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Marc 12 v 41 - 44 (Jean Valette)



Texte : Marc 12/41-44
Genre : Commentaire biblique
Auteur : Jean VALETTE
Source : L’évangile de Marc — Parole de puissance, message de vie ; commentaires, tome 2. Les Bergers et les Mages, 1986 (p. 143-147).



L'OFFRANDE DE LA VEUVE
(cf. Luc 21/1-4)

Peut-être cet épisode doit-il sa place actuelle, dans l'évangile, à la mention des veuves au v. 40. De même chez Luc. Matthieu ne le rapporte pas, et son chapitre 23 n'offre pas non plus de parallèle à ce v. 40. Mais l'histoire de cette femme est si admirablement située dans le livre que cette hypothèse de composition littéraire ne retient pas longtemps l'attention. Elle n'est pas davantage retenue par la remarque, souvent faite, que ce genre d'anecdote se retrouve partout. Comment en serait-il autrement, s'agissant d'un fait aussi banal. On raconte, par exemple, comment un prêtre juif, qui avait refusé l'offrande d'une poignée de farine présentée par une pauvre femme, s'entendit dire en songe : "Ne la méprise pas : c'est comme si elle avait offert sa vie".

Mais ce récit de Marc donne à un lieu commun moral une dimension unique, en raison, précisément, de sa place dans l'évangile.

Après les manifestations ostentatoires, mensongères, et peut-être criminelles, d'une fausse piété (v. 38-40), voici le geste de l'amour. La piété des scribes est pour eux d'un grand rapport : elle leur permet de satisfaire leur vanité et de se procurer des ressources. Celle de la veuve lui arrache ce qui lui restait pour vivre.

Ainsi se trouve clôturé, dans un saisissant contraste, non seulement le chapitre 12, mais les épisodes qui le précèdent, depuis 11/12. Comme les riches de notre v. 41, les Grands Prêtres, les Anciens, les scribes, les Pharisiens, tiennent depuis l'entrée à Jérusalem le devant de la scène et polarisent l'attention de ceux qui ne regardent jamais qu'à l'écorce des choses. Mais que sont-ils, dans la vérité des choses, eux et leur Temple ? Qu'un figuier sans fruit. C'est cette veuve indigente, noyée dans la foule qui l'ignore et la bouscule, qui est le véritable Israël. C'est elle qui donne encore un sens au sanctuaire par son offrande. C'est elle qui donne ce que Dieu réclame en vain des autres, et que la doctrine de ces autres cache en prétendant le révéler : la vie, sa vie.

Il y a plus : ce récit qui met un terme aux polémiques précédentes et porte sur elles un sobre mais sévère jugement, ouvre en même temps l'histoire de la Passion. Après avoir affronté tant d'ennemis, mesuré et déjoué tant de pièges, Jésus s'assied et il repose son regard et son âme en contemplant cette femme qui vit l'Evangile sans l'avoir sans doute reçu de lui. Mais il discerne en elle, parce qu'elle est, justement, la figure du véritable Israël, la figure de son propre destin, à lui qui assume la vocation de son peuple. Comme elle, il va devoir tout donner, toute sa vie, pour que subsiste en son corps le Temple, le lieu où l'homme pourra encore rencontrer son Dieu.

Dans cette dernière semaine de sa vie, Jésus prend le temps de s'asseoir et de regarder, d'observer (theôreô) "comment la foule jette son argent dans le tronc". Des riches passent, qui donnent beaucoup. Marc, mieux que Luc, le souligne. Il n'est pas question de leur avarice, mais de leur générosité : le contraste entre le don de la veuve et le leur n'en apparaîtra que mieux. Opposer la générosité des pauvres à l'avarice des riches est banal. Ici, ce n'est pas la pingrerie, mais la munificence même qui disparaît comme une fumée devant l'offrande de la veuve.

On n'aime pas, dans les églises, entendre parler d'argent. On aime moins encore se demander pourquoi. La fausse raison est à portée de main : le matériel n'est rien, le spirituel seul est essentiel. C'est un mensonge, bien sûr, et tout se passe comme si Marc avait voulu le déjouer. Le portique de la Passion, ce haut lieu des "choses spirituelles" est une salle où les gens apportent leur argent. Le crucifié de demain s'intéresse à la quête.

C'est que l'argent, il faut le redire, est d'une importance capitale aux yeux de Jésus. Il aura sa place dans le récit de la Passion (14/10-11). Ce qui se passe dans ce lieu où Jésus s'est assis mérite que l'on s'y arrête. Jésus s'y est arrêté. Car il sait bien que la ligne de partage entre le matériel et le spirituel, entre la chair et l'esprit, ne passe pas entre les "choses" et la religion, entre l'argent et la piété. Il a montré (v. 38-40) combien la piété des scribes était charnelle, il voit maintenant toute la spiritualité signifiée par ces deux pièces de cuivre. Voilà, après la Syro-Phénicienne (7/24-30) encore une femme qui l'enseigne, lui à qui les théologiens et les prêtres ne semblent pas avoir enseigné grand chose.

N'avait-il vraiment rien de mieux à faire, à la veille de sa mort, que de regarder cette femme jeter ses deux centimes ? Il faut croire que non. Comme lors de la rencontre avec le riche (10/17-31), il mesurait la vérité de ce que les chrétiens n'aiment pas trop s'entendre dire : qu'avec son argent, il arrive que l'on donne tout, mais qu'en refusant son argent, on ne saurait en tout cas pas prétendre donner son cœur.

C'est vraiment un moment d'une exceptionnelle importance. On le voit aux deux formules solennelles qui ouvrent le v. 43 : "Appelant à lui (proskaleomai) ses disciples, il leur dit : En vérité, je vous le dis..." (amèn legô humin). Ce n'est jamais au hasard que Marc emploie ces formules. De cet incident minime, Jésus, c'est clair, va tirer un enseignement aussi essentiel qu'aucun de ceux qu'il a donnés aux siens. Ainsi en sera-t-il, bientôt, du geste, princier cette fois, d'une autre femme (14/9). Et, paradoxalement, l'offrande misérable et l'offrande "de grand prix", les deux leptes et les trois cents deniers se confondent dans la même louange du Seigneur. C'est que l'une et l'autre, la plus pauvre et la plus riche, voient leur indigence (v. 44b) et leur "gaspillage" (14/4) justifiés par l'amour qui les inspire, et trouvent leur sens dernier, que ces femmes le sachent ou non, dans leur relation à la mort de Jésus.

"Tous ont donné de leur superflu" (v. 44). Contrairement à ce que l'on a coutume de dire, le superflu (perisseuô = être plus qu'assez), c'est pour l'homme le nécessaire. Car le nécessaire, au sens strict du terme (1 Timothée 6/8) laisse l'homme dans l'angoisse. Il faut qu'il ait trop pour avoir assez. Il le faut, puisqu'il ne sait pas de quoi demain sera fait, et qu'il a besoin, contre ce que lui dit l'Evangile (Matthieu 6/34), d'avoir aujourd'hui la sécurité de demain. Il le faut parce que l'avoir, la possession, lui tient lieu de l'être qu'il a perdu, et lui donne la consistance dont il a besoin. Le superflu, c'est ce qui dispense l'homme d'assumer le tragique de sa situation et d'avoir recours à Dieu. Or, c'est ce que les riches ont donné au Temple, et c'est là que le paradoxe de leur situation éclate. Ils offrent à Dieu, sans mensonge, car ils croient en Lui, de l'argent tiré (ek, v. 44) de ce qui leur tient lieu de Dieu. De leur contrat d'assurance avec l'existence, ils prélèvent une part pour cette assurance ultime et complémentaire dont Dieu est l'agent. La religion, au moins cette religion-là, révèle ici son caractère de superstructure.

Mais les riches, c'est leur malheur tout autant que leur faute, tiennent leur paraklèsis (Luc 6/24), leur consolation, leur assurance, de leur superflu, et c'est en vain qu'ils pensent pouvoir la mettre aussi en Dieu. En tirant de ce superflu l'hommage de leur offrande, ils avouent, quelque pieux qu'ils soient, et comme le riche du chapitre 10, qu'ils ont un autre dieu que Dieu, une autre espérance que l'Espérance.

Ce qu'elle a donné, la veuve l'a tiré (ek, comme pour les riches, v. 44) de son indigence (husterèsis), de son manque. Hardiesse de la formule... Dans l'histoire de l'homme riche, nous trouvons le verbe de même racine, hustereô. Chez Matthieu (19/20), le riche demande ce qui lui manque encore, lui qui a observé la Loi. Et chez Marc (10/21), Jésus lui dit : "Une seule chose te manque : Va, vends ce que tu as...". Il ne lui manque que de manquer, de ne pouvoir porter son regard ailleurs que sur Dieu. C'est à cette situation que Jésus l'appelle, celle où se trouve, précisément, cette femme. C'est de là (ek) qu'elle a tiré le don qu'elle a fait. Non seulement parce qu'elle a puisé dans son indigence, dans son capital réduit à deux leptes, mais parce qu'elle a pu le faire par la grâce de sa pauvreté. L'husterèsis, l'indigence, c'est à la fois le peu dont elle dispose, et la possibilité de sa radicale générosité.

On dit volontiers : le don de cette femme est un acte de confiance absolue en Dieu, dont elle sait qu'il ne l'abandonnera pas. Est-ce bien sûr ? La veuve de Sarepta a pu croire, elle, qu'il en serait ainsi, sur la parole d'Elie (1 Rois 17/14), mais cette veuve de Jérusalem ? Que peut-elle attendre de Dieu ? Dans la conception qu'elle a, selon toute probabilité, des choses, Dieu lui a pris son mari, et l'a laissée dans la plus extrême misère : la 64° partie du salaire d'un journalier ce n'est quand même pas un signe évident de la Providence.

Non, cette femme, vraisemblablement, ne fait aucun calcul, fût-il pieux et confiant. Elle confesse, par son geste, sa foi de Juive, elle confesse Dieu comme Dieu, celui à qui nous appartenons, nous et notre tout, et elle jette dans le tronc holon ton bion autès. Selon toute apparence, et la formule de Luc le confirme, cela signifie : "tout ce qu'elle avait pour vivre" (de même en classique ; et dans le Nouveau Testament : Luc 8/43, 15/12 & 30, 1 Jean 3/17). C'est effectivement un des sens de bios : les moyens de vivre. Mais il ne faut pas oublier que le sens premier de bios, mot rare dans le Nouveau Testament, mais très important en grec classique, c'est tout simplement : vie (Nouveau Testament : Luc 8/14, 1 Timothée 2/2, 2 Timothée 2/4). En sorte que l'on pourrait traduire : "toute sa vie". Au reste, cela revient au même.

En réponse à la destinée que Dieu lui a faite (toujours selon sa vision probable des choses), non pas l'amertume, mais le don sans réserve de la vie. Il y a donc une religion qui n'est dictée, ni par l'intérêt, ni par la peur, mais par l'amour seul. Il y a une foi qui ne s'appuie pas sur l'expérience ni sur l'attente de la récompense, mais qui regarde à la seule Promesse. Comme celle de Siméon et d'Anne.

Ce n'est pas avec ces deux piécettes, ni avec des offrandes de pauvres, que l'on avait pu construire, ou que l'on pouvait entretenir, un édifice aussi splendide que le Temple (13/1). Il n'avait été bâti et ne subsistait que par les offrandes des riches, et certains, certes, donnaient beaucoup (v. 41b). Mais ce Temple s'écroulera, Jésus va nous le dire bientôt (13/2), et il ne restera de la religion qu'il représentait que ce qui, en elle, préparait l'Evangile, et que symbolisent les deux leptes de la veuve.

On dira à bon droit qu'il est plus facile de jeter dans le tronc ses deux derniers centimes qu'une partie de son superflu. Que ferait-on de deux centimes ? Et l'on sait très bien que faire de son superflu. C'est vrai. Mais c'est là la force de l'husterèsis, c'est la grâce faite aux pauvres. On ne voit pas que les riches se montrent avides de l'acquérir.

Le geste de la veuve a été l'objet de la louange de Jésus. Comme dans les très rares cas où il souligne positivement un geste ou une parole (Matthieu 8/10, 15/28, Luc 7/44-48), on peut être sûr qu'il rend ici témoignage à la rencontre de cette femm avec l'Ordre divin, la Loi du Règne, la Vie. Ce que les riches n'ont pas trouvé, elle l'a trouvé, même si ce n'est pas dit. "Car la vie d'un homme ne dépend pas de ses biens, fût-il dans l'abondance (perisseuô)" (Luc 12/15) ni de la part qu'il en donne à Dieu (Luc 18/12). Mais la vie se trouve dans le don même que l'on en fait, et c'est ce don que la femme a consenti.

Même si l'apocalypse du chapitre 13 s'intercale entre ce récit et l'histoire de la Passion, nous avons cru pouvoir discerner en lui comme le portique de ce drame vers lequel tout converge chez Marc. Serait-il blasphématoire de mettre en parallèle ces deux leptes jetées dans le tronc et le sacrifice du Fils ? Il faut ici prendre garde de ne pas préserver la dignité et la gloire de Jésus en le séparant des pauvres. Ces deux leptes, c'était toute la vie de cette femme. La vie de Jésus ne valait pas plus cher aux yeux de ses ennemis. Ils la payèrent un peu plus, il est vrai, selon Matthieu (26/15), mais il ne faut pas oublier que l'argent donné à Judas représentait le prix d'un esclave (Exode 21/32, cf. Zacharie 11/12, Matthieu 26/15). C'est au nombre des esclaves, parmi les pauvres, que Jésus a voulu se ranger, et si ses adversaires se trompèrent sur son compte, ce n'est pas en le regardant comme un esclave et un pauvre, mais en ne discernant pas, dans cette condition, sa gloire même. Il ne faut pas séparer Jésus de cette femme, ni établir, entre leurs "offrandes", de futiles considérations de "hiérarchie". Leur importance réciproque est ici de peu d'intérêt, car le nœud du récit, c'est justement l'absence d'importance de l'événement aux yeux des hommes. Deux leptes de plus ou de moins,... une croix de plus ou de moins,... en ce temps-là, qu'est-ce que cela pouvait bien faire ? Mais la parole de Jésus sur le geste de cette femme, comme la Parole secrète de Dieu dans la nuit de Pâques, disent que le Seigneur ne regarde pas à ce que l'homme regarde (1 Samuel 16/7). Jésus et cette femme ne sont rien en face de l'institution formidable dont le Temple est le symbole. Et pourtant, le Temple disparu, le geste de la veuve sera, comme celui de la femme de Béthanie (14/9), célébré au long des siècles, et la Croix donnera, dans le corps du Christ, un nouveau Temple à l'humanité. Pour le coup, c'est l'offrande qui sanctifie l'autel (Matthieu 23/19).

C'est pourquoi il convient de veiller à ne pas réduire ce récit à une anecdote édifiante sur la valeur donnée par l'amour aux plus humbles offrandes. C'est bien là ce qu'il dit, mais, à la place où il est, et compte tenu de l'attention donnée par Jésus à cette scène à la veille de sa Passion, il dit bien autre chose. En négligeant le lien évident qu'il a avec le récit de la Passion, en restant aveugle à son caractère de parabole de la Croix, on s'associe à ce qui a été la grande entreprise de trahison de l'Evangile si souvent poursuivie avec persévérance par l'Eglise : séparer Jésus des pauvres, et, du même coup, occulter dans l'Evangile le message de la Pauvreté, qui en est le cœur.

Il y a ce texte, et, avant lui, tout ce que Jésus a dit sur les risques de l'argent, sur le malheur d'être riche, sur le bonheur et l'éminente dignité des pauvres, il y a, comme en écho, les paroles foudroyantes de Jacques (1/9-11, 2/1-7). Et il y a... l'Eglise, telle que nous la voyons dans toute son histoire, avec sa passion des richesses, sa soumission à ceux qui les possèdent, sa charité condescendante pour les pauvres, son interprétation spiritualisante de tous les passages des évangiles relatifs à l'argent. Et, de nos jours encore, il y a, en contraste avec le jugement qu'elle porte sur son passé dans ce domaine, la réalité de la vie des chrétiens, qui apporte souvent un cruel démenti à cette autocritique, et parfois chez ceux-là mêmes qui la formulent avec le plus d'éclat.

Il y a, pour donner un exemple tristement burlesque, ce que les riches appellent leur "pite de la veuve". Car les responsables d'églises savent bien que les veuves indigentes qui donnent parfois beaucoup, et parfois plus, même en valeur absolue, que certains riches, ne recourent jamais à cette image. Ce sont les riches qui se la sont appropriée. Soit qu'ils veuillent expliquer la modicité de leurs offrandes par le fait qu'ils sont moins fortunés qu'on ne le croit. Soit, pire encore, qu'ils aient découvert dans ce récit cette miraculeuse révélation : l'argent n'est rien, le sentiment est tout, et peu importe, alors, ce qu'on donne, pourvu qu'on le donne avec bonne volonté. C'est ainsi que les riches demeurent les seuls à parler de leur "pite de la veuve", comme les intellectuels demeurent les seuls à prétendre avoir "la foi du charbonnier".

Dans tout cela, on le voit bien, ce n'est pas seulement un enseignement particulier de Jésus (celui relatif à l'argent) qui est passé sous silence, défiguré, ou honteusement utilisé par une distorsion résolue de son sens, c'est l'Evangile tout entier qui se trouve faussé. Peut-être l'Eglise n'entrera-t-elle pas dans la voie d'une vraie conversion à cet Evangile par une autre porte que celle de la repentance pour ce qui touche à sa conception et à son usage de l'argent. C'est pourquoi le lecteur de Marc ne saurait lire l'histoire de cette veuve comme un récit idyllique et reposant après les scènes dramatiques des chapitres 11 et 12, ou avant celles de la Passion, mais bien, ainsi que nous l'avons dit, comme une préface à la Passion même. Et il devra se souvenir que Jésus a regardé cette femme comme il a regardé les enfants (9/36-37, 10/14-15). Pour lui, la veuve et les petits ne sont pas des êtres faibles et touchants qu'il considère avec attendrissement. Ils sont, comme ils doivent l'être à nos yeux, la figure de sa condition et de son destin.


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Texte : Marc 12/41-44
Genre : Commentaire biblique
Auteur : Jean VALETTE
Source : L’évangile de Marc — Parole de puissance, message de vie ; notes sur le texte. Les Bergers et les Mages, 1986 (p. 241).



L'offrande de la veuve
(Luc 21/1-4)

INDEX :
v. 41 : kathizô (être assis) ; katenanti (en face) ; plousios (riche).
v. 42 : ptôchos (pauvre) ; duo (deux).

v. 41 — gazophulakeion (voir à 6/17, 7/11). On traduit : Trésor (Osty, Jérusalem) ou tronc (Pléiade, TOB). Le mot est composé de gaza, terme perse signifiant Trésor (du roi, cf. Actes 8/27) et de phulassô (garder, cf. Marc 10/20). Le gazophulakeion est à proprement parler le « Trésor » du Temple ou la salle où il se trouve. On l'appelait aussi korbanas (littéralement, voué à Dieu, Matthieu 27/6, cf. Marc 7/11). Ce lieu n'était pas ouvert au public. Dans Jean 8/20, il doit s'agir du portique qui y conduisait. Dans notre v. comme au v. 43, et dans le parallèle de Luc, il ne peut donc s'agir du Trésor ou de la salle du Trésor, mais sans doute de l'un des treize troncs en forme de trompes, placés dans la cour des femmes, et où les fidèles déposaient leurs offrandes. Autre hypothèse : un tronc, placé dans la salle du Trésor, avait son ouverture à l'extérieur.

theôreô (voir à 3/11) = regarder, observer. Le verbe a plus de poids que le simple horaô de Luc. Et l'imparfait atteste la durée de ce regard porté sur ce qui se passe.

ballô (voir à 1/12, 2/22) = jeter. C'est le premier sens du verbe et il convient parfaitement ici. Marc l'emploie sept fois dans ce passage à des temps différents.

chalkos (voir à 6/8) = bronze, cuivre. Ici : menue monnaie. Mais le sens est certainement plus général : de l'argent. Luc, avec plus d'élégance : leurs dons.

v. 42 — chéra, que nous avions dans le passage précédent, 12/40 = veuve ; encore v. 43.

lepton (voir à 1/40) = lepte. Parallèle dans Luc et aussi Luc 12/59. Littéralement, pelé, mince. La plus petite monnaie de bronze.

kodrantès = le quart d'un as (cf. Matthieu 10/29). L'as était le 1/16 d'un denier, salaire d'un journalier. Le don de la veuve en était donc le 1/64. Le mot kodrantès ne se trouve qu'ici et Matthieu 5/26, qui est le parallèle de Luc 12/59, cité ci-dessus.

v. 43 — Nous avons dans ce verset deux expressions qui, chez Marc, soulignent l'importance de ce qui va être dit : proskaleomai (voir à 1/20, 3/13) = appeler à soi, et amèn legô humin (voir à 3/28) : En vérité, je vous le dis.

v. 44 — ek tou perisseuontos autois = (tous ont mis) en prenant (ek) de leur superflu (Osty : de leur abondance).

perisseuô (voir à 6/51) = abonder. Seulement ici chez Marc. Le verbe est utilisé par Matthieu (14/20), Luc (9/17), Jean (6/12-13) pour la multiplication des pains. Marc emploie le substantif, 8/8. Le verbe est particulièrement fréquent chez Paul au sens métaphorique pour exprimer la surabondance de la grâce, de l'espérance, des souffrances, de l'amour.

Pour ce qui a trait, comme ici, à l'argent, on notera : Luc 12/15, 2 Corinthiens 8/2 & 7, 9/8 & 12, Philippiens 4/12.

hautè de ek tès husterèseôs = mais elle (elle a mis) en prenant (ek) de son indigence (Osty : de sa privation, en se privant).

husterèsis (voir à 10/21) : littéralement = ce qui manque, indigence, misère, dénuement. On ne retrouve le mot qu'en Philippiens 4/11, dans le même sens littéral. Luc utilise husterèma, plus fréquent dans les Septante comme dans le Nouveau Testament. Dans le même sens relatif aux besoins matériels : 2 Corinthiens 8/14, 9/12, 11/9, Philippiens 2/30.

panta hosa eichen = tout ce qu'elle avait (échô = avoir, 1/22).

holon ton bion autès :
- holos (voir à 12/30) = tout entier.
- bios (voir à 5/23 à propos de zaô). Ce mot, très important en grec classique, n'apparaît que dix fois dans le Nouveau Testament (zôè = vie, 135 fois).
1° sens de bios : vie, mais seulement vie terrestre (à la différence de zôè qui a les deux sens) : Luc 8/14, 1 Timothée 2/2, 2 Timothée 2/4.
2° sens de bios : ce qu'il faut pour vivre, les biens : Luc 8/43, 15/12 & 30, 1 Jean 2/16, 3/17.
Pour notre texte (seul emploi du mot chez Marc), il s'agit sans doute du second sens, et plus nettement encore chez Luc (« tout le bien qu'elle avait »), mais il est évident que le contexte invite à garder le premier sens à l'esprit.




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