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Marc 13 v 28-32 (Vincent Nême-Peyron)
http://www.erf-neuilly.com/predication/predication2005.htm#9_oct
Prédication du 9 Octobre 2005 Pasteur Vincent Nême-Peyron Si Jésus est le Messie, pourquoi ce monde ? Texte biblique : Marc 13,28-32 Depuis le temps qu'ils l'attendaient ! " Le Royaume s'est approché " dit Jésus. Enfin, Dieu va se manifester puissamment. Enfin, son règne vient. Par Jésus, des siècles d'attente vont trouver leur accomplissement. Car, chacun en est persuadé, Jésus est bien le Messie. Il est le Verbe de Dieu, le " Roi des rois ", le " Fils de l'homme ", celui qui annonce et fait venir le Royaume de Dieu. D'ailleurs, tous les clignotants sont au vert : un sourd-muet vient d'être guéri, un aveugle voit de nouveau, des muets parlent. Ces signes annoncent la venue du Messie et du Royaume de Dieu , aussi sûrement que le printemps préfigure le temps des moissons. Alors, les disciples et la petite foule autour de Jésus sont portés par cette joyeuse assurance : l'attente prend fin, le Royaume vient. " Cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive " confirme Jésus. 2000 ans et 70 générations plus tard, ce Royaume semble pourtant bien lointain. Notre monde est toujours marqué par la violence, la faim, la guerre. Nos vies personnelles sont toujours blessées par la souffrance, la culpabilité, l'incrédulité, l'absence d'espérance. Jésus a-t-il promis en vain ? A moins que Jésus ait promis autre chose. A moins que le Royaume dont il parle ne soit pas celui attendu. A moins qu'il ne faille convertir notre regard pour voir le Royaume dans notre monde et participer à son extension. Lorsque Jésus annonce la venue du Royaume, trois grandes attentes mobilisent le peuple juif : un Royaume terrestre et national, un Royaume céleste, un Royaume universel à la fin des temps. Jésus va porter et décaler ces attentes. Première attente : à la fin des temps, le Messie viendra, il jugera les vivants et les morts et fera entrer les justes dans le Royaume des cieux. Le Royaume attendu est céleste. Beaucoup de juifs étaient tellement découragés par la vie qu'ils menaient et par la puissance romaine qu'ils ont reporté leur espérance sur le ciel. Aujourd'hui, de nombreux chrétiens ont baissé les bras devant les souffrances et les difficultés permanentes de la vie. Ils n'attendent du neuf qu'après leur mort, au paradis, plus tard, ailleurs. Il est vrai que Jésus promet une vie éternelle. Il est vrai qu'en ressuscitant, il ouvre les portes de notre résurrection. Oui, je le crois, après la mort, nous serons auprès de Dieu, joyeux comme les invités à une noce, remplis de la présence de Dieu. Oui, je le crois, nous pouvons être remplis d'espérance pour nos morts. Mais notre espérance ne se limite pas à l'au-delà. Il y aussi une vie avant la mort et cette vie aussi peut être belle, féconde, éternelle. Ce qui nous est promis pour plus tard nous est donné maintenant. Dès à présent, nous pouvons vivre du souffle de Dieu, nous réjouir de la présence de frères et de sœurs, recevoir une paix profonde. Dès à présent, nous pouvons ressusciter de ces petites morts que sont le découragement, le cynisme ou le dégoût de soi. Dès à présent, nous pouvons, selon l'expression de Jésus, " naître de nouveau ". Le baptême exprime cette espérance. Deuxième espérance : le Messie va instaurer un Royaume terrestre. Certains juifs attendent du Messie qu'il fonde le Royaume de Dieu sur terre, ici et maintenant. Le Messie sera un chef politique et religieux, il délivrera Israël des Romains et purifiera le Temple de Jérusalem, profané par les impies, il établira un royaume fidèle à Dieu. A l'époque de Jésus, cette attente est à son paroxysme. Elle explique le soutien populaire dont il bénéficie. Elle explique aussi la colère du peuple lorsqu'il réalise que Jésus n'est pas le libérateur attendu. Car Jésus n'entend pas prendre le pouvoir, chasser les Romains et exterminer les incroyants. Il l'a dit aux disciples : " Mon Royaume n'est pas de ce monde ". Il l'a manifesté par des actes bienveillants envers les étrangers, et les " infidèles ". Il rejette la violence des armes et les guerres de religion. En se laissant arrêter et tuer sur une croix, Il ruine définitivement l'attente d'un royaume politico-religieux. Aujourd'hui, alors que nous célébrons le centième anniversaire de la loi de 1905, dissociant l'Etat et les religions, il est bon de nous souvenir que Jésus a refusé la confusion du religieux et du spirituel : " Laissons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ". Pour autant, Jésus entend bien instaurer le Royaume sur terre, ici et maintenant. Mais ce Royaume ne consiste pas en une prise du pouvoir au nom de Dieu mais à une nouvelle logique de vie et de foi, qui fait justice aux plus petits, ouvre la porte aux pécheurs, réconcilie les hommes entre eux. Ce Royaume, c'est l'offre d'une vie nouvelle. Comment Jésus permet-il à ce Royaume de s'implanter ? D'abord par la parole. La prédication de Jésus met en place ce qu'elle annonce. En disant à la femme adultère qu'elle est pardonnée, Jésus agit au plus profond d'elle. Ensuite par ses actes. Les miracles de Jésus ne sont pas destinés à imposer sa puissance, ils ne seulement des actes charitables; ils " font venir " le Royaume. Par exemple, le lépreux guéri découvre, dans sa chair, qu'il peut désormais se rapprocher des autres hommes et de Dieu. Il entre ainsi dans la logique du Royaume ; la femme qui enfante découvre qu'elle peut créer du neuf dans sa vie. Ainsi, le Royaume de Dieu est une façon nouvelle de vivre et de croire. Il est spirituel et existentiel ; il ne s'impose pas par les armes mais se répand par la conversion, le pardon donné et reçu, l'amour répandu. Ce Royaume n'est pas visible ; il est en contradiction avec les logiques qui travaillent notre monde. Et pourtant, promet Jésus, il " pousse " autour de nous et en nous, comme une graine, invisible et qui, pourtant, germe, grandit et devient arbre. Un jour, ce Royaume sera définitivement établi. En attendant, il faut veiller, convertir notre logique de vie, apprendre à voir le monde sous le regard de l'EVangile. Troisième attente : Dieu mettra fin à l'histoire des hommes ; il interviendra souverainement et instaurera un royaume de paix et de justice, universel. Vous connaissez ces annonces prophétiques : Annonce de paix : " Il brisera leurs épées pour en faire des socs… on ne fera plus la guerre pays contre pays … le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau ". Annonce d'une fraternité et d'une foi communes : " Tous les peuples se rassembleront autour de la montagne sainte " ; " Tous connaîtront le Seigneur ". Ce Royaume universel, décrit par les prophètes et repris par Jean dans son Apocalypse, n'est rien d'autre que le projet de Dieu enfin réalisé. Depuis la création du monde, Dieu crée les hommes pour la paix, le partage et la foi. Depuis la création du monde, l'homme résiste et préfère d'autres logiques. Alors, obstinément, Dieu intervient, réitère ses promesses et appelle des hommes pour les mettre en pratique. Quant à Jésus, il ne se contente pas d'annoncer ce Royaume universel, il lui ouvre les portes. En ouvrant l'alliance à tous les humains, il nous réunit en un seul peuple. En nous pacifiant intérieurement, il nous permet de pardonner. En remettant les richesses matérielles à leur juste place, il nous aide à vivre le partage. Ainsi, par lui, nous pouvons faire avancer le Royaume de Dieu. Le Royaume est désormais l'avenir, l'horizon de notre vie. Bien sûr, il est encore très loin de la réalité. Mais une fois ce constat établi, que décidons-nous ? Nous pouvons abdiquer et nous replier sur notre sphère privée, nous pouvons nous adapter cyniquement au monde tel qu'il est, nous pouvons attendre de Dieu qu'il règle tout à notre place. La dynamique de l'Evangile nous invite à une toute autre démarche : vivre le plus possible selon l'Evangile pour que le règne de Dieu se rapproche. Telle est notre vocation de baptisé. Bien sûr, nous resterons toujours ambigus, mélangés. Nous pouvons, au moins, laisser partiellement Dieu régner en nous, en ranimant notre foi, en partageant, en pardonnant. Nous pouvons, au moins, rejeter ce qui s'oppose au Royaume de Dieu : la haine ou le désespoir, le cynisme ou les préjugés sociaux, raciaux, religieux. Nous pouvons, au moins, vivre et témoigner de notre espérance. Nous pouvons, au moins, nous rendre davantage disponibles à la présence de Dieu. Que ton règne vienne ! Amen ! Autres textes de la même catégorie
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