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Marc 12 v 41 - 44 ( Caroline Schrumpf)
Prédication - Pasteur Caroline SCHRUMPF
Dimanche 9 Novembre 2003 Un cœur qui connaît le manque… I Rois 17, 8-16 -Marc 12, 41-44 Frères et sœurs, Ce matin, l'Ecriture nous invite à aller à la rencontre de deux femmes. La première, une femme de Sarepta, en territoire de Sidon, au nord d'Israël. Sidon, c'est la patrie de Jézabel, la célèbre femme du roi Achab, de triste mémoire, et fille du roi des Sidoniens. Cette femme de Sarepta est donc une sidonienne elle aussi, étrangère au peuple de Dieu. Et c'est justement vers elle que Dieu envoie Elie pour échapper à la sécheresse. Cette femme de Sarepta n'a pas laissé son nom dans l'Ecriture. Mais on sait d'elle qu'elle est veuve, très pauvre, et qu'elle vit avec son unique fils. Quand Elie le prophète la rencontre, on comprend qu'elle est dans une situation désespérée, sans autre issue que d'attendre la mort. La deuxième femme, celle de l'Evangile, on ne sait pratiquement rien d'elle. Si ce n'est qu'elle aussi est veuve et pauvre. Elle ne dit rien, Jésus non plus ne lui parle pas, il la regarde seulement. Il pose son regard sur elle avec douceur et respect. Jésus est là comme un simple témoin et puis il interpelle les disciples. Et derrière eux, il y a peut-être nous, qui essayons de comprendre sa parole aujourd'hui. Ce matin, je voudrais retenir et revisiter avec vous quelques éléments qui m'ont touché, qui ont capté mon attention, des éléments qui sont présents dans les deux récits. Je pense que ces deux histoires sont connues par plusieurs d'entre vous. Peut-être un peu trop connues au point que nous lisons ou que nous écoutons le texte sans surprise. Ce matin, ma prière et mon attente pour chacun de nous, c'est que Dieu nous donne un regard neuf. * * * Sur ces deux histoires, je voudrais retenir deux choses. La première chose qui m'a intriguée, c'est que Dieu très clairement dit au prophète Elie : " Va à Sarepta, dans le territoire de Sidon, et restes-y pour l'instant. " Déjà, c'est assez étrange que Dieu emmène Elie se réfugier dans le territoire de Sidon- (un territoire étranger, où vivent des adorateurs de Baal). Mais je continue… Dieu dit : " J'ai ordonné (ou commandé dans certaines versions de la Bible) à une veuve de pourvoir à tous tes besoins. " Dieu ne dit pas : " Je vais essayer de te trouver quelqu'un qui pourra t'aider… " ou " ne t'inquiète pas, une personne te donnera… " Et quand Elie arrive, on n'a pas vraiment l'impression que l'ordre a été reçu, n'est-ce pas ? La femme veut bien donner un peu d'eau, mais, pour le reste, elle est plutôt dubitative, et craintive et totalement désespérée. Pourtant, elle accepte à continuer la suggestion d'Elie, elle accepte d'entrer dans une démarche de confiance qui paraît tout à fait étonnante. Elle accepte de donner le peu qui lui reste, sur la parole d'Elie. Élie, bien sûr, ne parle pas de lui-même, mais conduit et guidé par Dieu. C'est ce qu'il fit à la femme d'ailleurs : " Ainsi parle le Seigneur le Dieu d'Israël : La farine ne manquera pas dans le pot, ni l'huile dans le bol… " Et la femme alla faire selon la parole d'Elie. Dans le cheminement de cette femme de Sarepta, même si nous n'avons pas le temps de le lire aujourd'hui, il y aura encore la maladie et la mort de son fils, puis l'action et la prière de Elie. Et Dieu va ramener l'enfant à la vie. Alors, cette fois la femme de Sarepta pourra s'écrier : " Maintenant je sais que tu es un homme de Dieu, et que la parole du Seigneur dans ta bouche est vérité. " Cette fois, ce n'est plus la parole d'Elie, mais la parole de Dieu qu'elle reçoit. Avant qu'elle en ait conscience, Dieu agit dans le cœur de cette femme. Avant même qu'elle le sache, Dieu est présent dans sa vie. La pauvre veuve de l'Evangile vit aussi une sorte de visite en secret de Dieu, de Jésus dans sa vie, dans son histoire. Là, tout passe par le seul regard. Jésus la voit, alors même qu'elle ne le voit pas. Jésus remarque son geste, alors même qu'elle ne se préoccupe pas de ce qui se passe au tour d'elle. Peut-être vient-elle même s'approcher très discrètement du tronc des offrandes. Jésus visite cette femme à son insu, une visite secrète, manifestée par un regard plein de compréhension, d'admiration, d'amour. Nos vies aussi, Dieu le visite parfois à notre insu. Combien de fois l'a-t-il déjà fait, sans que nous n'en ayons rien su ? Combien de fois le fera-t-il encore ? Dieu n'attend pas que nous ayons tout compris, tout saisi, tout accepté, tout consenti pour agir dans nos vies. C'est vrai, à un moment, il faut se décider pour Dieu, et ouvrir la porte… Mais lorsque nous l'ouvrons, nous découvrons que Dieu est là depuis longtemps, et qu'il nous attend. Cela peut sembler contradictoire, mais même sans que nous le sachions, sans que nous le pressentions, Dieu est à l'œuvre dans nos vies depuis bien longtemps. Apocalypse 3, 20 : " Je me tiens à la porte et je frappe. Celui ou celle qui entend ma voix et m'ouvre la porte, j'entrerai chez lui, et je mangerai avec lui… " Le deuxième élément qui a accroché ma curiosité, c'est le commentaire que Jésus fait sur le don de la veuve. Et d'ailleurs, le récit parallèle de l'Evangile de Luc le formule exactement dans les mêmes mots. Jésus interpelle ses disciples et leur explique que cette femme avec ces deux pièces jaunes a mis plus que tous les billets, et tous les chèques des riches et autres Cartes Bleues, American Express silver, gold et platinum… Attention : Jésus ne dit pas cela pour nous donner bonne conscience quand nous venons au culte en ayant oublié de prévoir la collecte et que nous ne mettons dans les crusolettes (c'est le nom exact des " épuisettes " à offrande) que les quelques pièces qui se trouvent par hasard au fond de notre poche. Et pourtant, il fait cela sans rien bousculer de notre intimité. Sans indiscrétion, sans violence. On ne peut le savoir et le comprendre bien souvent qu'après coup, et dire comme Jacob : " Dieu était là et je ne le savais pas… " Dieu était là, et je ne m'en doutais pas. Dieu était là, contre toute apparence. Dieu n'avait cessé d'être là, tout au long du chemin. Dieu n'abandonne pas, même s'il reste silencieux. Dieu ne change pas. Il est in Dieu de fidélité. * * * Puis, Jésus dit cette phrase étrange : " Elle, de son manque, elle a mis tout ce qu'elle avait, toute sa vie. " Qu'est ce que Dieu attend de nous ? Il attend TOUT ! Est-ce qu'il désire vraiment les deux pièces jaunes de cette pauvre femme ? Les biens de cette pauvre veuve ? Est-ce que Dieu souhaite épuiser les maigres réserves de la veuve de Sarepta ? Non, ce que Dieu attend des hommes que nous sommes, c'est l'amour, et une relation de personne à personne. " Mon enfant, donne-moi ton cœur " dit le livre des Proverbes. En donnant ses deux piécettes, la femme veuve fait un signe à Dieu, effectivement, elle donne tout, tout ce qu'elle a, pour vivre, toute sa vie. La veuve de Sarepta suivra le même chemin. Dans une situation de détresse extrême, de dénuement, de désespoir, elle tout d'abord à Elie. Je voudrais vous raconter une histoire. Je ne sais pas si elle est vraie ou si c'est une parabole imaginée pour essayer de comprendre ce que peut signifier ce " TOUT ". C'était dans une église, un dimanche au culte. C'est le moment de la collecte. Et dans cette église, on rassemble la collecte dans de grands plateaux argentés recouverts de feutrine rouge. C'est très beau et très chic. Et en plus, on voit ce que met le voisin… Les plateaux circulent de rang en rang. Puis ils arrivent au fond du temple. Et là, au fond du temple, au bout d'un des derniers rangs, se trouve un homme, entre deux âges, que personne ne connaît. Personne ne l'a vraiment remarqué, il est un peu transparent. Il a l'air un peu fatigué, ses vêtements aussi ont l'air fatigué. Lorsque le plateau arrive à lui, il le prend et très lentement se lève. Ceux qui le voient sont surpris, se demandant ce qu'il est en train de faire. L'homme se lève et se place dans l'allée. Il pose doucement le plateau par terre. Et il se met dedans. " Elle, de son manque, elle a mis tout ce qu'elle avait, toute sa vie. " Ce tout, curieusement, c'est justement son manque. Ce tout que ces deux femmes donnent à Elie et à Jésus, à Dieu, c'est un cœur de veuve, un cœur en deuil, un cœur meurtri et blessé par la mort d'un tout proche, un cœur qui connaît le manque, le vide, un cœur éprouvé. Dieu n'attend pas que notre vie soit réparée, que nous soyons réparés, il accueille nos histoires blessées, nos vies plaintives, craintives. C'est seulement s'il y a du vide dans notre vie qu'il y a un espace pour que Dieu puisse entrer. Et pour nous ce matin, à travers ces deux histoires de veuves, il y a deux promesses, deux paroles de vie, pour nous inviter à la Vie. - N'aie pas peur… Ce n'est pas le pape Jean Paul II qui a inventé ce mot d'ordre ! C'est la parole du prophète Elie à la pauvre veuve de Sarepta, et c'est aussi la parole de Jésus. - Il y aura de la farine dans le pot et de l'huile dans le bol… Dieu nous accompagnera et nous conduira plus loin, sur le chemin où il répondra à nos attentes, où il sera notre nourriture, notre soutien, notre subsistance, notre force. Amen. Autres textes de la même catégorie
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