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Marc 12 v 28 Pierre-Jean RUFF
Que de jeunes et de moins jeunes aujourd’hui s’interrogent sur le chemin qui va vers Dieu. Il y a tellement de routes, tellement de religions ! Il y a tellement d’églises, de sectes, de communautés religieuses pour dire que la connaissance de Dieu est telle ou telle, qu’elle passe par tel chemin ou par tel autre, qu’elle nécessite qu’on accrédite tel dogme et que l’on s’adonne à telle pratique ! Comment s’y retrouver dans cette forêt vierge ? Qui croire ? A qui faire crédit ?
Telle est aussi la question du scribe, l’interlocuteur de Jésus. Contrairement à d’autres scribes de son temps, il ne s’oppose pas à Jésus ; il ne lui tend pas de piège. Il pose une vraie question. Dans le dédale des théologies, des systèmes religieux, lequel choisir ? Mais aussi, lorsqu’on se réclame d’une religion bien précise —c’était son cas à lui, c’est le nôtre à plus d’un d’entre nous—, que privilégier de la multiplicité des croyances et des pratiques sollicitées ? C’est pourquoi la question de ce scribe à Jésus vaut autant pour les personnes engagées dans une vie religieuse que pour les personnes en recherche. Où est l’essentiel ? Que privilégier de la volonté de Dieu ? Comment l’approcher et le servir au mieux ? Jésus résume la volonté de Dieu au travers du commandement d’amour. Ce faisant, Jésus n’innove pas. L’amour de Dieu et l’amour du prochain sont déjà prescrits dans la Thora, l’Ancien Testament. L’apport de Jésus consiste à lier ces deux invitations, et surtout à les présenter comme l’essentiel de la volonté de Dieu. “Il n’y a pas d’autre commandement plus grand que ceux-là”, dit-il. On remarquera que ce témoin [il faut sans doute lire : terrain] d’entente entre Jésus et ce scribe, terrain d’entente anticlérical et seulement éthique, se situe dans un contexte où Marc rapporte l’opposition foncière de Jésus à l’abus de pouvoir des scribes. Ainsi, avec Jésus, tout se ramène à l’amour. Certes, dans la langue française, le mot “amour” désigne des choses différentes. Il n’empêche que, sans entrer dans les différentes connotations du mot “amour”, l’amour est ce qui tient le plus au coeur à chacun d’entre nous : qui ne souhaite pas aimer et être aimé ? Qui ne considère pas l’amour comme l’aspiration la plus forte de sa vie ? L’amour demeure l’un des thèmes majeurs, ou le thème majeur de la chanson et du roman de tous les temps. L’amour n’est-il pas la condition de l’inspiration de toute créativité ? Jésus reprend donc à son compte deux commandements, parmi tant d’autres de la loi juive. Dans la transcription que Matthieu fait de cet échange entre Jésus et ce scribe, Jésus ajoute que le second terme —l’amour du prochain— est semblable au premier —l’amour de Dieu. Il parle donc d’égalité entre deux propositions. Mais alors, direz-vous, si Jésus ramène toute la volonté de Dieu à l’amour, comment peut-il dire qu’il s’agit là de commandements ? Que serait un amour qui se manifesterait sur ordonnance ? Est-ce seulement pensable ? Commande-t-on les sentiments ? Nous sommes effectivement piégés par les différents sens du mot “amour”. Au sens initial, l’amour est un mouvement instinctif, en relation avec nos sympathies et nos antipathies. Jésus avait, lui aussi, ses préférences. Mais lorsque Jésus parle d’amour, il indique autre chose. Il évoque notre acceptation de la vie, aux frontières de l’Universel, lorsque nous reconnaissons en tout homme l’image de Dieu, celui qui nous est obligatoirement proche parce que fils du même Père et appelé à la même espérance. Alors, pour nous ouvrir à la vision du Royaume de Dieu et de sa lumière, il y faut la main de Dieu, mais aussi notre constant effort pour sortir de nos égoïsmes et pour demeurer disponibles à tout ce que Dieu révèle à nos coeurs. Jésus reprend donc à son compte deux prescriptions d’amour présentes dans la tradition biblique antérieure. Son originalité consiste à les adjoindre et surtout à en faire l’essentiel de la volonté de Dieu. Or, cela va beaucoup plus loin que ce que l’on a l’habitude de considérer. Dire que l’amour du prochain compte autant que l’amour de Dieu et qu’on ne peut pas dissocier l’un de l’autre est décisif. Mais, ce faisant, Jésus n’innove pas. Les prophètes d’Israël l’ont amplement dit avant lui. En revanche, Jésus innove car le commandement mosaïque demande d’aimer Dieu “de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta force”. Jésus ajoute “de toute ta pensée”. André Chouraqui traduit : “de toute ton intelligence”. Clairement, Jésus réclame de chacun qu’il mette son intelligence au service de sa compréhension de l’Ecriture Sainte. L’intelligence et la foi ne se contredisent pas, comme on l’a souvent enseigné. Elles doivent s’étayer. Jésus va plus loin. En prônant l’amour comme mode prioritaire de connaissance et de service de Dieu, en sollicitant notre intelligence pour sonder personnellement les Ecritures, Jésus dit sans ambages que la volonté de Dieu ne se réduit jamais à une doctrine ou à une morale. Contrairement à ce que l’on entend trop souvent, Jésus affirme qu’il n’y a aucune recette, aucun dogme, aucune pratique privilégiés pour aller vers Dieu, pour l’honorer et accomplir sa volonté. La priorité absolue de l’amour rend chacun totalement libre et totalement responsable sous le regard de Dieu. C’est vraiment l’affirmation de la laïcité du peuple de Dieu dégagé de toutes règles formelles imposées de l’extérieur. Dieu est proche de chacun, sans qu’il y ait obligation de trouver un médiateur pour aller à lui. Ce faisant, Jésus ne nie pas le bien-fondé ou l’utilité des religions instituées. Mais il dit clairement leur caractère second par rapport au face-à-face avec Dieu et avec sa volonté. Les holocaustes, les sacrifices, les sacrements et les pratiques cultuelles restent nécessaires, pourvu que soit bien affirmé leur rôle non prépondérant. Ainsi, à travers les temps, la voix du Christ rappelle inlassablement que l’essentiel de l’Evangile n’est jamais un dogme, une confession de foi ou une chapelle, mais bien une manière d’être et de vivre, toute empreinte de l’inspiration de Dieu. De ce fait, avec lui, tout demeure possible. Rien n’est codé ou stratifié. “Qui sait cela, ajoute Jésus, est proche du Royaume de Dieu”. Amis des ondes, soyons lucides et responsables. Efforçons-nous d’aimer Dieu avec notre coeur, avec notre volonté et avec notre intelligence. Efforçons-nous d’aimer les hommes, nos frères, autant que nous-même. Usons des autres choses, des dogmes, des pratiques cultuelles, des institutions ecclésiastiques, mais en relativisant toujours leur portée. Voilà l’Evangile. Voilà la porte du Royaume de Dieu. RUFF Pierre-Jean (Pasteur) : Méditation radiodiffusée. FPF, 3 Novembre 1985. Cantiques proposés : * ARC 81 Que nos chants joyeux * ARC 607 Seigneur, accorde-moi d’aimer Autres textes de la même catégorie
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Cultes contemporains
Marc 12 v 28 - 44 David Mitrani