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Marc 09 v 2 J-D Wohlfahrt
Marc 9/2-10 23/2/97
Ils s'attendaient à tout, Pierre, Jacques et Jean, mais si on leur avait dit qu'ils verraient de leurs yeux Moïse et Elie, morts l'un depuis bientôt 2000 ans et l'autre depuis la moitié de ce temps, ils auraient certaine- ment haussé les épaules devant l'incongruité du propos. Ces apparitions qui disparaissent aussitôt apparues sur la montagne veulent leur dire quelque chose de bien précis et de très important. Quelque chose qui reste de la plus haute importance pour nous aujourd'hui. Il ne peut pas s'agir d'apparitions gratuites. Moïse et Elie ne sont pas remplaçables par David ou Salomon, ou Jacob ou même qui que ce soit d'autre pourvu qu'il y ait en présence trois personnes, puisque 3 c'est le chiffre de la perfection, le chiffre de Dieu. Tiens ce sont deux groupes de trois hommes qui sont en présence, Moïse Elie et Jésus, face à Pierre Jacques et Jean, le trio des hommes de Dieu, des précurseurs avec le Messie, d'une part, des trois plus actifs et plus fidèles des disciples d'autre part. En quoi le choix de Moïse et d'Elie peut-il être révélateur et porteur de message pour nous? Qui ne connaît pas les personnages? Moïse a libéré le peuple en Egypte il l'a doté d'une législation, d'une infrastructure de lois et de règles pour le culte, pour la vie privée, des règlements et des lois pour tous les jours et tous les actes de la vie privée et publique. Moïse, le législateur, a marqué la foi de ses contemporains et des générations postérieures de la crainte de Dieu. Sa théologie, son enseignement souvent mal compris ont fait naître une image de Dieu vengeur, de Dieu jaloux, qui a lentement mais sûrement occulté celle du Dieu amour qui ressort pourtant de toute l'histoire d'Abraham par exemple. En bons juifs, Pierre Jacques et Jean ont été nourris des lois et règles issus des commandements de Moïse et nous pouvons sans prendre trop de libertés penser qu'ils n'étaient pas loin encore de la foi des pharisiens qui se confond si souvent avec la loi. Elie est ce bouillant prophète qui veut réformer la société, redonner la joie de vivre à la veuve et à l'orphelin. Souvenez-vous de la veuve de Sarepta dont nous avons entendu l'histoire il y a quelques dimanches seulement, cette femme à qui par l'entremise d'Elie, Dieu donne suffisamment d'huile et de farine pour tenir jusqu'à la prochaine récolte. Elie appelait à la con- version, au repentir, à l'abandon des Baals, il prônait le retour vers le Dieu des pères. Il est considéré comme réformateur social et avec Moïse comme précurseur du Messie. Moïse et Elie représentent donc deux tendances de la foi, que l'on retrouve dans tous les temps: Moïse c'est la foi limitée à la morale, aux actes et aux traditions. Elie représente cette autre forme de la foi qui se veut loyale, engagée, évangélisation dans ce que ce mot peut avoir parfois d'étroit. Ces deux formes de la foi cohabitent dans nos églises, vivent dans nos parois- ses mais, et voilà un des aspect du message de notre texte: elles sont appelées à disparaître devant le Christ car elles cohabitent en lui: regardant autour d'eux ils ne virent plus personne d'autre que Jésus, seul avec eux. Mais quel Jésus! non plus celui qu'ils avaient accompagné depuis près de trois ans dans tous ses déplacements; non plus celui des actes de qui ils furent les témoins; non pas le Jésus-homme, mais le Christ, le fils de Dieu, le Messie: il fut transfiguré et ses vêtements devinrent éblouissants. N'avons-nous pas là une description du Christ ressuscité? Du Christ comme seuls ceux qui ont suivi le chemin jusqu'à la croix peuvent comprendre la gloire. C'est là que nous pouvons déjà nous interroger sur notre foi. Elie, Moïse ou Jésus. Si c'est Moïse ou Elie, nous devons être conscients que notre chemin dans la foi n'est pas encore achevé car Moïse et Elie disparaissent et Dieu nous dit: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. Dieu nous interpelle comme il avait interpellé Pierre, Jacques et Jean. Nous croyons être adultes dans la foi et pourtant nous écoutons l'appel du monde avant celui de Dieu. Nous nous croyons adultes dans la foi et pourtant nous vivons frileusement repliés sur nous-mêmes dans la crainte de transgresser la loi; Jésus seul est le chemin, la vérité et la vie. Jésus seul nous mènera jusqu'à Dieu. Ecoutez-le! Moïse, les prophètes, Jean Baptistes étaient porteurs de la Parole de Dieu, Jésus est le Verbe, la Parole de Dieu. Il est Dieu, c'est l'un des aspects de la révélation sur la montagne, un autre est dans ce qu'Elie et Moïse représentent: ils sont l'ancienne alliance, L'ancienne alliance, la loi et les prophètes rendent témoignage à l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde. Jésus fut transfiguré devant trois des disciples qu'il avait appelés à le suivre et qui le firent, eux, presque jusqu'au dernier moment puisque nous les retrouverons aux côté du Maître dans la nuit de Gethsémanée pour les perdre sur le chemin du Golgotha. Pourquoi n'ont-ils pas suivi Jésus jusqu'au bout? La pierre que nous voudrions leur lancer, le reproche que nous voudrions leur faire nous devrions nous pas les retourner vers nous-mêmes? car comme eux, nous ne sommes qu'humains avec nos angoisses et nos faiblesses, nos lâchetés et nos compromissions. Jésus devait aller seul au Golgotha avec, tout au plus, suivant de loin, Marie sa mère et Jean, le disciple qu'il aimait. Pierre Jacques et Jean voient pourtant leur obéissance, leur fidélité récompensée par la découverte de la nature de celui qu'ils suivaient. Là, sur la montagne ils comprennent que Jésus leur donnera infiniment plus qu'une morale, ou un engagement social, Là, ils comprennent que Jésus leur offre une vie nouvelle, la vie de Dieu, la vie éternelle: comment ne pas comprendre dès lors la réaction de Pierre, Arrivé à une telle découverte, à une telle plénitude de la foi, que lui importe le monde, que lui importent les autres: Seigneur il est bon que nous soyons ici, dressons 3 tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Pourquoi ne donnerait-il pas plus grande place au rêve? En voulant ainsi profiter de la présence des trois grands de la foi il fait pourtant preuve un grand égoïsme. Pierre n'a rien compris à la vision. Il ne convient pas pour les hérauts de la foi d'être éloignés du monde, Moïse, Elie et Jésus ont vécu dans le monde et c'est en vivant dans le monde qu'ils ont pu. La foi ne se vit pas loin des problèmes, bien à l'abri de murs, fussent-ils murs d'une église. La foi doit être vécue dans le monde. Curieuse recommandation que celle de Jésus aux disciples: descendant de la montagne, il leur interdit de parler de tout cela avant la résurrection. Ils pourront donc, ils devront donc témoigner plus tard, quand le terrain aura été préparé par le grand miracle du matin de Pâques. Le témoignage ne se fait pas à sens et à contresens. Il y a un temps pour chaque chose. Témoigner tout de suite équivaudrait au geste du semeur qui lance ses graines milieu des épines sur le chemin ou sur les cailloux? Sur la montagne la révélation est destinée au petit groupe de disciples, elle doit nourrir leur foi. Pierre veut rester. Il est bien. Abandonner la douce quiétude pour se replonger dans la réalité de tous les jours est bien dur. Les sectes l'ont bien compris qui éloignent les jeunes de leur famille et les isolent de leur entourage. Elles créent une d'ambiance agréable. Les jeunes -ce sont toujours des jeunes, proie facile, y trouvent le gîte et le couvert, y sont bien, ils ressentent un bien-être physique et spirituel qui leur fait oublier les travaux dans des conditions souvent à la limite du supportable. Le retour dans le monde ne peut que les effrayer. Je dresserai 3 tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie. Pierre a peut-être aussi une autre idée en tête, il aimerait garder l'image d'un instant, la garder pour la vie, ne plus risquer de la perdre, c'est une peur comme la nôtre, à nous qui nous efforçons de garder comme réalité éternelle ce qui a illuminé un moment de notre vie. Ainsi nous restons collés à une réalité d'église qui fut celle que nous avons particulièrement aimée, qui nous a marqués à un moment ou un autre de notre vie. Et nous aimerions que tous aient ou acceptent cette image de l'Église. Jésus ne veut pas de ces tentes, Le fils de l'homme n'a pas de demeure ici-bas; Jésus ne se soucie pas à ce moment-là de son bien être, du bien-être de Pierre, Jacques ou Jean, il est venu pour le salut des hommes. Et puis ces témoins privilégiés doivent témoigner et annoncer le Christ fils de Dieu. Si nos efforts d'Évangélisation visent à grossir nos paroisses, à faire venir dans la tente que nous avons dressée autant de monde qu'elle peut en contenir. Alors nous sommes comme Pierre: Il est bon d'être là, ensemble. L'Evangélisation doit pourtant rechercher à révéler au monde le visage transfiguré du Christ, la réalité vivante de celui dont Dieu a dit; Celui-ci est mon Fils bien aimé "Écoutez-le". Jésus a évangélisé Pierre Jacques et Jean. Il leur a montré comme il nous le révèle que la foi change selon les expériences que nous faisons avec le Christ. A l'époque du caté nous avons tous connu la foi Moïse, peut-être avons-nous découvert par la suite la foi Elie. ConnaÎtrons-nous la foi Jésus, fils de Dieu ? L'écouterons-nous lui, dans ce qu'il veut nous dire aujourd'hui ? peut-être simplement ceci: Levez-vous, n'ayez pas peur. Levons-nous donc à l'appel du Christ et nous ne verrons plus que Jésus seul. Autres textes de la même catégorie
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