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Marc 13 v 24-37 (Maurice RAETZ)



Texte : Marc 13/24-37
Genre : Prédication
Auteur : Maurice RAETZ
Source : Méditation radiodiffusée. FPF, 13.11.1988.



Veillez ! Oui, je dis bien : veillez !

Nous sommes le matin d’une belle journée d’automne, le mot paraît anachronique. Pourtant, il est connu. Quelle est l’épouse qui n’a pas veillé en attendant le retour de son mari ? Quels sont les parents qui n’ont pas veillé avec angoisse, attendant le retour de l’adolescent, retour d’une rencontre avec des amis, du cinéma, du bal et j’en passe. Quel est le jeune qui n’a pas veillé, préoccupé qu’il est de son avenir : quel métier choisir, quel travail trouver ? Quelle compagne ou compagnon pour partager la vie ? Comment rencontrer ce Dieu qui pourrait combler la vie ? Quelle personne à la fin de sa vie n’est pas resté éveillée, s’interrogeant sur le passé et attendant la mort ? Combien de personnes veillent, alors qu’elles voudraient dormir ? Veiller, nous savons ce que c’est. Mais l’évangéliste Marc nous prend à contre-pied. Les veilles que nous connaissons sont angoissées, tendues, difficiles à vivre et à supporter. Nous voudrions les supprimer. La Bible nous dit : “Veillez !”. Pourquoi cette exhortation ?

Devons-nous être dans un état d’insomnie permanent ? C’est impossible. Dieu, en créant l’être humain, a voulu qu’il ait besoin de dormir pour vivre ; il ne peut pas demander l’inverse par ailleurs. Veillez, soyez dans un état d’attente. L’homme a le souci de l’avenir. Les disciples du Christ ne font pas exception. Que cet avenir porte ses espoirs ou ses craintes, toujours il éveille la curiosité. Dans ce chapitre (Marc 13), l’évangéliste Marc rapporte les paroles de Jésus annonçant à ses disciples la destruction du Temple. Les disciples lui posent la question : “Quand cela arrivera-t-il et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ?” (Matthieu 24/3, Marc 13/4).

Il est possible de faire une liste des signes annonciateurs du retour de Jésus-Christ, en examinant ses réponses dans les évangiles. Des faux christs, faux prophètes, miracles mensongers, guerres et bruits de guerres, famines, tremblements de terre, épidémies, persécutions des chrétiens, trahisons parmi les chrétiens et affaiblissement de la foi, prédication de l’Evangile dans le monde entier, abomination de la désolation, Jérusalem investie par les nations, présence de la statue d’un dieu païen dans le Temple, signes dans le soleil, la lune et les étoiles, et enfin on verra le Fils de l’homme venir sur les nuées avec beaucoup de puissance et de gloire. Alors il enverra ses anges et rassemblera ses élus des quatre vents, de l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel (v. 26-27 ; cf. Matthieu 24, Luc 21, Marc 13).

Cette liste des signes appelle plusieurs remarques.

La plupart de ces faits, surtout les premiers, sont plus ou moins constants dans l’histoire du monde : sectes, famines, tremblements de terre, épidémies, persécution des chrétiens, tension et division parmi les chrétiens. Tous ces phénomènes se sont produits dès les premiers temps de l’Eglise. Il est donc difficile de les interpréter comme des signes devant se produire immédiatement avant le retour de Jésus-Christ. Nous serions tentés de les valoriser aujourd’hui : les guerres sont plus meurtrières, les famines plus catastrophiques, les tremblements de terre plus fréquents. Ce n’est pas ce que dit le texte. Il parle simplement de guerre, de famine, etc... Ces écrits dressent un tableau du monde qui convient, il faut bien le reconnaître, à presque tous les temps. Le monde entre l’ascension du Seigneur et son retour est ainsi. Les disciples doivent le savoir, les chrétiens aussi. Jésus dit : “Gardez-vous de vous alarmer, cela doit arriver” (Matthieu 24/6).

Pourtant, dans ces signes, deux indices apparaissent plus nets. La destruction de Jérusalem et la venue du Fils de l’homme. Cet indice ne peut servir de signe puisqu’il coïncide avec l’événement. L’autre annonce la destruction de Jérusalem en 70. Cet événement, objet d’une mise en garde par Jésus à ses disciples, est pour nous aujourd’hui un événement du passé. Le Christ n’est pas revenu. Donc la destruction du Temple reste un des signes destinés à préparer les disciples à vivre le temps de l’épreuve et de l’attente.

Restent les signes cosmiques. Diverses solutions ont été proposées. Il s’agirait d’une description symbolique de bouleversements politiques : effondrements des puissances mondiales. Ou bien il s’agirait de phénomènes cosmiques souvent observés : éclipses, pluies de météorites ; ces phénomènes sont donc à classer parmi les faits déjà cités : guerres, famines,... Ils remplissent les hommes de frayeur, car ils signalent la fragilité de ce monde et sont souvent interprétés par les hommes comme des présages de malheurs.

Il est bien difficile de dire si les phénomènes déjà connus à ce jour suffisent à rendre compte de cette description ou s’il nous faut encore attendre des phénomènes plus spectaculaires. Il est important de dire que ces signes, ces indices sont imprécis. Cette imprécision est d’ailleurs nécessaire si l’on veut conserver tout le poids, toute la force de “pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le connaît” (v. 32) ou vous ne savez quand viendra le maître de la maison” (v. 35). L’imprécision des signes implique donc une vigilance constante. L’incertitude de l’heure du retour oblige à veiller et prier.

Veiller, c’est attendre, dans la certitude, le retour de Jésus-Christ. Oui, je dis bien : la certitude. La Bible est claire à ce sujet. Des évangiles à l’Apocalypse, en passant par les épîtres. L’Eglise depuis les premiers siècles le proclame, et particulièrement dans le Symbole des Apôtres : “Il viendra de là pour juger les vivants et les morts”.

Veiller, c’est être attentifs aux signes, non pour détourner nos regards de la personne essentielle pour nos vies, Jésus-Christ, mais pour reconnaître que ce monde est fragile, que la création est soumise à la vanité, qu’elle souffre les douleurs de l’enfantement (Romains 8/20-22). Que ce monde dans lequel nous vivons et duquel nous faisons partie court à sa perte, à sa destruction. Il n’est pas nécessaire de faire une grande démonstration. Seulement signaler le sur-armement conventionnel, chimique ou nucléaire des pays, et la pollution galopante dans toutes les parties du monde.

Veiller, c’est, certes, combattre avec les moyens mis par Dieu à notre disposition : la parole, l’action, la persuasion dans l’amour et la patience. Combattre contre l’absurdité de la guerre, de la haine, de la pollution, du mal, mais sans se tromper d’adversaire ; l’apôtre Paul nous dit : “Vous n’avez pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes” (Ephésiens 6/12). Les êtres humains ne sont pas nos ennemis, mais le mal qui est en eux infiltre tous leurs membres pour les mettre à sa disposition. Les êtres humains ne sont pas nos adversaires, mais Satan qui les manipule, les téléguide. C’est lui, le diviseur, le menteur, l’accusateur. Les êtres humains ne sont pas sans responsabilité, car ils cautionnent trop souvent ce mal. Je reconnais qu’il est difficile de dénoncer le mal chez une personne sans la rejeter, sans lui donner le sentiment d’être rejetée. Il est difficile d’aimer le pécheur et de condamner le péché. Pourtant, c’était l’attitude de Jésus. Ne constatons-nous pas en lisant les évangiles, que Jésus a un regard de compassion à l’égard des prostituées, des esclaves de l’argent, du jeune homme riche, des démoniaques, mais qu’il condamne le trafic du corps, du sexe et de l’adultère ? Il dénonce le dieu argent et son culte comme une idolâtrie. Il chasse les démons. Il guérit. Il pardonne. Il nous montre la nécessité d’aimer le voleur, le menteur, l’adultère, le superstitieux, le devin, l’idolâtre, que nous sommes souvent, eh oui, et la nécessité de dénoncer le vol, le mensonge, la rupture du lien conjugal, l’incrédulité, l’idolâtrie. A propos d’un film récent, quelqu’un écrivait : “Que chaque chrétien prenne garde, l’écume de ces infamies souillerait à jamais la mémoire des spectateurs”. Est-ce le regard, le toucher, l’absorption de nourriture ou de boisson, la présence dans un lieu, qui souille la personne ? Non, bien sûr que non ! Jésus dit : “Il n’est hors de l’homme rien qui, entrant en lui, puisse le souiller ; mais ce qui sort de l’homme, c’est ce qui le souille” (Marc 7/15).

Regarder une femme, c’est bien ; en faire en pensée son objet, c’est mal. Boire un verre, c’est bien ; ne plus pouvoir refuser le suivant, c’est l’esclavage. Voir un film, lire un livre, écouter un discours, examiner toutes choses, c’est bien, à condition de savoir et de pouvoir dénoncer et rejeter ce qui est mal. Tout le monde n’a pas dans ce domaine les mêmes possibilités, les mêmes capacités. Quelqu’un me disait récemment : “J’ai toujours refusé d’apprendre à jouer aux cartes, parce que je serais devenu l’esclave du jeu”. Connaissance de soi et sagesse. Faudrait-il pour autant qu’il interdise à tout le monde de jouer ? Alors, c’est tout qu’il faudrait interdire. La radio, la télévision, le sport, la voiture, la musique, le travail,... parce que l’on trouve —et ils sont nombreux— des drogués de toutes ces choses.

Et pourtant, je dois l’aider à se libérer. Je deviens le prisonnier de l’autre et des choses. Je suis paralysé. Je ne peux plus rien faire. Je suis pris dans l’étau du mal. Tantôt je suis moi-même au service du mal, tantôt je suis paralysé parce que les autres font le mal. Misérable que je suis ! Qui me délivrera ? Qui m’empêchera de tomber dans la tentation ? Qui me donnera de m’aimer et d’aimer mon prochain ?

Grâce soit rendue à Dieu qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ (1 Corinthiens 15/57). Sa mort sur la croix et sa résurrection me donnent, par la foi, le pardon de Dieu et réoriente ma vie. Ce que je fais, je ne le fais plus pour moi-même, mas pour la gloire de Dieu. Je ne le fais plus pour moi-même, mais par amour pour les autres. J’ai trouvé le sens de ma vie et, par son Esprit, Dieu me donne de la vivre.

Veiller, c’est découvrir, discerner, trouver le sens des choses et les vivre dans la certitude du possible à cause de la première venue de Jésus-Christ, même si ce possible n’est que partiel, la perfection n’étant pas donnée dans ce monde. Mais avec la certitude qu’avec son retour, cette perfection viendra parce qu’il l’a promise. “Celui qui a commencé cette bonne oeuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ” (Philippiens 1/6).

Le quand et le comment il reviendra deviennent très secondaires. Aujourd’hui, dans dix ans, un siècle ou deux, peu importe !

Il reviendra. Quels moyens utilisera-t-il pour se faire reconnaître de tout le monde et enlever les élus ? Lui, le créateur, ne manque pas de possibilités et de puissance. Il reviendra et prendra ses élus avec lui.

Veiller, c’est être prêt à finir sa vie sur la terre maintenant. C’est avoir sa vie en ordre avec Dieu et les autres. C’est avoir une conscience tranquille. C’est être transparent, refuser une double vie. C’est vivre du pardon de Dieu. Veiller, c’est aimer l’avènement du Seigneur, vivre dans la perspective de son retour, l’attendre avec joie et se joindre à la prière de l’Esprit et de l’Eglise, celle que Dieu s’est choisie, en disant : “Viens, Seigneur Jésus” et s’entendre répondre : “Oui, je viens bientôt”.

Amen.



Cantiques proposés :
* ARC 136 Louez Dieu
* ARC 230 Oh, parle-moi, Seigneur
* ARC 488 Sur tous les temps
* ARC 883 Sur le chemin où tu appelles
* ARC 414 Si mon peuple s’humilie
* ARC 245 Remplis d’amour




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