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Marc 12 v 38-42 (B. Cottin)
9 novembre 2003, Marc 12, 38-42
De temps à autre, il nous arrive d'être assis quelque part et d'avoir un peu de temps à perdre - par exemple, en attendant le bus, ou en vacances. Pour passer le temps, nous regardons les gens dans la rue. Qui remarquons-nous avant tout ? Quelle sorte de gens attire le regard ? Les personnages intéressants ou extravagants. Les riches, qui portent des vêtements à la mode. Tous ceux qui sont beaux, et parmi eux, d'abord les belles jeunes femmes ou jeunes filles. On remarque aussi les enfants. Regardons-nous aussi les personnes âgées ? Notre attention s'attarde-t-elle aussi sur les femmes âgées ? Il y en a tant … Elles risquent de passer plutôt inaperçues. Le regard de Jésus est différent. Il remarque tout de suite cette petite veuve pauvre qui met une offrande dans le tronc du Temple. Jésus enregistre tout très précisément. Et c'est avec la même acuité qu'il en parle ensuite à ses disciples. Avez-vous remarqué qu'elle a fait un don de milliardaire, leur demande-t-il. Car elle a donné tout ce qui lui restait pour vivre, tout cela pour les frais de fonctionnement du Temple. Elle a pratiquement donné sa vie au Temple, un don exorbitant. Oui, ce don est exorbitant. Et en plus, il est injuste. Cette veuve est pauvre, elle a une vie très difficile. Visiblement, elle n'a pas de fils pour défendre sa place dans la société, une société qui ne lui reconnaît pas d'autres droits que celui de faire appel à la générosité des autres. Elle vivait déjà à la limite de la mendicité, et maintenant, après avoir donné ses derniers sous, elle rejoindra probablement un des groupes qui se tiennent aux portes du Temple et qui tendent la main. Il n'est pas juste qu'elle donne ses derniers moyens à ce Temple. Il n'est pas juste de faire appel, sous prétexte de spiritualité, à la générosité de ceux qui croient tout mais ne possèdent rien et de les spolier même du tout petit peu qui leur reste. Jésus critique violemment les scribes qui "dévorent les maisons des veuves". La petite veuve fait passer le souci pour le Temple avant le souci de sa maison. Le Temple de Jérusalem, bâti par le roi Hérode, était très grand et imposant, un vrai édifice de prestige. Jésus en annonce la destruction future. Ce Temple, financé par les sous des pauvres, ne mérite plus d'exister. A travers l'exemple de la veuve, Jésus s'attaque à tout un système bien rôdé, que même les théologiens n'ont pas la perspicacité de dénoncer. Le fonctionnement du pouvoir, la collusion entre la politique et la religion, à l'époque de Jésus, se trouve placé sous le jugement dans le regard de Jésus, Jésus qui regarde et remarque la générosité inouïe d'une pauvre veuve. Cette critique très franche du système de son époque a valu bien des ennemis à Jésus, et elle l'a en fin de compte conduit à la croix. Dans la figure de la veuve, dans son dépouillement et sa sincérité de foi totale, qui lui fait donner ce dont elle aurait eu besoin pour vivre, Jésus voit probablement, avec un frisson, son propre destin. Lui aussi sera une victime du système qui veillera avant tout à sa propre survie. Lui aussi donnera tout, il donnera sa vie, pour aller jusqu'au bout de l'amour. Mais le sens de la petite scène ne s'épuise pas dans la critique ou la juste révolte. Le regard de Jésus sur la veuve propose à son tour un changement de regard aux autres. Là où nous ne voyons qu'une femme sans ressources et condamnée à mendier, Jésus voit une personne qui a énormément à donner. Nous rendons-nous compte combien il y a de générosité, de passion, de courage dans son geste ? Elle a un engagement total pour sa religion, et une confiance ardente en son peuple, auquel elle s'adressera demain en mendiante. Pourquoi personne n'est capable de voir combien d'amour et combien de vie cette petite femme de rien du tout est capable de donner ? Pourquoi personne n'a envie de recevoir une part de cette vie, de cet amour ? Pourquoi personne ne se laisse éveiller à la vie par sa confiance ardente ? Les autres ne voient qu'une veuve, et ils détournent le regard. Pas intéressante. Seul, Jésus voit la source de la vie qui est en elle. Une source de vie plus forte que la détresse, comparable à la résurrection de Jésus plus forte que la mort. Dans le regard de Jésus, il y a tout de l'attention que Dieu porte aux humbles, aux pauvres, aux sans-droit. Le Psaume 146 le dit sans détour. Ces petites gens placent toute leur confiance en Dieu et montrent l'exemple de la foi. Il ne faut pas placer sa confiance dans les puissants de ce monde, mais en Dieu - disent les faibles de ce monde. Ces affirmations bibliques nous font réfléchir. Il n'est pas très agréable de se l'avouer, mais nous aussi, nous sommes facilement attirés par ce qui est prestigieux, à l'exemple du Temple de Jérusalem, que par ce qui est humble. Nous cherchons l'amitié des gens qui ont du succès bien plus que la proximité de ceux qui connaissent des échecs ou qui sont fragiles. Nous comptons prudemment sur l'appui des puissants et nous passons à côté de la foi des petits. Le regard critique de Jésus sur le système politique et religieux est toujours en bonne partie valable. Les pauvres seront toujours là pour payer, il est même étonnant de voir combien on peut en tirer(exemple endettement des pays du Sud). Et beaucoup des désordres mondiaux actuels se payent de la vie des pauvres. La religion confond encore souvent fidélité à Dieu et recherche de prestige social. Mais une brèche est ouverte dans cette apparente fatalité. La sollicitude de Dieu pour les humbles s'est transformée en identification de Dieu avec les humbles, en Jésus. Le chemin de souffrance des faibles est accompagné du chemin de croix de Jésus. Et la résurrection de Jésus nous met en route à notre tour. Nous pouvons commencer au niveau de la communauté locale et élargir le cercle à partir de là. La communauté des croyants est appelée à découvrir chaque personne dans sa richesse, de n'en marginaliser aucune, et d'être consciente que chacun a quelque chose à donner. Inversement, ceux qui donnent toujours, ont aussi besoin des autres. La communauté chrétienne vit, sur la base de la résurrection de Jésus, dans le don réciproque des uns pour les autres. Ainsi, elle se construit, avec tous ceux qui veulent s'y joindre, en un temple fait, non de pierres, mais de personnes vivantes. Amen Autres textes de la même catégorie
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