'Evangile au cœur de l'humanité ; eh bien, il faut savoir que ce n'est pas une fin, mais un commencement. La parole de Dieu qu'est le Christ ne doit pas rester sans écho. Si nous l'écoutons vraiment, il nous est promis qu'à travers nos assez misérables balbutiements, la parole de Dieu daignera résonner encore sur la terre.
C'est une promesse si extraordinaire qu'elle ne saurait faire l'objet d'une proclamation publique qui ressemblerait trop à une insupportable autosatisfaction. La nature humaine n'en retiendrait que la gloire en oubliant la croix. Mais c'est un secret qui peut illuminer une vie.




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