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Marc 13 v 28-31 (Jean-Daniel WOHLFAHRT)



Texte : Marc 13/28-31
Genre : Prédication
Auteur : Jean-Daniel WOHLFAHRT
Source : Prédication pour le 23.11.2003 à Saint-Léonard, Eglise française de Bâle (Suisse).



Ce n'est pas, bien sûr, le figuier en pot de la terrasse du Centre qui nous avertira de l'imminence de la venue du Messie ! L'expression "quand vous verrez cela arriver" fait référence à ce qui précède notre texte, à la description des événements qui doivent marquer les derniers temps. Jours de détresse, est-il dit, comme il n'y en a pas eu de pareille depuis le commencement du monde que Dieu a créé jusqu'à maintenant et comme il n'y en aura plus (Marc 13/19)…

Notre texte conclut un chapitre entier rédigé dans le plus parfait style apocalyptique qui fait allusion à des idées, utilise des images généralement admises dans le milieu judéo-palestinien, des images qui, aujourd'hui, nous font peur ou plutôt dont certains jouent pour nous faire peur : "Voilà ce qui va arriver, préparez-vous, ça va être terrible". Le récit apocalyptique est ainsi détourné de son but initial qui est de pointer, de mettre l'accent sur l'événement qui veut changer notre destin : le retour du Christ. Lorsque nous abordons de tels textes, que ce soit dans le livre même de l'Apocalypse, entièrement construit sur ce principe, ou les passages apocalyptiques des évangiles, le danger est que nous nous laissons trop impressionner par l'accessoire qu'est l'élément dramatique pour arriver même à entendre l'élément consolant.

L'enfant aime avoir peur, car il appelle ainsi la main ou la joue consolante de sa maman ou de son papa. Il ne sait que peu de la dureté et des drames de la vie ! Quant à nous, nous sommes trop dans ces drames pour ne pas savoir qu'ils pourraient bien être pires encore et craindre une catastrophe cosmique telle que les récits apocalyptiques nous la décrivent. Ce ne sont certes pas les événements récents qui me contrediront. Lors des répétitions du chœur mixte, Madame Jans nous dit souvent que nous plaçons l'accent là où il ne doit pas être. Il en est exactement de même quand nous abordons ce type de textes. Impressionnés par les descriptions du début, nous ne lisons plus la fin, ou alors nous l'oublions aussitôt. Nous ratons ainsi la parole qui veut, qui peut nous rendre le sourire, la vie, l'espérance.

Quand notre texte et le passage biblique qui le précède nous parlent de détresse, de catastrophe cosmique, de faux messies et de faux prophètes, c'est pour relever que, certes, tout cela fait partie de notre quotidien et que cela ne peut qu'empirer. C'est ensuite pour exercer notre sens du jugement : pour nous inciter à distinguer entre les valeurs qui sont valeur d'épanouissement et de salut d'une part, et valeurs de mort et de destruction d'autre part. Mais c'est plus encore pour mettre en valeur la promesse de Dieu et l'affirmation de sa pérennité : On verra le Fils de l'homme venir, entouré de nuées, dans la plénitude de la puissance et dans la gloire… Il rassemblera ses élus (13/27), est-il écrit quelques versets plus haut, et ici, dans notre texte, la double affirmation : "L'été est proche" et "Le Fils de l'homme est proche, il est à vos portes".

L'espérance devient réalité, le Fils de l'homme est proche. Bonne nouvelle, mais encore ? Qui est le Fils de l'homme ? Ce terme, nous ne le trouvons que dans les évangiles, et encore dans la bouche de Jésus seulement, quand il parle de lui-même : Jésus se définit non comme fils de David ou comme fils de Dieu, mais comme Fils de l'homme. Expression énigmatique s'il en est. Alors, parfois, on prend la liberté de l'écrire avec un H majuscule pour dire Jésus homme parfait, mais les évangélistes ne l'ont jamais entendu et transcrit qu'avec une minuscule. Jésus ne revendique pas d'être autre que ses interlocuteurs, il ne revendique pas la qualité de Dieu ; il se réjouit, au contraire, de son humanité. Parce qu'il est fils de Joseph et Marie, parce qu'il est de la famille de David, parce qu'il a souffert, parce qu'il sait que son chemin passera par Géthsémané pour aboutir au Golgotha, il se sait ainsi plus près des disciples, plus proche de celles et ceux qui le suivent et l'écoutent. Et nous, nous le savons plus proche de nous.

Il y a deux façons d'être proche, et peut-être même trois. Il y a la proximité géographique de ceux qui partagent le même espace. Il y a la proximité temporelle : nous sommes aujourd'hui plus proche de Noël qu'hier. Le Fils de l'homme est proche peut s'entendre dans ces deux sens, mais dans un troisième encore. Et je pense à toutes celles, à tous ceux qui me disent que celui ou celle qui est décédé dans leur entourage leur est, de fait, plus proche que jamais, proximité de pensée, de souvenir, rappel d'un vécu partagé dans l'amour. "Sachez que le Fils de l'homme est proche, dit Jésus, qu'il est à vos portes". Est-ce Jésus qui a ajouté "qu'il est à vos portes", personnellement j'en doute, car cela nous restreint en évoquant de façon trop précise une présence géographique. Encore que personne d'entre nous n'irait ouvrir la porte du jardin en entendant dire que l'été est à sa porte… sinon pour jeter un coup d'œil sur le figuier.

Le Fils de l'homme Jésus, n'est jamais loin, qui dit : Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. Quand tout bouge, quand tout menace, le Seigneur reste et ses promesses avec lui, parce que justement ses promesses sont plus que des promesses, elles sont réalisées. Plus qu'aucun de nous, Jésus est allé au bout de ses idées. Plus que celle de quiconque, sa parole est engagement et efficacité.

"Mes paroles, dit-il, ne passeront pas" ; pense-t-il à cette Bible qui a bravé les siècles, surmonté l'opposition acharnée de tant de régimes totalitaires, cette Bible, parole de Dieu, que les huguenotes des Cévennes cachaient dans leur chignon et que de courageux passeurs transportaient, il n'y a pas si longtemps, au risque de leur vie, en bravant les contrôles à l'ex-rideau de fer ? Je crois, pour ma part, que Jésus parle plus encore de son œuvre. N'est-il pas qualifié lui-même de 'parole agissante' de Dieu ? Jean ne dit-il pas dans son prologue que tout fut créé par le Verbe, la 'parole vivante' de Dieu ? A son appel les disciples se lèvent dans le monde entier ; à son ordre la mer se calme et les vents se taisent ; à sa parole encore, l'aveugle voit, le boiteux marche et Lazare sort de sa tombe. Comment ne pas croire que sa parole nous offre la vie en nous ouvrant la réconciliation avec le Père ? C'est le salut qu'il offre à celui, à celle qui, comme les disciples, ose un bout de chemin avec lui. C'est l'amour de Dieu, c'est la réconciliation avec Dieu que rien ne peut nous enlever. "Dieu vous a réconciliés, par la mort du Christ, dit en l'espèce l'apôtre Paul, pour vous faire paraître devant lui saints, irréprochables".

C'est en raison de cela que, même si les pires détresses s'abattaient sur nous, rien ne saurait nous détruire, parce que nous sommes à Dieu. Cette œuvre du Christ est pérenne. Personne ne saurait nous en retirer le bénéfice, sinon nous-mêmes, bien sûr.

Mais il nous faut veiller à ne pas faire le jeu d'une certaine lecture biblique qui distingue un monde en perte, sans espoir de salut, et l'existence d'une élite qui assisterait — je n'ose pas dire : "en souriant d'aise" — à la débâcle et à la chute des autres. "Mes paroles ne passeront pas", dit Jésus ; cela signifie bien sûr aussi que ne passera point tout ce qui est soumis à sa parole, tout ce qui puise la vie dans les paroles du Christ. Ceci concerne nos projets, nos engagements, mais cela concerne aussi le monde dans lequel nous vivons. N'est-ce pas alors de notre responsabilité de croyants que de faire tout ce qui est en notre pouvoir et plus encore pour éviter que le monde ne passe ?

Amen.




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