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Marc 07 v 31-37 Jean-Pierre STERNBERGER
Texte : Marc 7/31-37
Genre : Prédication Auteur : Jean-Pierre STERNBERGER Source : Ensemble (mensuel de l’ERF Sud-Ouest), n° 65, octobre 1991 (p. 11-12). EPHATA ! OUVRE-TOI ! C’était le 8 septembre au temple Saint-Jacques à Mazamet [pour la reconnaissance du ministère d’Annie Chapon]. Le pasteur Jean-Pierre Sternberger, des Yvelines, après lecture d’Esaïe 50/4-5 et de Marc 7/31-37, annonce l’Evangile du jour. Ephata, ouvre-toi. Et le texte de l’évangile s’ouvre à nous, moins à la manière d’un livre que comme un fruit de l’arbre de vie, un fruit ouvert : écorce, pulpe et amande. Rien à rejeter. Prendre le fruit tel quel dans sa maturité, son acidité, sa douceur. Frères et sœurs, partageons cet après-midi ce texte, et que nul n’en perde rien. Partageons la fête en reconnaissance de cœur. Que chacun y puise une parole de vie. Ephata, ouvre-toi. Un texte ouvert comme un fruit. Autour, telle une écorce, c’est la rencontre vue de la foule. Je relis les premiers et derniers versets de cette histoire : “On lui amène un sourd qui, de plus, parlait difficilement et on le supplie de lui imposer la main... Jésus leur recommanda de n’en parler à personne : mais plus il le leur recommandait, plus ceux-ci le proclamaient. Ils étaient très impressionnés et ils disaient : ‘Il a bien fait toutes choses ; il fait entendre les sourds et parler les muets’ ”. La foule rassemblée, c’est nous. C’est nous chaque fois que nous venons entendre la parole de Jésus, chaque fois que nous sommes rassemblés dans l’attente de quelque chose. Certains ne savent peut-être pas très bien ce que sera ce “quelque chose” et d’autres ont une idée bien précise de ce que doit être ce “quelque chose”. “On le supplie de lui imposer la main”. Ainsi, même lorsqu’il s’en défend, le voyageur nourrit toujours une vision du lieu où il se rend pour la première fois. Bien sûr, sur place, le rêve s’évapore quand s’impose la réalité du pays et de ses habitants. Ainsi en va-t-il de l’Evangile et encore de l’Eglise, différente et sans cesse renouvelée. L’histoire ne s’y répète pas, elle s’y invente différemment à chaque instant. On voudrait que Jésus guérisse ici cet homme, comme il l’a fait autre part et autrefois. On souhaiterait que l’Eglise vive aujourd’hui ce qui s’est fait hier ou ce dont on a rêvé hier... Mais comme le tableau achevé surprend le peintre, comme l’enfant surprend ses parents, la vie différente nous surprend aujourd’hui. Ce qui se passe ici, aujourd’hui, est affaire de vivants. Au sein de l’écorce durcie de nos attentes, de nos illusions, de nos lassitudes et de nos espérances, l’inattendu a pris visage. Le voyageur s’exclame : “Je ne le voyais pas comme ça”. C’est bien ainsi. L’Evangile n’est jamais l’écho de nos attentes. La Parole en ricochets, questionne plus souvent qu’elle ne répond. Elle nous entraîne ainsi plus loin, dépassant des horizons. Aujourd’hui, nous reconnaissons, Annie, le ministère de la Parole que tu exerces au sein de l’Eglise Réformée de France et ici à Mazamet. Ministère de la Parole, au service de la Parole. Peut-être pas le service que tous attendent de toi. Peut-être pas la parole que tous attendent de toi. Mais le service de cette Parole qui perce nos écorces pour nourrir en nous la vie. Ephata ! Eglise, ouvre-toi et qu’entre la Parole. Un texte comme un fruit. En voici la chair : Jésus guérit un homme. “Le prenant loin de la foule, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue... Aussitôt, ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement”. On ne comprend pas bien ce qui se passe. Un langage s’invente qui n’appartient qu’à eux. Pour parler au sourd, Jésus s’aide du geste : il touche les oreilles restées sourdes, il crache, il touche la langue malhabile. Etonnant message adressé à celui à qui on ne parlait pas et de qui on n’attendait rien d’intelligible. Mais message adressé à lui seul, message auquel, à notre tour, nous n’entendons rien, que nous ne saurions répéter et au sujet duquel nous ne pourrions parler. A part, loin de la foule, tout se passe entre Jésus et cet homme. C’est son histoire à lui qui bascule, comme c’est ton histoire au sein de laquelle nous sommes amenés à reconnaître aujourd’hui l’impact de la Parole. Au travers des appels entendus, de l’attention donnée, au travers des appels à entendre et des choix à respecter, mystérieusement, nous croyons reconnaître le cheminement de la Parole qui s’est faite chair, qui a touché tes oreilles et ta langue. Nous croyons reconnaître l’écho de la voix d’un prophète : “Le Seigneur m’a donné une langue de disciple, pour que je sache soulager l’affaibli, il fait surgir une parole. Matin après matin, il me fait dresser l’oreille pour que j’écoute comme écoutent les disciples”... Matin après matin, Ephata, ouvre-toi. Un texte comme un fruit ouvert. Voici le noyau et l’amande. Elle germera et donnera la vie. Entre le geste de Jésus et la guérison de l’homme, il est écrit : “Jésus, levant son regard vers le ciel, soupira. Il lui dit : Ephata, c’est-à-dire ouvre-toi”. Sans ce verset central, tout ne serait que magie, le geste pour le geste, le fruit pour le fruit. Mais à qui Jésus parle-t-il ? L’autre ne peut entendre, ses oreilles ne sont pas encore ouvertes. Jésus ne le regarde plus. A cet instant précis, il lève les yeux vers le ciel, il soupire, il dit : Ephata, ouvre-toi. L’expression fut, nous dit-on, reprise dans des liturgies de baptême. Dans l’évangile de Marc, au baptême de Jésus, les cieux se sont ouverts au passage de la colombe. Ephata, dit Jésus, tourné vers le ciel,... et c’est l’être humain qui s’ouvre à la Parole. Sur la terre comme au ciel. Le ciel n’est pas sourd, car l’homme entend. Dieu parle clair quand la parole est rendue à l’être humain. Ephata ! Eglise, ouvre-toi pour le service de l’Evangile. Ouvre-toi, pasteur, pour le service de la Parole. Ouvre-toi, Seigneur, pour que nous soient ouvertes la vie et l’espérance ! Amen ! Autres textes de la même catégorie
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