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Marc 08 v 27 Pierre Muller
PRÉDICATION
Frères et sœurs, la mode est aux sondages, et pour cela, on vous pose toutes sortes de questions : Pour qui, pour quoi voterez-vous dimanche prochain ? Quel homme politique a votre préférence ? D'après vous, quelle lessive lave plus blanc ? Où passerez-vous vos vacances l'été prochain ? etc... Tout est prétexte à enquête, à questionnaire, à analyse des réponses. La "questionnite" est une maladie bien moderne. Il arrive que les gouvernements tiennent compte de l'avis du peuple. Dans un tout autre domaine, les industriels axent leur production en fonction du goût du consommateur, mais parfois ce goût est conditionné par la publicité. Et puis la télévision adapte ses programmes aux préférences des téléspectateurs. Ainsi, les sondages commandent ceux qui les commandent. -o- Alors, à lire ce récit de Marc, comme nous l'avons fait tout à l'heure, on dirait que Jésus cède, lui aussi, à la manie des sondages. Il demande à ses disciples : "Qu'est-ce que les gens disent que je suis ?". Autrement dit, Jésus veut savoir ce que l'on dit de lui, comment les autres le voient. Et on imagine très bien les disciples se promenant dans la rue pour demander aux gens de cocher des petites cases sur une liste de titres possibles. Aucune majorité ne se dégage de cette enquête ; néanmoins, trois tendances apparaissent. Pour un tiers des sondés, Jésus serait Jean-Baptiste revenu à la vie après avoir été exécuté par ordre d'Hérode. Pour un autre tiers, Jésus est le prophète Elie, celui dont les Israélites attendent le retour juste avant l'apparition du Messie. Pour le dernier tiers, Jésus est l'un des prophètes revenu sur la terre. Voilà comment les disciples répondent à la question de Jésus. Dans ces résultats de sondage apparaît donc un souci spirituel. Jean-Baptiste, Elie, un prophète : ces trois personnages font partie de l'horizon de la foi d'Israël, depuis longtemps pour Elie et les prophètes, plus récemment pour Jean-Baptiste. Ainsi, la foi des enquêtés a quelque chose à voir avec leur réponse. Mais, après tout, Elie et les prophètes appartiennent au passé. Les réponses marquent un certain intérêt pour Jésus, mais elles tiennent quand même Jésus à distance. Ces réponses n'engagent à rien. Personne, après ce sondage, ne serait prêt à mourir pour Jésus. Personne ne croit réellement en lui. Mais Jésus poursuit ses investigations : "Mais vous, qui dites-vous que je suis ?". Cette fois, la question est directe. Il ne s'agit plus de rapporter ce que disent les autres, mais les disciples sont questionnés eux-mêmes. Cette fois, ce sont eux qui doivent répondre. Et la réponse sera risquée ; elle va comporter obligatoirement une prise de position envers Jésus. La réponse va donc engager celui qui la donnera. On peut se déclarer pour Jésus, c'est-à-dire décider de marcher à sa suite, adhérer à ses paroles et à son programme. On peut, à l'inverse, être contre lui, refuser son autorité, ne pas l'écouter. On peut enfin rester indifférent ; mais cette position médiane, qui se veut neutre, équivaut à un refus : qui n'est pas pour Jésus est contre lui. Ne pas croire, c'est le repousser. Ainsi, les gens d'aujourd'hui qui se déclarent indifférents sont, en fait, hostiles à Dieu. Sur ce fond de possibilités positives ou négatives, la réponse de Pierre se détache nettement. D'ailleurs, il ne parle pas seulement en son nom propre, mais il semble bien être le porte-parole de ses camarades, quand il dit à Jésus : "Tu es le Christ". Le Christ : un mot lourd de sens dans la pensée juive. On dit en hébreu : le Messie, c'est-à-dire l'oint, celui qui a reçu l'onction, celui que Dieu désigne pour une mission très particulière. Dans l'ancien Israël, les prêtres recevaient l'onction ; les rois également. Par l'onction, ils sont mis à part pour leur tâche, ils sont instruments de Dieu. Ainsi, quand Pierre déclare que Jésus est le Christ, le Messie, il le reconnaît comme l'envoyé de Dieu. Pierre comprend que Jésus parle et agit de la part de Dieu, que le Seigneur parle et agit à travers Jésus. Mais la démarche de Pierre n'est pas seulement d'ordre intellectuel. Reconnaître en Jésus le Messie, cela veut dire qu'on croit les paroles de Jésus comme on croit les paroles de Dieu. Cela veut dire que Jésus, le Messie, est maintenant la référence à laquelle on reportera sa vie entière. Pas seulement le dimanche et pas seulement pour la vie religieuse. Mais la vie pratique, celle de tous les jours, est engagée par cette réponse de Pierre : "Tu es le Christ". -o- La réponse de Pierre — vous l'avez compris — est une réponse personnelle. C'est pourquoi elle est aussi une réponse risquée. Dire que Jésus est le Messie, le Christ, ne peut pas être neutre. Ni pour Pierre ni pour nous autres aujourd'hui. En effet, déclarer aujourd'hui que l'on croit en Jésus-Christ est loin d'être indifférent, du moins quand on le dit avec sérieux. Mais — il faut bien le reconnaître — dans notre monde moderne, les chrétiens sont terriblement isolés. Un certain nombre de millions sur les six milliards d'individus qui peuplent la terre. Dans de nombreux pays, les chrétiens sont une minorité. Ils font figure, aux yeux de certains, de bêtes curieuses parmi la foule des gens, religieux ou indifférents — disent-ils — qui les entourent. Comme une sorte de race dépassée ou préhistorique. Ainsi, pour se déclarer aujourd'hui partisans de Jésus-Christ, pour se dire chrétiens, il ne faut pas avoir peur de se singulariser, de sortir du troupeau. La foi comporte des conséquences pratiques. L'épître de Jacques explique très bien que la foi sans les œuvres n'existe pas. La foi se manifeste obligatoirement par un certain comportement. Ce qui veut dire qu'on va refuser des conduites incompatibles avec la foi. Le mensonge, le vol, la haine et le reste... seront bannis de notre existence, et cela se verra forcément. Le fait de nous référer à une Parole singulière, la Parole de Dieu, le fait de dépendre d'un homme qui s'appelle Jésus et en qui nous reconnaissons l'envoyé de Dieu, nous met à part dans une civilisation qui se rapporte plutôt à des idéologies de droite ou de gauche, qui reçoit l'enseignement des gourous et qui croit aux extra-terrestres. Le chrétien ne pense pas comme tout le monde, et cela le met à part. Nous comprenons pourquoi Jésus tient à prévenir ses disciples de ce qui les attend. Jésus leur apprend que lui-même devra souffrir, qu'il sera rejeté, exclu de la société de son époque. L'hostilité contre lui ira jusqu'à le faire condamner à mort. Jésus va concentrer contre lui toute la haine du monde, non seulement de son temps, mais encore dans la suite de l'histoire jusqu'à maintenant. Si bien que reconnaître le Messie, le Christ, en Jésus, c'est accepter de partager son sort. C'est accepter de reproduire quelque chose de lui. Alors, c'est vrai qu'il y a moins de persécutions. Au Népal, on ne poursuit plus les chrétiens. En Europe de l'Est, on ne leur interdit plus de travailler. Mais il reste qu'on risque de se faire montrer du doigt, si on dit qu'on est chrétien, et cela peut énormément gêner certains d'entre nous. Et Pierre a bien compris le danger. Il se met à réprimander Jésus. Pierre ne peut pas admettre que Jésus, le Maître qu'il aime, soit rejeté et mis à mort. Cela lui semble impossible, inacceptable. Quelqu'un comme Jésus ne peut pas subir un sort aussi honteux. Mais qu'y a-t-il derrière la réaction de Pierre ? Sous prétexte de préserver la vie de Jésus, c'est sa propre vie qu'il veut protéger. Il ne veut pas d'un Maître qui va à la mort, parce qu'il a peur de devoir y aller aussi. Pierre ne veut pas courir ce risque. -o- Frères et sœurs, ne sommes-nous pas, nous aussi, des Pierre ? N'avons-nous pas envie de reculer, quand il s'agit de se dire chrétiens ? Il nous faut alors écouter l'avertissement que Jésus, à la suite de cette réaction de Pierre, adresse à la foule. A la foule, c'est-à-dire à nous. Jésus nous dit qu'il n'y a que deux attitudes possibles. Soit on veut conserver sa vie, mais alors on la perd pour de bon. Soit on accepte de la perdre, mais alors on la gagne, par une sorte d'étonnant retournement. Il ne s'agit pas de perdre ou de sauver son âme, comme certaines versions le traduisent. Mais il s'agit de perdre ou de sauver toute sa personne, tout ce qu'on est. Avoir la foi, mettre sa confiance dans le Christ, on peut avoir l'impression que c'est une perte. On s'oblige à renoncer à certaines choses : à une certaine forme de religion, aux mythologies modernes, à ce qui semble une liberté. Risquons une comparaison : si vous avez de l'argent disponible et que vous fassiez un placement, vous avez l'impression de perdre, parce que votre compte courant diminue. Mais, en fait, vous allez pouvoir toucher des intérêts et récupérer plus tard la somme que vous aviez engagée. Eh bien, de façon semblable, celui qui fait confiance à Dieu et au Christ comprend qui il est. La relation à Dieu recrée, crée la personne humaine. On croit se perdre en renonçant à son autonomie, mais on se découvre libéré, ouvert à une vie neuve, vécue dans le présent, dans le concret du quotidien. Le prophète Esaïe, lui aussi, a fait cette expérience. Il se décrit comme un disciple persécuté, frappé, outragé. Il pourrait se croire perdu. Mais il sait que le Seigneur est avec lui. Avec Dieu, il a raison contre les hommes. On peut se croire perdu quand on adhère à la Parole de Jésus-Christ. En réalité, on récupère une vie qu'on ne connaîtrait pas autrement. Qu'importe alors l'opinion des autres ! L'important, c'est de suivre Jésus-Christ et d'être certain que c'est le chemin le meilleur pour nous, quoi qu'il arrive ! Amen. D'après Louis HONNAY : Prédication pour le 15.09.1991. Autres textes de la même catégorie
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