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Marc 13 v 24-32 (Jean-Marc Kieffer)



Prédication du 23 mai 2004
Pasteur Jean-Marc Kieffer


La fin des temps : une Parole pour aujourd'hui

Lectures bibliques :
Daniel 12, 1-3 : En ce temps-là se lèvera Micaël... en ce temps-là, ceux de ton peuple inscrits dans le Livre seront sauvés.
Marc 13, 24-32 : Alors le Fils de l'homme rassemblera les élus des quatre vents. Ce jour, nul le connaît. (Jésus sur le Mont des Oliviers, à ses disciples)
Actes 1, 6-9 : Vous n'avez pas à connaître les temps que le Père a fixés de Sa propre auto- rité. Mais vous recevrez le Saint-Esprit (Jésus à ses disciples, au moment de s'élever au ciel)
Le passage que je voudrais retenir avec vous ce matin se trouve dans l'évangile de Marc, dans les versets 24 à 32 du chapitre 13, où nous trouvons deux morceaux qui se complètent :
- l'annonce de la venue du Fils de l'homme après ces jours de détresse
- et puis cette parabole du figuier qui vient compléter le message.
Ces deux passages sont enchâssés dans une partie du récit qui évoque la destruction, ou la disparition, pour être plus précis dans la compréhension du texte : d'une part la disparition du temple, moins en tant qu'édifice de pierre qu'en tant de lieu du culte rendu à Dieu et, à l'autre bout de ces petits passages, l'annonce de la Passion.
Qu'il n'y ait pas de stupeur chez aucun d'entre vous ! Je ne me suis pas trompé de temps liturgique, nous sommes bien déjà dans le temps de l'Eglise! Pentecôte est bien dimanche prochain ! Tout cela est bien clair : il s'agit dans ces deux passages de l'attente du retour de Jésus.
D'une certaine manière, il fallait que Jésus disparut pour justifier ce retour. C'est bien là l'enseignement de Jésus à ses disciples : avant de bien comprendre la venue du Fils de l'homme, il faut entendre l'annonce du retour.
Mais, me direz-vous encore, c'est tout l'enseignement du judaïsme : tout l'enseignement du Premier Testament nous pousse vers cette compréhension, cette attente du retour du Messie ! Alors, à la limite, pourquoi reprendre tout ça ? Et la réponse est qu'il faut le faire parce que Jésus l'a repris en l'enseignant à ses disciples.
Ce que nous avons à saisir, c'est que nous sommes nous-mêmes dans un temps de désarroi, comme pouvait l'être l'annonce de la disparition de Jésus pour le monde juif de l'époque, et comme elle pouvait l'être pour les apôtres au même moment.
La disparition du temple, c'est la disparition des points de repère essentiels pour la foi, pour la pratique, pour l'être religieux. La disparition de Jésus est de la même manière la disparition de ce point de repère essentiel, physique, visible, tangible qu'est le Maître parlant au milieu de ses disciples, les enseignant, les secourant, les aidant à envisager demain.
Précisons que ce passage de Marc est rédigé dans un temps où il n'y avait pas encore de déchirure entre juifs et chrétiens. Les uns et les autres sont liés par cette nécessité d'un ancrage quelque part : le temple pour les frères aînés, le Maître pour les chrétiens. Voilà la situation.
Comme ses nombreux prédécesseurs dans l'Ancien testament (Daniel, Ezechiel, Joël...), l'évangile de Marc emploie un langage qui ne nous est pas du tout familier : c'est un genre littéraire qu'on appelle l'apocalyptique. J'ai souvent raconté que, de même que dans la littérature il y a les romans, les romans policiers, les nouvelles, le documentaire, de même il y avait dans la littérature de l'époque cette apocalyptique, qui est un des genres littéraires par lesquels passe un message.
En quelque sorte, le message sait utiliser les événements du monde, dépassant largement le petit noyau géographique, culturel et spirituel qu'est, avec l'Ancien Testament, le judaïsme de l'époque. Le message dépasse aussi du même coup le petit noyau de chrétiens rassemblés dans la peur après l'annonce de la mort de Jésus (et a fortiori après Sa mort, et même Sa résurrection). Ils se trouvent renforcés les uns et les autres dans l'idée que ce qui passe pour un petit cercle, dans ce petit endroit (la chambre haute à Jérusalem), cela va se produire pour le monde entier.

L'apocalyptique a pour objet, entre autres, de déplacer le centre de vie personnelle ou communautaire du lieu où l'on est, de l'Histoire dans le temps ou l'on est, vers un espace et un temps qui n'ont pas de limites et qui sont donc les lieux et le temps de Dieu.
C'est vrai que, dans la crainte et la peur, nous sommes circonscrits à nos pratiques, à nos savoirs, à nos désirs, qui se limitent toujours à notre cercle !
Nous arrivons pourtant à l'élargir au niveau d'une communauté; nous arrivons encore à l'élargir au niveau d'une nation - et l'Histoire présente montre bien que les nations ont encore la possibilité de se dire les unes aux autres des vérités particulières.
Dans ce temps où, peut-être, notre crainte vient aussi du terrorisme porté par quelques fanatiques, nous avons peur et les réactions des uns et des autres se recommandant du même Seigneur peuvent être différentes (on voit bien : politiquement, cela se traduit différemment).
Mais, nous en restons toujours à ras de terre. Notre univers c'est toujours ce qu'a dit ou ce que n'a pas dit le Président, ce qu'il fait ou ce qu'il ne fait pas., et puis au-delà, on s'oppose !
Et Dieu est encore relativement absent de notre univers.
L'apocalyptique nous invite justement à penser les nations au pluriel, à penser que ce qui t'arrive à toi, à moi, à nous, est pris dans la main du Seigneur sur toute la terre et pour tous les temps. Pour Dieu, notre espace limité géographiquement, notre temps limité en heures et en jours, en années, tout cela ne connaît pas de limites.
Voilà pourquoi, dans ce cadre de l'apocalyptique, on passe à un message : à un message qui dit que Dieu tient tout dans Sa main : même le soleil, même la lune, les anges et l'obscurité appartiennent à Dieu. Il est le Maître, il est Celui qui tient tout dans Sa main. C'est dire la dimension, l'ouverture qui nous est demandée, les regards à l'infini qui nous sont proposés, la perception à l'infini de la Terre qu'il nous est recommandé d'avoir, parce que notre Dieu regarde à l'universel du Temps et de l'espace.
Jésus ne nous rassurera pas aisément pour autant. Au début du chapitre 13 de l'évangile de Marc, les disciples ont demandé quand se produirait cette fin des temps, quand cette vision de Dieu tenant tout dans Sa main nous sera possible : quand verrons-nous, quand toucherons- nous tout ce qui est promis ?
Les disciples avaient posé cette question, comme nous la posons nous-mêmes, parce que nous avons besoin de toucher, comme nous avons besoin de sentir. Et nos limites sont toujours là !
Quand les disciples posent ces questions, nous attendons avec eux une réponse. Jésus nous la donne : ce sera quand Dieu voudra, mais ni les anges, ni le Fils, seulement le Père connaît ces temps-là.
Depuis le chapitre 1er de la Genèse, l'espace et le temps sont bien dans la main de Dieu. Mais le jour où nous saisirons la possibilité de maîtriser l'espace et de maîtriser le temps, alors nous aurons définitivement tué Dieu. L'espace et le temps sont encore insaisissables pour nous : ils nous disent l'insaisissable de Dieu, afin que nous restions nous-mêmes dans Sa main. Vous chercherez, nous cherchons toujours des signes des temps.
Un autre des traits de l'apocalyptique c'est justement de dire : quand vous entendrez des cris de guerre, et vous observerez des famines dans le monde, alors ce seront les signes de la fin des temps. Mais voilà : l'évangile de Marc n'a pas d'autre signe à donner à donner que Jésus. Marc n'aime pas les signes au contraire de Jean, l'évangéliste. Marc ne connaît pas de signes et n'en donne pas, sinon pour montrer du doigt Jésus qui, Lui-même, ne connaît ni les temps, ni les lieux.
Mais au delà, dans la disponibilité à Dieu, le ciel et la terre passeront. Ce n'est pas des signes qu'il nous faut chercher. Il est probable, il est même certain que personne ne verra jamais les temps, mais les paroles passeront encore moins que le temps et l'espace, dit Dieu.
Alors nous sommes ramenés à ce que nous devons être, des auditeurs dociles, attentifs, tranquilles, paisibles. Ce sera pour retrouver les paroles du Seigneur jour après jour, peut-être dimanche après dimanche.
Mais ce sera surtout pour vivre : vivre avec les craintes et les espérances des hommes, vivre avec des engagements positifs, en comprenant bien que la Parole du Seigneur ne nous guide pas d'abord vers la fin des temps, mais vers ce temps-ci, là où nous sommes maintenant.
Ne bâtissons donc pas notre foi sur la fin des temps, mais sur les temps présents : aujourd'hui comme demain, la Parole sera là pour nous sauver de toutes préoccupations, de toutes inquiétudes.
La Parole de Dieu sera toujours présente pour nous emporter vers un tout nouvel engagement d'amour, de paix et de justice.

Amen.
Jean-Marc Kieffer était pasteur de la paroisse de Neuilly de 1988 à 1999



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